Bien Choisir sa Canne par Gilles Aubert

     Voici des critères précis qui vous permettront de juger des caractéristiques d’une canne à mouche dans l’optique de vos besoins particuliers. La canne à mouche doit être le prolongement de votre bras, l'extension qui permet de transférer l'énergie avec la synchronisation nécessaire pour bien propulser la soie, le bas de ligne et la mouche à l'endroit désiré. Étant l'outil qui assure le contrôle de la soie, la canne se doit aussi de bien combattre le poisson que vous aurez réussi à leurrer.

Matériaux

BIEN CHOISIR SA CANNE
     Les cannes tubulaires fabriquées en simples fibres de verre ayant maintenant été pratiquement exclues du marché, les cannes à mouche actuelles sont surtout offertes en fibres de graphite ou en matériau composite (amalgame de fibres de verre et de graphite). Depuis quelques années, les cannes en bambou refendu connaissent aussi un certain regain de popularité parmi les «traditionalistes» de la pêche à la mouche, mais compte tenu de leur poids (plus de trois fois celui d'une canne en fibres de graphite) et de leur coût (souvent plus de cinq fois plus élevé), il est facile de comprendre pourquoi, pour l'instant, les cannes en fibres de graphite sont les plus populaires.

     Parmi les principales qualités des cannes en graphite, il faut considérer leur légèreté, leur rapidité et leur puissance. Les cannes constituées à 100 % de fibres de graphite sont quand même assez coûteuses, et c'est pourquoi on retrouve sur le marché une large gamme de cannes en matériau composite. Le prix en est passablement réduit, mais leurs qualités de légèreté, de rapidité et de puissance constituent un compromis par rapport aux cannes fabriquées exclusivement de fibres de graphite.

La longueur

     La longueur d'une canne à moucher peut varier de 6 à plus de 13 pi. Même si le choix peut s'appuyer sur des goûts personnels, généralement, on choisit la longueur de la canne davantage selon le type de plan d'eau fréquenté. Ainsi, si vous péchez surtout dans de petites rivières et des ruisseaux où la végétation arbustive est omniprésente, une canne courte (7 ou 7 1/2 pi) sera plus adéquate. Par contre, dans des moyennes et grandes rivières, une canne d'une longueur de 8, 8,1/2 et même 9 pi serait un choix judicieux.

     Plus la canne est longue, plus la soie peut voyager haut et loin dans les airs, ce qui se traduit par la possibilité de plus longs lancers et une exécution plus facile du lancer roulé. Qui plus est, une longue canne assure un meilleur contrôle de la soie dans le vent, un avantage assuré lorsque vous péchez en lac. En rivière, elle permet de meilleurs amendements de la position de la soie et une meilleure présentation de la nymphe. Les cannes de plus de 11 pi, qui se manient à deux mains, sont surtout utilisées par des adeptes de la pêche en eau salée et par quelques saumoniers.

Soie assortie

     Peu importe sa longueur, une canne à moucher ne peut se manier convenablement sans la soie appropriée. La canne agissant comme un ressort, le bon numéro de soie assurera que ce ressort est chargé d'un poids convenable, ce qui procurera la facilité de projection. On sait que c'est le poids des 9 premiers mètres (30 pi) de la soie qui détermine son numéro, et qu'on retrouve sur le marché des numéros allant de 1 (la soie la plus légère) à 12 (la plus lourde).
On se sert des soies les plus légères (1 à 4) lorsque la technique de pêche préconise une présentation super délicate avec de très petites mouches attachées à un bas de ligne d'un diamètre très fin. Quant aux soies d'un poids moyen (5,6,7 et 8), ce sont les plus utilisées pour la pêche aux salmonidés. Pour des lancers à de plus grandes distances ou pour propulser de grosses mouches, les soies numérotées 9 à 12 sont tout indiquées; en principe, on s'en sert surtout à la pêche de l'achigan et du saumon. Retenez que les fabricants de cannes reconnus inscrivent près de la poignée le ou les numéros de soie recommandés.

L'action

BIEN CHOISIR SA CANNE
     À l'intérieur d'une même catégorie de puissance, les cannes présentent aussi une forme d'action particulière : lente, moyenne, rapide ou extra-rapide. Sous l'effort de chargement du poids de la soie, une canne à moucher à action lente ou parabolique fléchit sur presque toute sa longueur. Très souple, elle fait voyager la soie plus lentement en une boucle plus large, des caractéristiques que recherchent habituellement les utilisateurs de mouches noyées ou de nymphes. On peut aussi tenir pour acquis qu'une canne à action lente «pardonne» plus facilement les petites erreurs de synchronisation dans l'exécution des lancers.

     L'action de la canne sera moyenne ou intermédiaire si la flexion est surtout localisée sur sa moitié supérieure, c'est-à-dire du milieu de la canne vers l'extrémité; c'est habituellement la canne à tout faire. La canne à action rapide ou extra-rapide fléchit principalement au niveau de son extrémité supérieure (scion), alors que la plus grande rigidité du reste du corps de la canne constitue une réserve d'énergie. Cette action permet de faire voyager la soie à une plus grande vitesse et en une boucle plus serrée, ce qui permet d'obtenir de plus grandes distances de lancer.

     Rappelez-vous qu'il est difficile de déterminer l'action d'une canne si vous n'avez pas exécuté des lancers avec la soie appropriée. Méfiez-vous des pseudo connaisseurs qui déterminent l'action d'une canne seulement à partir de mouvements saccadés de va-et-vient appliqués au niveau du scion, car ce test simpliste n'est pas valable avec des matériaux légers et rigides comme le graphite.

Autres paramètres

     De façon habituelle, la canne à moucher se présente en deux sections. Avec la nouvelle technologie, les viroles sont faites à même le matériau de la canne et les brins s'emboîtent les uns dans les autres, ce qui modifie très peu l'action de la canne. Une canne de bonne construction constituée de trois ou quatre sections peut donc représenter une avenue intéressante pour les pêcheurs qui utilisent souvent l'avion comme véhicule de transport.

     Vérifiez également la forme et le confort de la poignée de la canne qui vous fait envie, ainsi que le porte-moulinet et le système de bagues de retenue; des bagues de blocage doubles qui se vissent l'une derrière l'autre constituent un système de verrouillage solide qui préviendra les desserrages intempestifs. En dernier ressort, assurez-vous que les brins de la canne sont bien droits, et que les anneaux-guides sont en nombre suffisant (au moins un anneau par pied de longueur de la canne) et bien alignés. À propos, informez-vous de la garantie donnée par le manufacturier.

     Un moucheur dont le budget ne serait pas limité pourrait se procurer des cannes courtes et longues, en différents degrés de puissance et types d'action pour convenir à toutes les situations; par contre, ce n'est pas le cas de la majorité d'entre nous. Si vous recherchez une canne passe-partout, celle d'une longueur de 8 1/2 ou 9 pi à action moyenne ou rapide et pouvant accepter une soie n° 7 ou 8 peut, à mon avis, convenir à plusieurs plans d'eau et à la pêche de la plupart des espèces sportives.

BIEN CHOISIR SA CANNE
     De façon artisanale, on peut se faire une bonne idée de l'action d'une canne en magasin en suspendant au bout du scion un poids correspondant à la «charge» habituelle de soie convenant à la canne. Cette charge représente cependant beaucoup plus que le simple poids «mort» de la soie, puisque l'action de la canne doit aussi vaincre l'inertie de ce poids et l'accélérer rapidement pour le projeter. De façon empirique, je multiplie donc par quatre le poids des 9 premiers mètres de la soie pour déterminer le lest de charge permettant de tester l'action d'une canne à l'arrêt.

     Un plomb-cloche ou une tête de dandinette de 3/8 oz équivaut assez précisément au poids des 9 premiers mètres d'une soie n° 6 (160 grains). Pour vérifier l'action d'une canne n° 6, j'accroche donc au bout du scion quatre plombs de 3/8 oz à l'aide d'un trombone attache-papier, et je demande à un copain de tenir la canne ainsi chargée à l'horizontale pour observer en retrait sa façon de fléchir. De la même manière, trois plombs de 3/8 oz permettront de vérifier la flexion d'une canne n° 4, cinq plombs conviendront pour charger une canne n° 7, etc.

     Bien sûr, cette méthode artisanale n'est pas d'une grande précision, mais elle permet de faire rapidement et facilement une vérification comparative de l'action de différentes cannes de même puissance sous une charge de même poids.

Références

» Texte & Photo: Gilles Aubert (Juin 1999).
» Magazine Sentier Chasse & Pêche.

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