Le Streamer par Gilles Aubert

    Pour survivre, les gros poissons doivent absorber plus de nourriture et ce, tout en dépensant le moins d'énergie possible pour l'attraper. Le pêcheur avisé qui sait présenter habilement une artificielle imitant le poisson-fourrage du plan d'eau connaît assurément plus de succès. Encore faut-il, cependant, que cette imitation, appelée bucktail et «streamer», soit des plus attractives, car pour susciter l'attaque, elle doit attirer l'attention du poisson recherché, d'où l'importance de soigner sa parure.

LES COMPOSANTES

Le Streamer
     Il existe deux types de streamer : le streamer proprement dit, monté avec une aile en plumes, et le bucktail dont l'aile est composée de poils d'animaux. Quant à l'aile couchée sur la hampe du streamer, elle devrait être confectionnée avec des plumes de selle d'une poule, puisqu'elles ont une forte proportion de duvet, ou «web», et une tige centrale la moins rigide possible. Ces plumes étant très molles, elles auront l'allure d'un serpentin sous l'eau et, si l'aile n'est pas surchargée, elles assureront davantage cette illusion de vie recherchée. De plus, afin que le poisson se pique à l'hameçon, assurez-vous que l'aile ne dépasse pas trop la courbure pour éviter les «tirettes». Rappelez-vous qu'il peut être important, à l'occasion, d'utiliser une mouche dont la tête porte des yeux, surtout dans les lacs et les rivières dont l'eau est très claire. Quant au fil lamé argent ou or enroulé autour de la hampe de plusieurs modèles, il a souvent une importance capitale : c'est un des éléments qui «réveille» le poisson.

     Je suis étonné que peu de Québécoises et de Québécois se servent de streamers dont l'aile est faite avec des plumes de marabout, qui sont pourtant offertes dans une multitude de couleurs. Ce matériau absorbe l'eau rapidement et donne vie à la mouche, car il vibre sous l'eau. Cependant, retenez que la mouche sera plus productive si vous attachez des plumes courtes complètes plutôt que des fibres détachées d'une longue plume.

LE BUCKTAIL

     Pour construire une aile de bucktail, recherchez les poils fins provenant surtout de la queue d'un animal, car ils «s'activent» plus sous l'eau. N'oubliez pas d'inclure dans votre boîte à mouches des bucktails dont la tête est confectionnée avec des poils de chevreuil ou de caribou qui ont été taillés à l'aide 5 de ciseaux. Ainsi, comme dans le cas du Muddler Minnow, des bulles d'air restent emprisonnées dans les poils taillés de la tête, ce qui inciterait les poissons à attaquer. Cependant, étant donné que la tête de ce Muddler est faite avec des poils creux de cervidés, il ne s'enfonce pas rapidement sous l'eau et, s'il n'est pas plombé, il ne se retrouvera pas près du lit du plan d'eau où souvent les ogres demeurent retranchés. Des pêcheurs québécois avertis ont trouvé une solution à ce problème : ils préfèrent utiliser de la laine de mouton ou de la mousse blanche à filtre d'aquarium pour composer la tête, car ces matériaux s'imbibent d'eau, s'y enfoncent donc rapidement et peuvent aussi être facilement colorés avec un crayon indélébile.

DES MODÈLES

     Pour arrêter un choix, retenez qu'il ne faut toujours vérifier l'allure d'un streamer qu'après l'avoir plongé dans l'eau et évitez, autant que possible, les artificielles plombées. Utilisez plutôt de petits streamers dont vous augmenterez la taille à mesure que la saison avance. En lac et en rivière dont l'eau est haute et brouillée, ou bien dans le courant rapide de toute rivière, je crois qu'il faut se servir de plus grosses mouches qui ont un corps en lamé et dont l'aile est assez colorée. À l'occasion, ajoutez dans l'aile quelques fibres de Krystal Flash. En eau claire et dans des petits plans d'eau, attachez à votre bas de ligne une artificielle qui se rapproche le plus possible, par sa couleur et sa grosseur, du poisson-fourrage qu'on y retrouve. Et si je devais arrêter mon choix sur un seul modèle, j'opterais pour le Woolly Bugger et ce, au risque de me faire traiter d'anathème par les puristes de la pêche à la mouche.

     À mon avis, ce n'est pas une nymphe, mais bien un streamer. Tout dépendant de la couleur des matériaux et de la taille des hameçons, cette artificielle représente tout aussi bien un poisson-appât, une sangsue, et ressemble étrangement à une écrevisse en pleine course. Se pourrait-il que plusieurs streamers soient des proies de choix parce qu'ils représentent autre chose que du poisson-fourrage?

Références

» Texte & Photo: Gilles Aubert (Octobre 1995).
» Magazine Sentier Chasse & Pêche.

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