Les Belles Méconnues pour Gérard Bilodeau

     Matane, York, Bonaventure, Sainte-Marguerite, voilà autant de noms de rivières à saumon populaires qui attirent chaque année des centaines et des centaines de pêcheurs de même que.., des milliers de saumons.

    Mais le Québec est grand. On y compte heureusement plus d'une centaine de rivières que le saumon atlantique remonte, bon an mal an. Parmi celles-ci, quelques-unes, accessibles à toutes les bourses, sont moins connues ou carrément moins populaires auprès des saumoniers, même si elles offrent une chance raisonnable de prendre du saumon.

Les Belles Méconnues
     Dans les lignes qui vont suivre, je vais vous présenter trois rivières méconnues, facilement accessibles par la route et de prix fort abordable. Je vous invite donc à une brève visite des rivières Jacques-Cartier, Godbout et Cap-Chat, tout en souhaitant que cela vous incitera à les explorer. Après tout, n'est-ce pas un des aspects les plus excitants de la pêche du saumon que de lancer la mouche dans une fosse inconnue mais apparemment très prometteuse?

LA JACQUES-CARTIER

    Qui n'a pas entendu parler de la Jacques-Cartier? En effet, cette majestueuse rivière si tuée près de Québec bénéficie depuis le début des années 80 d'un projet de restauration visant à réintroduire le saumon atlantique.

     Je dis bien réintroduire car, pour ceux qui l'ignorent encore, la Jacques-Cartier a déjà été une rivière à saumon réputée. Elle était fréquentée par un groupe restreint de saumoniers vers la fin des années 1700. On dit même qu'elle a été le site du premier club privé de pêche en Amérique. Malheureusement, une pêche commerciale abusive, le braconnage, le flottage du bois et la construction de barrages ont tous contribué à anéantir Jacques-Cartier (CRJC) assume la responsabilité de ce projet. Les ensemencements d'alevins, de tacons et de saumoneaux débutent en 1981. Dès 1982, mais plus intensément en 1983, les premiers saumons adultes remontent le cours de la Jacques-Cartier pour la première fois, après avoir disparu trois quarts de siècle plus tôt. Je me souviens très bien de juillet 1983, alors que j'allais observer les saumons qui tentaient de gravir, sans succès, les chutes formées par le barrage à Donnacona. La construction d'une passe migratoire en 1985 allait leur fournir un accès jusqu'à Pont-Rouge, soit plus de 15 kilomètres de rivière où les fosses et les rapides se succèdent.

     En 1991, la CRJC se voit confier le mandat de gérer la pêche sportive par l'entremise de la ZEC de la rivière Jacques-Cartier. Cette même année, la ZEC exploite pour la première fois la pêche sportive du saumon sur le tronçon compris entre Donnacona et Pont-Rouge. Trois secteurs sont accessibles aux saumoniers. Selon les règlements de 1995, la saison débutait le 10 juillet pour se terminer le 31 août dans le secteur 2 (entre le pont Fort-Jacques-Cartier et le barrage de Donnacona); dans les secteurs 3 et 4, la pêche débutait le 1er juillet pour se terminer le 30 septembre.

la Jacques-Cartier
     Durant le chaud été de 1995, 1102 saumons ont remonté la Jacques-Cartier. Selon le bilan de la pêche de ce dernier été, produit par la CRJC, le secteur 3 est de loin le plus populaire puisqu'il représente 81 % des droits d'accès vendus. Évidemment, cela explique pourquoi les prises de ce secteur constituent 52 % du total des 73 saumons (castillons et saumons de plus de deux ans de mer) capturés durant la saison 1995. Mais en consultant ce rapport, j'ai été frappé par la «productivité» du secteur 2. En effet, les droits d'accès à ce secteur comptent pour 11 % de tous ceux vendus par la ZEC en 1995, alors que les captures représentent 32 % du total de prises. Le fait que ce secteur soit situé près de l'embouchure de la rivière n'est sûrement pas étranger à ce phénomène. Le poids moyen des saumons capturés en 1995 atteignait 3,2 kg; le plus gros pesait 8,6 kg alors que le plus petit faisait 1 kg.

     Les meilleures fosses? Je ne vous cacherai pas que la fosse de l'Hôpital, située un peu en aval de Pont-Rouge, contient du saumon durant presque toute la saison (juillet à septembre). Elle mérite donc qu'on y pêche, même s'il y a presque toujours des saumoniers sur place. Dans ce cas, la pêche en rotation pratiquée par toutes et tous permet de bien couvrir la queue de cette immense fosse, en plus de fournir l'occasion de faire plus ample connaissance avec d'autres pêcheurs. D'autres fosses, en aval de celle de l'Hôpital, valent la peine d'être explorées. Le saumonier observateur remarquera des fosses en coulée (runs) ou des chaudières (pocket water) qu'il prendra soin de prospecter méthodiquement, car bien souvent le saumon est très preneur dans les fosses de ce type.

     Somme toute, la Jacques-Cartier mérite vraiment d'être visitée. Elle est facilement accessible (35 km de Québec et 75 km de Trois-Rivières), le coût est raisonnable (autour de 20 $ en 1995), et on peut y pêcher jusqu'à la fin de septembre. Pour une plus ample information, je vous invite à signaler le (418) 285-2210 (passe migratoire) pour avoir l'heure juste sur les remontées de saumons, ou le (418) 875-1120 pour atteindre les bureaux de la CRJC. Par ailleurs, je tiens à signaler la qualité du rapport que m'a fait parvenir Mme Chantal Proulx, coordonnatrice de la CRJC.

La Godbout

La rivière Godbout
     Cette fabuleuse rivière située sur la Côte-Nord, à près de six heures de route de Québec, a occupé mes rêves d'adolescent. Jeune étudiant du secondaire, j'avais mis la main sur un livre intitulé La vie et le sport sur la Côte-Nord, écrit au début des années 1900 par Napoléon-Alexandre Comeau, de Godbout. Je me rappelle avoir passé de longues heures à dévorer ce livre, à la bibliothèque de l'école.

     L'auteur y relate de nombreuses aventures qu'il a vécues dans ce rude coin de pays. Il faut savoir qu'à cette époque, le canot et les raquettes, selon la saison, étaient les seuls moyens de transport. Comme Napoléon Comeau était, notamment, passionné de pêche du saumon, son livre contient de nombreuses pages où il en est question. Il a été le gardien de la rivière Godbout pendant plus de 50 ans. Les récits de Comeau ont eu le don de me faire rêver; je le soupçonne de m'avoir transmis le virus de la «saumonite aiguë» et... je l'en remercie!

     La Godbout possède un caractère sauvage, typique des rivières de la Côte-Nord. Rivière à fort débit, elle coule en direction sud, en pleine forêt, parfois lentement, parfois avec fracas, en raison des accidents de terrain caractéristiques du Bouclier canadien. C'est pourquoi les saumons de la Godbout ont la vie dure. Et il en est ainsi dès leur entrée en rivière.

     En effet, ils sont accueillis par près de cinq kilomètres de violents rapides au terme desquels se dresse une chute. Elle a été aménagée il y a quelques années afin de leur faciliter le passage. Toute cette section comprend des fosses où le saumon ne se fait pas prier pour reprendre son souffle et ses forces.

    Les saumons entrent tôt en juin. Mais ce n'est que quelques semaines plus tard, généralement en juillet alors que les conditions d'eau sont plus favorables, que les premiers saumons sauteront la chute ou utiliseront la passe migratoire afin de poursuivre leur périple.

La rivière Godbout
    La rivière Godbout a longtemps été le club privé de la famille Molson pour la pêche du saumon. Depuis 1980, suite au «déclubage», les Molson n'ont conservé que la première section de la rivière (de la mer jusqu'à la première chute) dont ils détiennent les titres de propriété. En amont, plus de 60 km ont été confiés à l'association Les Castillons, gestionnaire de la pêche sportive du saumon dans la ZEC de la rivière Godbout.

    Une entente intervenue en 1987 entre la ZEC et la famille Molson a permis de rendre accessibles certaines fosses du premier tronçon de la rivière. Mais au moment d'écrire ces lignes, Gilles Poirier, de l'association Les Castillons, me communiquait une excellente nouvelle. Une toute récente entente entre le club Molson et l'association permettra, dès cet été, d'avoir accès à d'autres fosses qui figurent parmi les plus productives de la rivière. Le taux de succès des saumoniers devrait donc connaître une hausse appréciable.

     Les grandes concentrations de saumons qu'on y trouve, quand l'eau haute retarde leur progression dans les violents rapides, explique pourquoi la pêche est meilleure dans ce secteur. C'est d'ailleurs là que Napoléon Comeau péchait à la fin du siècle dernier. Évidemment, à cette époque, le nombre de saumons qui remontaient la rivière dépasse tout ce qu'on peut imaginer. Pour vous l'illustrer, sachez que Comeau a réussi à capturer 57 saumons, à la mouche, dans une des fosses de ce secteur, au cours d'une seule journée de juillet 1874.

     Toutefois, les temps ont bien changé. La situation actuelle de la population de saumons de la rivière Godbout a amené le ministère de l'Environnement et de la Faune à décréter un quota de 80 grands saumons pour la saison 1996, qui sera partagé à parts égales entre la ZEC et le club Molson. Mais pour avoir le droit de conserver un grand saumon, le saumonier devra avoir acheté deux journées de pêche consécutives, en vertu d'une nouvelle modalité instaurée par l'association Les Castillons et qui sera en vigueur dès cet été. Évidemment, il n'y a pas de limite quant au nombre de castillons qui peuvent être capturés par les pêcheurs sportifs.

    Mais il ne faut pas oublier de pêcher dans les magnifiques fosses du secteur amont. Sans aucune hésitation, je vous recommande de prospecter soigneusement la fosse Charles, ma préférée. Concentrez vos efforts dans le rapide; c'est là que les saumons se reposent, pendant plusieurs heures ou même quelques semaines. C'est un endroit presque parfait pour faire nager une petite mouche noyée de couleur noire. Si le niveau de l'eau le permet, vous pourrez traverser la rivière et pêcher à partir de l'autre côté. Bien souvent, un changement dans la présentation incite le saumon à mordre.

    Quand vous aurez terminé de pêcher dans la fosse Charles, rendez-vous quelques kilomètres plus haut à la fosse Étienne, histoire de voir s'il y a toujours des dizaines et parfois des centaines de saumons qui profitent de l'apport d'eau fraîche de la petite rivière Étienne. Puis, encore quelques kilomètres en amont, c'est la fosse du 14. Pour le pêcheur à la sèche, c'est le paradis. Quand les montaisons sont importantes, l'eau lisse de cette longue fosse est constamment perturbée par les saumons qui marsouinent nerveusement avant de se lancer à l'assaut de la chute, quelques centaines de mètres en amont.

    Je pourrais vous en raconter encore longtemps au sujet de la rivière Godbout. J'y ai puisé quelques-uns de mes plus beaux souvenirs de pêche du saumon. Mais je suis persuadé que vous prendrez grand plaisir à faire sa découverte. Je profite de l'occasion pour souligner qu'il est facile de se loger à Godbout. Pour ce faire, communiquez avec Éric Deschênes ([418] 568-7748) ou sa compagne Lucie, qui vous offriront une chambre dans leur sympathique auberge ou encore un chalet ou une petite maison dans le village. Tant qu'à y être, offrez-vous un petit déjeuner et un souper chez Lucie et Éric. En plus de vivre une expérience culinaire unique, vous bénéficierez de la jovialité d'Éric. Par ailleurs, si vous désirez de plus amples renseignements au sujet de la pêche sur la Godbout, communiquez avec les bureaux administratifs de l'association Les Castillons en composant le (418) 568-7565.

La Cap-Chat

LA CAP-CHAT
     Passons maintenant du côté sud du fleuve Saint-Laurent dans une région que je fré¬quente souvent pour la pêche du saumon et la chasse de l'orignal.

    La rivière Cap-Chat rejoint la mer près de la localité du même nom, en Gaspésie. Vue du pont, elle n'annonce rien de bon. Mais celui qui se donne la peine d'aller à sa rencontre plus loin en amont aura la surprise de découvrir une petite rivière aux eaux cristallines et froides qui coule dans un environnement d'une beauté à couper le souffle. La Cap-Chat prend sa source dans les Chic-Chocs, chaîne de montagnes dont la configuration rappelle celle des Rocheuses, sans atteindre leur altitude bien sûr. En plusieurs points de la rivière, l'arrière-plan est dominé par les Chic-Chocs. Le réputé mont Logan, visible de plusieurs endroits, se dresse majestueusement. L'amateur de photographie en reviendra comblé.

    La Société de gestion de la rivière Cap-Chat gère la pêche du saumon sur cette rivière. Deux secteurs sont offerts aux saumoniers. Le premier n'est pas contingenté et est situé dans la partie aval de la rivière. Il contient de belles fosses où on peut souvent pêcher à pied. En plus d'avoir la chance de capturer du saumon, ce secteur offre aussi la possibilité de se mesurer à la truite de mer, espèce qui vous fera passer par toute la gamme des émotions tant par sa finesse et sa méfiance que par sa combativité.

    L'autre secteur est contingenté. J'y ai péché de nombreuses fois depuis la réouverture de la pêche, il y a quelques années. Il faut savoir que la Cap-Chat a touché le fond du baril au cours des années 70 et 80. La situation était telle que le ministère a décrété la fermeture de la pêche sportive du saumon pour laisser le temps à sa population de se reconstituer. Parallèlement, des aménagements ont été réalisés afin d'améliorer l'accès aux frayères; de plus, le problème du braconnage a été pris en main.

LA CAP-CHAT
    Tous ces efforts ont porté fruit, car c'est maintenant par centaines que les saumons remontent ce cours d'eau. Malgré cela, la réglementation demeure sévère, afin de favoriser le plus possible la reproduction des saumons tout en en permettant la pêche. En 1995, la capture des grands saumons n'était permise que durant les deux premières semaines de pêche, en août. Par la suite, de la mi-août au 15 septembre, seule la capture de castillons était autorisée; au cours de cette période, un grand saumon capturé devait être gracié.

    Les bonnes fosses? Dans la zone 1, je vous conseille les fosses Noire, Jaw et Keable. Dans la zone contingentée, comme la pression de pêche est faible, prenez le temps d'explorer toutes les fosses. L'eau claire vous permettra de localiser les saumons ou encore... les truites de mer. Je vous suggère tout de même de lancer vos mouches dans les fosses Côté, Remous, Bob Rapids et Cameron. Comme la rivière est relativement petite, profitez-en pour utiliser un équipement léger. Quand l'eau est basse, une paire de cuissardes suffit, mais apportez quand même des bottes-pantalon, car elles seront parfois indispensables si vous devez traverser la rivière ou si l'eau monte suite à des averses.
Les bonnes mouches? Rusty Rat, Black Bear Green Butt. Mickey Finn dans les mouches noyées et les oiseaux au corps brun ou vert du côté des sèches. Certains saumons font plus de 30 lb (près de 14 kg) mais leur capture est exceptionnelle. Cependant, chaque année, on voit des prises faisant osciller la balance autour de 20 lb (9 kg).

    L'avenir du saumon de la Cap-Chat m'apparaît assuré plus que jamais, compte tenu du sérieux des dirigeants de la Société. Conscients de l'apport économique de cette rivière à saumon dans leur milieu, ils ont procédé à l'aménagement d'une chute afin de faciliter l'accès des saumons à plus de 20 kilomètres de rivière additionnels comportant de nombreux sites de fraye. Ce projet, combiné à la mise en place d'incubateurs ainsi qu'au démantèlement d'embâcles d'arbres sur la rivière, fait passer la capacité de la rivière de 1200 saumons à plus de 1600.

    Si vous voulez en savoir davantage sur la pêche du saumon dans cette rivière, composez le (418) 786-5255 ou le (418) 786-5966. Bonne pêche.

Références

» Texte & Photo: Gérard Bilodeau (Juillet 1996).
» Magazine Sentier Chasse & Pêche

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