Les Insectes Terrestres; Menu estival oublié par Gilles Aubert

    Tous les adeptes de la pêche à la ligne savent que les insectes aquatiques font partie du menu du jour des poissons sportifs d'eau douce. Cependant, ce que malheureusement plusieurs ignorent, c'est que ces poissons, des opportunistes de premier ordre, aiment bien aussi les plats offerts à la carte... comme les insectes terrestres. Et pour cause! De l'avis des scientifiques, ils seraient très nourrissants et ils auraient une saveur agréable. De l'anthropomorphisme, me direz-vous! Peut-être, mais soyez assuré que les poissons en sont vraiment friands et que les pêcheurs astucieux qui savent bien leur présenter ce plat de résistance dans leur repaire obtiennent du succès. Pourquoi ne pas joindre leurs rangs sachant qu'il est relativement facile de capturer plusieurs espèces de ces bestioles et de les conserver avant l'excursion de pêche de la truite arc-en-ciel, brune et mouchetée, de l'achigan, de la perchaude, etc.?

Une table bien garnie

LES INSECTES TERRESTRES; Menu estival oublié
     Saviez-vous qu'il existe sur terre plus d'un million d'espèces différentes d'insectes terrestres que l'on rencontre dans tous les milieux? Si l'on compare, on retrouve dans la nature beaucoup plus d'insectes terrestres qu'aquatiques. Et ceux qui vivent près des plans d'eau sont très nombreux. Tenez un parapluie ouvert la tête en bas, suspendez-le sous la végétation arbustive et secouez-le; soulevez des cailloux, des arbres et des branches renversés au sol, recueillez ceux emprisonnés dans le film de l'eau à l'aide d'un petit filet et vous serez surpris des espèces différentes présentes à l'état larvaire et adulte. Comment se retrouvent-elles dans l'habitat du poisson? Par inadvertance, mais c'est davantage après la pluie et lors de journées venteuses que la table est bien garnie. Au menu : des chenilles, des coléoptères, des criquets, des fourmis, des sauterelles, des larves de toutes sortes, etc.

QUELS INSECTES CHOISIR

     L'insecte terrestre devant être retenu par un hameçon, ce ne sont donc pas tous qui sont susceptibles de servir d'appât. À titre d'exemple, même s'il est possible d'attacher une fourmi sur un hameçon N° 18 ou plus petit, il serait difficile de bien la lancer au-dessus du repaire des poissons sans qu'elle se décroche. Habituellement, les mordus se servent surtout, pour la pêche en surface, des bestioles plus grosses comme certains coléoptères, chenilles, criquets et sauterelles, tandis qu'ils recherchent davantage, pour la pêche sous la surface de l'onde, des asticots, des larves d'abeilles et de guêpes et d'autres vers blancs. Lorsque disponibles, d'autres petits animaux invertébrés comme les blattes, les grosses mouches, les abeilles et les taons complètent l'arsenal du pêcheur.

     Qui n'a pas entendu la sérénade donnée par les criquets, des insectes herbivores à courtes antennes et à pattes postérieures sauteuses? Capturez ceux de couleur brune et noire et vous aurez l'un des meilleurs appâts naturels pour la pêche sportive. Comment faire? Sachant qu'ils se terrent durant le jour, on peut quand même les capturer en milieu rural ou urbain, surtout vers la fin de l'été. Prospectez les abords des bâtiments et des soupiraux de caves, le long des vieux murs et des bordures de quais, regardez sous les poubelles et les amoncellements, dans du bois pourri, dans les excavations, etc. Apprenez qu'ils aiment manger des plantes graminées comme le blé, le maïs et le sarrasin.

     Vous pouvez les amasser à la pièce, mais les entomologistes et les pêcheurs expérimentés utilisent plutôt des pièges simples et faciles d'utilisation. Faites preuve d'imagination! Récupérez plusieurs rouleaux vides de papier de toilette ou d'essuie-tout, enroulez-les de ruban isolant pour les protéger de l'humidité et de la pluie et obstruez aussi l'un des bouts avec le ruban. Insérez à l'intérieur des morceaux de pomme ou de la laitue, des miettes de pain ou des céréales et disposez les attrape-insectes aux endroits propices. Une boîte de conserve aplatie, tout en lui laissant une petite ouverture de quelques centimètres, pourra aussi servir de piège à insectes. N'oubliez pas de les visiter régulièrement.

     Les criquets recueillis peinent être gardés pendant plusieurs jours dans un seau en matière plastique d'une capacité d'environ vingt litres (cinq gallons) ou dans tout autre contenant de conception artisanale. Assurez-vous que la cage est propre et bien ventilée et que les insectes ne manquent pas de nourriture fraîche, d'eau propre et de chaleur. Les couvercles des pots de conserve peuvent très bien servir d'abreuvoirs, mais il serait important de mettre de la ouate dans l'eau pour éviter qu'ils se noient.

     C'est dans les champs que devrait se rendre le pêcheur à la recherche de sauterelles et, de préférence, tôt le matin, car elles sont moins actives à cause de l'humidité et de la température plus fraîche de la nuit. Pour les attraper, on peut toujours utiliser le filet traditionnel à papillons, mais vous aurez avantage à vous en confectionner un avec un fil de fer (un cintre fait bien l'affaire) et des bas de nylon, les mailles emprisonnant les pattes des sauteuses. Une couverture de laine étendue sur l'herbe constitue aussi un excellent piège.
     On peut les conserver pendant plusieurs jours dans une cage semblable à celle servant à garder les criquets. Apportez aussi les mêmes soins que ceux dispensés aux criquets (nourriture et eau claire en permanence). Il serait avantageux de leur donner la même nourriture que celle présente dans leur habitat d'origine. Et lorsque vous partez pour la pêche, n'oubliez pas de placer un morceau d'un bas de nylon dans le petit contenant serrant à transporter les sauterelles et les criquets.

     Quant aux coléoptères, tels le charançon, la coccinelle et le hanneton, ils peuvent être récoltés avec les mêmes pièges à criquets. En plus d'être herbivores, certains sont aussi carnivores. Conservez donc dans une cage à part ces insectes pourvus d'ailes postérieures pliantes protégées au repos par une paire d’élytres cornés. Et, si le cœur vous en dit, faites-vous une provision de larves de grosses mouches de couleur bleue ou verte (asticots) qui vivent dans de la viande en décomposition. Pour conserver plus longtemps les chenilles avant qu'elles deviennent des chrysalides, déposez-les dans une boîte, à la noirceur, avec des feuilles comme nourriture. Notez que les asticots, les larves d'abeille et de guêpe devraient être remisés dans le réfrigérateur avant l'excursion de pêche.

L'équipement

     Pour pêcher dans un ruisseau avec des insectes terrestres, servez-vous d'une canne très courte. Cependant, étant donné que dans une rivière et dans un lac il faut très souvent déposer l'insecte terrestre sur l'eau au bout de la ligne, les pêcheurs expérimentés utilisent davantage une canne à moucher en graphite (plus nerveuse et sensible) d'une longueur de 8,1/2 ou 9 pi. La plupart emploient un moulinet pour la pêche à la mouche avec une soie (double fuseau) flottante et/ou à bout calant selon l'appât utilisé, tandis que d'autres y enroulent seulement du monofilament d'un fin diamètre.

     Si vous optez pour une soie à moucher, il serait important d'attacher un bas de ligne qui a du corps (assez rigide), mais avec un bout de 2 lb de résistance pour que votre insecte se présente le plus naturellement possible dans le milieu aqueux. À l'occasion, un bout de 4 lb pourrait servir, notamment si de grosses sauterelles sont utilisées. Sachez qu'un moulinet à tambour rempli de monofilament fait très bien l'affaire pour pêcher avec des insectes terrestres.

     Quant aux hameçons, recherchez les modèles pour mouche sèche, donc légers et d'un fin diamètre. De plus, ils doivent être de qualité, bien aiguisés et avoir la taille appropriée à l'insecte utilisé. À propos, depuis quelques années et ce, même pour monter des mouches artificielles, j'aime bien me servir des hameçons Tiemco. Ils sont certes plus coûteux à l'achat que bien d'autres mais, croyez-moi, ils font souvent la différence. Évitez ceux dont l'œillet est orienté vers le bas, qui pourraient empêcher la dérive naturelle de l'insecte, et achetez ceux dont la hampe est plus courte que la normale afin qu'ils soient le moins apparents possible hors de l'insecte. Un insecte terrestre adulte bien présenté recouvre entièrement la courbure de l'hameçon. Ce dernier est introduit dans le thorax, mais près de la tête, et enfoncé en lui faisant faire un tour sur lui-même. Autant que possible, faites ressortir la pointe nettement et n'hésitez pas à attacher à votre bas de ligne des hameçons N° 16 et 18 et même 20 si l'insecte est très petit.

Où et quand pêcher

     Pour obtenir du succès à la pêche avec des insectes terrestres, il ne suffit pas d'avoir l'équipement et les insectes appropriés. Savoir présenter l'appât au bon endroit et de la bonne manière augmente considérablement les chances. Exposez-vous le moins possible à la vue des poissons, car en l'absence de lest, le petit animal invertébré ne peut être lancé très loin. Portez des vêtements qui se marient bien avec l'environnement et demeurez autant que possible sur la berge, soit agenouillé ou soit caché derrière les arbustes, les arbres, les buissons, etc. Et si vous devez marcher dans la rivière, faites-le le plus discrètement possible, les poissons ayant le sens de l'ouïe très développé. Évitez aussi de faire du bruit dans une embarcation.

     Les meilleurs emplacements à prospecter? Il est certain que les rivières qui coulent clans les champs sont à privilégier. Cependant, que vous péchiez en lac ou en rivière, recherchez plus les endroits où la végétation arbustive est dense près de la berge et explorez surtout les repaires des poissons. N'oubliez pas de lancer votre offrande près d'un endroit où la rive est escarpée et l'eau assez profonde, sous les branches suspendues au-dessus de l'eau, près des arbres renversés et des roches s'avançant dans l'eau. En lac, lancez aussi votre appât près de la ligne de mousse blanche qui s'y forme souvent, car celle-ci emprisonne les insectes tombés à l'eau et emportés par le vent. Rappelez-vous que les criquets sont très actifs à l'aube et en fin de journée, tandis que les sauterelles le sont de la fin de l’avant-midi jusqu'à la fin de l'après-midi. Quant aux larves et autres insectes adultes, ils peuvent être gobés en tout temps de la journée.

Techniques de pêche

     Il n'est pas nécessaire d'être un expert pour pratiquer la pêche avec un insecte terrestre. Souvent l'appât est déposé au bout de la canne, et il est rare de lancer à des distances de 9 m (30 pi.). Les techniques de pêche devraient varier selon l'insecte sélectionné comme appât. Comment maintenant présenter adéquatement votre appât de la manière la plus naturelle possible? L'approche sera différente si l'insecte dérive dans le film de l'eau ou s'il doit être entraîné au fond du plan d'eau. Habituellement, la plupart des insectes terrestres adultes attachés à l'hameçon sont déposés à la surface de l'eau. Et il en est de même pour les chenilles.

     En rivière, lancez le coléoptère, le criquet ou la sauterelle au-dessus du repaire présumé des poissons, ou en amont de celui-ci, et laissez-le descendre librement dans le courant sans être tiré par le bas de ligne. Cependant, si vous péchez avec un criquet et surtout une sauterelle, modifiez l'approche. Tirez brusquement sur la soie ou le monofilament, par saccades, pour le ou la faire avancer sur l'eau. Il n'est pas important que les insectes terrestres se déposent délicatement sur l'eau et il est même préférable qu'ils frappent l'eau avec vigueur. C'est de cette manière que les insectes arrivent à l'eau, ce qui attire l'attention des poissons à l'affût. D'ailleurs, ils s'appuient tellement dans le film de l'eau que lorsque les poissons les gobent, vous ne voyez que quelques rides à la surface de l'onde.

     En lac et dans les grosses rivières, des pêcheurs se servent aussi d'un petit flotteur attaché à près d'un mètre (3 pi) de l'appât pour signaler la touche et pour permettre aussi de lancer plus loin. Même si l'insecte ne demeure pas emprisonné dans le film de l'eau, les poissons n'hésiteront pas à l'attaquer. Peu importe la méthode utilisée, n'oubliez pas d'animer l'insecte par de légers tremblements latéraux de la pointe du scion.

     Lorsque vous employez des larves d'insectes, comme les asticots et d'autres vers blancs, il est souvent préférable qu'elles soient présentées près du lit du plan d'eau. Vous pouvez vous servir d'une soie à bout calant ou poser un petit plomb sur le bas de ligne à moins d'un mètre (3 pi) du leurre: cet ajout de poids vous assurera des lancers plus éloignés. Dans ces conditions, un petit indicateur de touche installé au point d'entrée de la soie dans l'eau peut s'avérer très utile. Comme pour les vers de terre, on peut empaler les larves à l'hameçon, à un jig ou à un hameçon relié à une cuillère. Une exception : les chenilles. Pour attirer l'attention des poissons, elles ne doivent pas être molles et flasques. Sous peine de se vider, ce petit animal invertébré doit être piqué par la queue.

Conclusion

     Il existe au bord des plans d'eau une microfaune abondante et variée qui sert souvent de pitance quotidienne aux poissons. Qu'ils soient emportés par le vent ou par la pluie, ou qu'ils tombent inopinément dans l'eau, demeurant emprisonnés dans le film de l'eau, les insectes terrestres sont une proie facile à gober pour les poissons. Ainsi, pour obtenir davantage de succès, le pêcheur averti n'hésitera pas à piquer à l'hameçon une de ces petites bestioles, à l'état larvaire ou adulte. Ces appâts naturels bien présentés s'avèrent capables de séduire de façon régulière les achigans, les ombles de fontaine, les truites arc-en-ciel et brunes et plusieurs autres poissons sportifs d'eau douce parmi les plus difficiles qui soient.

Références

» Texte & Photo: Gilles Aubert (Août 1995).
» Magazine Sentier Chasse & Pêche.

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