Les plantes et le montage de mouches (2) par Pascal Perreault

DES RACINES D’UNE CULTURE AU MONTAGE DE MOUCHES

     Originaire de Lima, capitale du Pérou, résident du Québec depuis 1986, Javier Melgarejo, cet artiste multidisciplinaire, nous présente “ Les plantes et le montage de mouches”.

    Univers végétal et pêche à la mouche font partie intégrante des grandes passions de Javier. Celui-ci a su avec ingéniosité, les allier en créant une combinaison harmonieuse vraiment hors du commun, la confection de mouches de pêche à l’aide de matériaux issus du monde végétal. Ces impressionnantes créations qui en émanent sont absolument magnifiques de par leur beauté et d’une redoutable efficacité.

Javier Melgarejo DES RACINES D’UNE CULTURE AU MONTAGE DE MOUCHES
     Cette inspiration venue d’un profond respect pour la faune et la flore, un amour profondément ancré en lui depuis sa tendre enfance. Voulant ainsi limiter l’utilisation de matériaux animal dans la confection de ses mouches pour réaliser ses créations, Javier est allé puiser dans les boisés et les champs, de merveilleux substituts végétaux aux propriétés multiples. Et comme Javier laisse à tout ce qu’il crée et à tous ceux qu’il côtoie une empreinte de pureté et de respect, ses mouches n’en font pas exception. Ces valeurs qui le caractérisent si bien, lui proviennent essentiellement de sa culture ancestrale, celle du Pérou, civilisation descendant du Peuple du Dieu Soleil (Inti). Pour créer ses mouches, il puise également dans ce riche bagage reçu de ses ancêtres, l’harmonie de la musique, la fluidité de la danse, la créativité et l’ingéniosité de l’architecture perfectionnée qui arborent depuis toujours cette riche et vaste diversité culturelle. Tous ces éléments réunis ont emmené Javier à s’épanouir  dans ce magnifique art qu’est le montage de mouches.
 
     Aujourd’hui, le succès de Javier est étroitement lié à ce valeureux passé traditionnel. Jadis, le peuple Inca utilisait déjà les fibres végétales pour la confection de lingeries et de divers biens. Inspiré par ce mode de vie ancestral, Javier quant à lui, nous offre aujourd’hui une superbe et combien efficace collection de mouches pour la pêche. Une succession de créations émanant d’une symbiose totale et d’une intime complicité entre son créateur et la nature. Relation teintée d’une profonde reconnaissance envers des eaux regorgeant de richesses, mais à la fois si fragiles. À titre d’exemple, chaque fois que Javier emprunte les pas d’un sentier le long d’une rivière, il prend religieusement cette précieuse pause, tout comme le faisaient ses ancêtres, afin de remercier celle-ci pour sa générosité passée et future. À son contact, cette nature  impose fièrement ces lettres de noblesse, en nous offrant avec altruisme ses propriétés thérapeutiques essentielles à cette quête de paix intérieure qui nous habite tous. Chacune des mouches créées par Javier reflètent cette relation naturelle et spirituelle entre sa culture et les plantes. D’une telle relation teintée d’une vaste expertise en entomologie émergent de très élégantes et redoutables créations.

     De plus, Javier a su bonifier ces dons de la nature en les unifiant à l’une des plus grandes richesses naturelles de son peuple ancestral, l’Or. Ce métal précieux, symbole du Dieu Soleil, était omniprésent à titre décoratif et rituel au temps des dirigeants du plus grand empire américain qu’était le territoire Inca. “ Tawantinsuyo ” en Quechua, ancien dialecte de ce peuple. La riche et brillante teinte de ce métal orne presque la totalité des créations de Javier.   Il a donc développé en accord avec ses racines, une merveilleuse gamme de mouches composées de différentes ressources végétales poussant dans notre environnement et à notre portée. Seulement le fait de récolter et de transformer ces merveilles naturelles constitue un plaisir en soi. Tous sont des matériaux naturels aux propriétés réflectives et translucides inégalables. Pour ne citer que quelques-unes des découvertes de Javier, on retrouve principalement le jute, le chardon des champs, l’asclépiade et la cocotte de mélèzes. Javier a su mettre au point plusieurs techniques pour l’adaptation et l’utilisation spécifiques de ces matériaux au montage de mouches.

     Prenons le jute, une des plus belles fibres naturelles insoupçonnées pour le montage de mouches. Matériau doté d’une translucidité et d’une solidité déconcertante, facilement accessible en rouleaux de plusieurs dizaines de mètres à un coût presque négligeable. Après avoir subi différentes étapes simples de transformation, le jute offre une multitude d’applications au monteur. Utilisé sous la forme de longues fibres, le jute représente une option de premier choix lors de la préparation de l’aile d’une imitation de poisson appât. En fait, la plupart des « bucktails » sont réalisables à l’aide de cette merveille naturelle. De par sa souplesse et sa luisance caractéristique, il offre à toute imitation un réalisme stupéfiant. Il représente également l’un des plus merveilleux « dubbing » existant. Le travail de ce matériau est d’une grande simplicité et se colore très aisément, de façon quasi permanente, par de simples crayons feutre aux couleurs stratégiquement déterminées.
 
     De son atelier, où se côtoient  toutes ces impressionnantes découvertes naturelles que Javier a su adapter au montage de mouches, ont émergé plusieurs patrons. L’élaboration de chacune des toilettes s’est effectuée à partir de nombreuses études et observations entomologiques qu’il a réalisées sur les cours d’eau du Québec et même du Vermont. Que ce soit, pour n’en citer que quelques-unes : la fabuleuse et combien indispensable série des Incas, la Felipe, cette preneuse de trophées, l’éprouvé streamer Coaticook Minnow, la Stonefly de cocotte, cette redoutable imitation des grandes nymphes de plécoptères, la Capaju, la Perla Clyde et la fameuse Ninfa, l’une de mes préférées. Chacune d’elles ont été rigoureusement testées pendant plusieurs excursions de pêche sous différentes conditions par leur créateur et quelques amis collaborateurs autant passionnés que ce dernier. Toutes ces mouches occupent une place spécifique dans les boîtes de ces acolytes chevronnés.

la Ninfa
     Nonobstant, pour David Quenneville et moi-même qui ont particulièrement testé une de celle-ci, la Ninfa a su se mériter avec distinction le titre si difficilement atteignable de « Notre mouche de confiance toutes conditions ». Celle qui, le plus souvent, est la première à toucher les eaux lors d’explorations de rivières. Ces fameuses mouches à qui, à première vue, on a prédit un grand succès. Ce fut depuis sa naissance, sans aucun doute, une première intuition confirmée. Cette Ninfa possède tous les atouts pour séduire à la fois le poisson et le pêcheur averti. Son allure tridimensionnelle lui permet de conserver sous l’eau, à n’importe quel niveau, une silhouette identique peu importe l’angle qu’elle occupe par rapport au poisson. Un avantage considérable lors de situations de pêche en eaux rocheuses très agitées. Une efficacité incomparable dans ces conditions est obtenue avec l’ajout d’une bille lestée « bead head » à la tête de la mouche. D’ailleurs, utilisée en gros format, la Ninfa est une mouche toute indiquée pour la présentation de type « Brooks ». Cette technique permettant d’atteindre ces postes d’affût sous les rapides tumultueux, composés de remous des fonds souvent inaccessibles qui abritent ces gros prédateurs trophées si convoités.  Elle excelle également sous le titre de « nymphe chercheuse » en la pêchant de façon très active, saccadée et provocante sous le film de l’eau lors de présages ou non d’activités du poisson en surface.

     Nous osons même pousser l’audace jusqu’à affirmer que de par sa grande polyvalence, cette mouche à elle seule peut constituer une section entière d’une boîte. Selon la grosseur utilisée (no 4-14), elle arrive à couvrir une vaste variété d’imitations. Sa luisance et sa translucidité qui lui sont conférées par les matériaux la composant, lui offrent son côté distinctif à la fois réaliste et attractif. Que ce soit sous forme de poisson appât, de nymphe de mouche de pierres ou de trichoptères évoluant près du lit du cours d’eau ou même lors d’émergences, la Ninfa est fréquemment la cause d’excursions de pêche couronnées de succès. Cette grande mouche occupe donc une place de premier ordre dans notre boîte à mouches.
 
     La Ninfa est donc parfaitement à l’image de cette « beauté naturelle » que Javier transmet à ses créations depuis ses origines à son étau de montage.

En résumé

Le contenu de l'estomac en dit long sur le choix alimentaire de cette truite.
Au menu: Perles de rivière.

     Voici ce qu'en dit son bon ami Pascal Perrault: De son atelier, où se côtoient toutes ces impressionnantes découvertes naturelles que Javier a su adapter au montage de mouches, ont émergé plusieurs patrons. L'élaboration de chacune des toilettes s'est effectuée à partir de nombreuses études et observations entomologiques qu'il a réalisées sur les cours d'eau du Québec et même du Vermont. Que ce soit, pour n'en citer que quelques-unes: la fabuleuse et combien réputée série des Incas, la Felipe, cette preneuse de trophées, l'éprouvé streamer Coaticook Minnow, la Stonefly de cocotte, cette redoutable imitation des grandes nymphes de plécoptères, la Capaju, la Perla Clyde et la fameuse Ninfa.

     Chacune d'elles ont été rigoureusement testées pendant plusieurs excursions de pêche et sous différentes conditions par leur créateur et quelques amis collaborateurs, aussi passionnés que lui.
 
     Toutes ces mouches occupent une place spécifique dans les boîtes de ces acolytes chevronnés. Nonobstant, pour David Quenneville et moi-même qui ont particulièrement testé une de celle-ci, la Ninfa a su se mériter avec distinction le titre si difficilement atteignable de « Notre mouche de confiance toutes conditions ». Celle qui, le plus souvent, est la première à toucher les eaux lors d'explorations de rivières. »

     Tout comme ses ancêtres, cet artiste au grand cœur perpétue la tradition et est toujours à la recherche de nouveaux matériaux et techniques innovatrices afin d’élargir les horizons de ce grand art qu’est le montage de mouche.

     Jav, mon cher ami, sincèrement,  merci d’être là, merci d’être ce que tu es, tout naturellement !!!
     De ton ami et compagnon de pêche de longue date!
 
    Pascal Perreault; Sherbrooke,Qc.

Références

» Texte Pascal Perreault (2007)
» Photos/Montage de la Nifa 2000
» Magazine Pêche à la Mouche.
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