Les Truites Géantes du Lac Édouard par Gilles Aubert

     Depuis quelques années, la pêche blanche est devenue une activité de plein air de plus en plus recherchée par les Québécoises et Québécois. Les espèces récoltées sont principalement la perchaude, le doré et le brochet, étant donné que seule la récolte de certaines espèces de poissons est autorisée en hiver et ce, dans des plans d'eau bien déterminés. Malheureusement, les amateurs de pêche à l'omble de fontaine, communément appelé truite mouchetée, sont moins privilégiés. Au Québec, peu de plans d'eau sont ouverts à la pêche sportive de cette espèce durant la saison hivernale et, à ma connaissance, ceux qui renferment des poissons-trophées ne sont pas légion. Pourtant, à quelque 350 km de Montréal, environ 325 km de Québec, un tel plan d'eau exceptionnel existe. On n'en prend pas en grande quantité, mais il est possible de récolter de très beaux spécimens.

Les Truites Géantes du Lac Édouard
     L'hiver dernier, à l'invitation de la directrice générale Denise Vaillancourt, j'ai vécu une expérience inoubliable au Village de Plein Air du Lac Édouard Inc., une base localisée en Haute-Mauricie sur la rive du lac du même nom. Surprise de taille! Le lac Édouard «livre la marchandise» à l'amateur de pêche patient et tenace. Le décor merveilleux de ce coin sauvage du Québec, l'accueil personnalisé et la qualité de l'hébergement offerts par ce centre spécialisé en plein air, valent à eux seuls le déplacement.

UN PEU D'HISTOIRE

     Selon la toponymie, on attribua le nom Édouard au lac non pas en l'honneur du Prince de Galles, mais en celui d'un chasseur indien de la Batiscan. Cependant, avant 1895, on l'appelait, semble-t-il, le lac des Grandes-Iles et pour cause! D'une longueur de plus de 35 km, il est parsemé d'îles dont certaines renferment même des étangs. C'est la qualité de la chasse et surtout de la pêche qui attira les richissimes étrangers à la fin du siècle dernier. D'ailleurs, les premiers membres du Lake Edward Fishing Game Club étaient tous des américains bien nantis dont certains passaient souvent tout l'été dans leur domaine. Aux heures de gloire du club, plus de 150 guides y travaillaient et, selon certains encore vivants, la pêche y était exceptionnelle. La truite mouchetée était la reine de cet immense plan d'eau et des poissons-trophées de plus de 6 lb (2,8 kg) étaient monnaie courante. De vieux pêcheurs de la région mentionnent que certaines prises faisaient osciller la balance à près de 10 lb (4,6 kg).

De nos jours

     Même si le lac est maintenant «déclubbé», donc accessible à Monsieur et Madame Tout-le-Monde, les quelques habitués que j'ai interrogés m'ont tous dit que le lac renferme toujours une bonne population de truites mouchetées indigènes, mais difficiles à faire mordre. Il faut savoir que des «ménés» et des perchaudes, présents en grand nombre dans ce plan d'eau, font partie du menu quotidien des truites. Il n'est donc pas facile de ruser avec Dame truite durant la saison de pêche estivale. Cependant, d'après les adeptes locaux de pêche blanche, le lac Édouard serait plus productif au cours de la saison hivernale de pêche, entre le 20 décembre et le 1er mars. Et de très beaux spécimens sont récoltés, croyez-moi!

     À titre d'exemples, à l'hiver 1993, Benoît Guay et sa compagne Joane Lauzon de La Croche près de La Tuque, des mordus de la pêche sous la glace, ont récolté, notamment, cinq truites mouchetées bien dodues de 19 à 23 po (58,4 cm); à la mi-mars, lors d'une fin de semaine, Louis Laforce, Richard Pilote et Denis Savard, également résidants de la région, étaient fiers d'exhiber leurs prises de 20 1/4 po à 22 1/2 po (57,1 cm). Et que dire du «monstre» de plus de 7 1/2 lb (3,4 kg), d'une longueur de 26 po (66 cm), récolté en février dernier par Réjean Rioux ? Toutefois, la pêche étant la pêche, ne croyez pas que les pêcheurs récoltent tous de telles «palettes» à chacune de leurs sorties sur le lac.

     Faut-il être un pêcheur émérite et avoir affiné des techniques spéciales pour récolter de tels trophées sous la glace dans le lac Édouard, me demanderez-vous ? Si vous connaissez les bons repaires et les voies de déplacement de la truite durant la saison hivernale, utilisez l'approche fort simple des gens de la place. Ils m'ont tous avoué qu'un gros ver de terre bien vivant était l'appât qui leur avait rapporté le plus de succès. Plusieurs attachent à l'extrémité du monofilament ou du bas de ligne un plomb et, espacés d'environ une quinzaine de pouces (environ 38 cm) chacun, ils fixent soit deux ou soit trois hameçons, le premier étant placé à quelque 20 po (50,8 cm) au-dessus du plomb.

     Étant donné qu'il est permis de pêcher avec cinq lignes, les appâts de chacune des brimbales ou cannes à pêche sont présentés à des hauteurs différentes dans la colonne d'eau et habituellement le plus près possible du fond. En passant, utilisez un monofilament de bonne qualité, d'un diamètre fin, non cassant au froid et d'une résistance de 8 lb environ. Souvenez-vous que le métabolisme de la truite n'est pas le même durant la saison hivernale; elle est moins active à cause de l'abaissement de la température. Ainsi, au premier frémissement de la ligne, prenez le monofilament dans vos mains nues afin que vous puissiez sentir le moindre mouvement du poisson. Évitez de ferrer immédiatement, laissez plutôt la truite attraper le ver et laissez-la filer avec l'appât en lui donnant du mou. Ensuite, ferrez d'un léger mouvement du poignet, car il faut se souvenir que la ligne étant plutôt courte et d'un diamètre fin, elle pourrait se rompre sous le choc.

     Quant aux amateurs de perchaude, ils ne sont pas laissés en reste. Soyez assuré qu'elle y est nombreuse et que les techniques de pêche les plus usuelles vous rapporteront assurément du succès. Ne serait-ce pas l'occasion rêvée d'initier les membres de votre petite famille à la pêche blanche ?

Le guide: un atout important

     Étant donné la grande superficie du lac Édouard et le fait qu'il est préférable de connaître les tenues préférées de la truite si l'on veut s'assurer du succès, il pourrait s'avérer important, encore plus lors d'une première visite, d'interroger ou d'accompagner des pêcheurs locaux... ou de réserver les services d'un guide. À tout le moins, procurez-vous une carte bathymétrique du lac pour vous aider à prospecter les différentes structures. Et n'hésitez pas à demander à madame Vaillancourt de vous indiquer les endroits les plus propices!

     En parlant de guide, Stéphane Telmosse, un résidant de Saint-Hyacinthe, serait une personne susceptible de répondre à vos attentes et ce, à un tarif des plus compétitifs. Il mettra tout en œuvre pour que votre séjour de pêche soit intéressant. Et si vous en êtes à vos premières armes à la pêche blanche, il vous fournira les brimbales, cannes à jigger, accessoires importants (leurres, appâts, tarières mécanique et manuelle, etc.) et motoneige pour vous véhiculer et transporter l'équipement. Pourquoi ? Il semblerait que la plupart des grosses mouchetées auraient été surtout récoltées l'hiver dernier, à plus de 5 km de la base de plein air. Pour de plus amples informations, on peut joindre Stéphane Telmosse au numéro de téléphone suivant: (514) 798-2530. Notez cependant que Jocelyn Lapointe, chroniqueur de pêche bien connu, aurait récolté, lors d'une visite-éclair en février dernier, à quelque 1 000 mètres du Village de Plein Air du Lac Édouard, une dizaine de belles mouchetées.

Accessibilité et infrastructures

     Ce n'est pas par hasard que l'on se rend au lac, car le chemin qui y mène ne va pas ailleurs ! À quelque 30 km au nord-est de La Tuque, vous empruntez, à votre droite, la route du «16 milles», la seule voie d'accès au lac et au Village de Plein Air du Lac Édouard. Si le village du Lac-Édouard ne compte aujourd'hui tout au plus que 150 âmes, dans les années 30, plus de 600 personnes y habitaient. À cette époque, le village abritait plus de 225 malades atteints de la tuberculose et une centaine de personnes soignaient ces patients. En 1966, la vocation du sanatorium changea: il devint une institution de soins de garde et de foyers d'hébergement. En 1980, le centre de réadaptation était définitivement fermé pour devenir un centre touristique. Toutes les infrastructures furent cédées à la corporation du Village Plein Air du Lac Édouard Inc.

     L'ancienne résidence des sœurs et du médecin, la buanderie et les autres bâtiments permettent de loger plus de 170 personnes et vous pouvez réserver des chambres à occupation double ou familiale, dont certaines ont même une salle de bain privée. Notez que la capacité maximale d'hébergement des pavillons varie de 6 (Le Shack à Wellye) à 67 personnes (L'Auberge) et que la plupart comprennent une salle de séjour et un foyer. Est-ce coûteux ? Pour 55$ par jour (un tarif moindre est demandé pour les enfants), vous êtes hébergé (literie comprise) et nourri (trois repas copieux et à volonté). Bien plus, on vous fournira gratuitement les raquettes, les brimbales et un animateur se chargera même de creuser les trous à travers la glace. Seuls les vers sont en sus et notez qu'il n'y a pas de motoneige à louer. Pour en connaître davantage ou pour réserver, composez le (819) 653-2203 ou 653-2219; demandez madame Denise Vaillancourt. Pour recevoir de la documentation, écrivez à : VILLAGE PÂLE, Lac Édouard, (Québec), G0A 2G0.

Références

» Texte & Photo: Gilles Aubert (Décembre 1993).
» Magazine Sentier Chasse & Pêche.

Page 12 sur 19