Mouchetée en Ruisseau à la Mouche par Louis Tanguay

     Les petits cours d'eau sont des endroits propices pour la pêche à la mouche. Les truites y sont généralement plus affamées que dans les lacs, et elles gobent bien la mouche. Voici quelques petits trucs et une bonne sélection d'artificielles pour connaître des moments sublimes.

     La pêche à la mouche en ruisseau exerce sur moi un charme irrésistible. Évocations de mes premières truites capturées à la mouche, images de mon père se faufilant discrètement derrière les buissons pour éviter d'alerter la truite dans son repère le plus reculé; ce pêcheur d'expérience savait «lire» les petits cours d'eau. Il m'apprit très tôt à délaisser les lieux les plus fréquentés pour m'attarder là où les pêcheurs abandonnent habituellement. Des mordus de cette espèce, il n'en pleut pas, si bien qu'aujourd'hui encore, il est possible de pêcher dans des secteurs de ruisseaux où la pression de pêche est à peu près nulle.

     Ces endroits appartiennent à celui qui ne craint pas les égratignures, à celui qui a assez d'humour pour rire de ses maladresses lorsque l'artificielle reste accrochée à une branche d'arbre ou, mieux encore, à celui qui peut rigoler lorsque, à son retour, sa conjointe ironise sur les «palettes de creek» qu'il rapporte!...

     Quoiqu'il en soit, les petits cours d'eau sont des endroits propices pour la pêche à la mouche. La truite, toujours affamée, gobe bien l'offrande. Il faut cependant se rappeler qu'une truite de ruisseau demeure une truite, et que les plus grosses sont les plus difficiles à leurrer. Elles détectent tout mouvement inhabituel; une approche discrète et une présentation naturelle de l'artificielle inciteront les plus farouches à se compromettre.

Une sélection d'artificielles

     La truite de ruisseau n'a pas la réputation d'être sélective. Une imitation exacte des insectes naturels ne me paraît donc pas importante. Toutefois, le choix de la mouche sera différent si je pêche en eau calme ou dans un rapide. La morphologie des petits cours d'eau offre généralement quatre configurations distinctes présentant un intérêt pour le pêcheur à la mouche.

     En montagne, dans les cascades où l'eau est très rapide, le choix d'une nymphe ou d'une soft hackle fly, peu garnie et très lestée, me semble essentiel pour contrer l'effet du courant. De plus, le poids de la mouche permet de la déposer plus facilement à l'endroit désiré. Il ne faut pas oublier que dans ces endroits, on n'utilise souvent que la longueur du bas-de-ligne. En d'autres endroits, le ruisseau forme de véritables cuves en se rétrécissant. Certaines peuvent atteindre jusqu'à dix mètres de longueur. Le fond de ces cuves, constitué d'immenses parois de roche, est souvent littéralement tapissé de fourreaux de trichoptères (caddis). Ces bassins naturels recèlent toujours de très belles prises. Heureusement d'ailleurs, la truite y a l'eau et l'espace pour livrer son combat. Là encore, une nymphe ou une soft hackle fly lestée peut s'avérer très efficace.

     Dans les secteurs où la dénivellation est moins accentuée, le courant est beaucoup moins rapide. Une Pheasant tail #16 ou #18, non lestée et pêchée juste sous le film de l'eau en bordure du ruisseau, est très productive. Dans ce type de courant, de petites mouches sèches #16 ou #18, si elles flottent très haut, peuvent aussi donner de bons résultats. La truite évoluant dans seulement quelques centimètres d'eau, une petite Elk caddis à la dérive ne passera jamais inaperçue.

     Enfin, existe-t-il un petit ruisseau qui n'ait jamais été transformé par le travail acharné des castors? Au fil des ans, dans ces eaux retenues par les barrages, la vie aquatique se développe et la nourriture devient plus abondante pour la truite. Le fond vaseux, tourbeux par endroits, est très propice à certains types d'éphémères et de diptères. Les amoncellements de branches laissés par les castors servent souvent de repères aux plus grosses truites. Sur cette surface d'eau paisible, une petite Adams #16 ou #18 pêchée délicatement, sans empressement, est tout à fait indiquée. C'est aussi l'endroit pour utiliser des midges, ces petites mouches #18, 20, 22 ou 24 imitant une larve de moustique. Si vous ne croyez pas en l'efficacité de ces minuscules artificielles, tentez l'expérience et vous en parlerez certes longtemps!

     Une sélection d'artificielles pour la pêche en ruisseau ne serait pas complète sans une imitation de sauterelle. Combien de fois, en marchant dans les grandes herbes en bordure des ruisseaux, ai-je vu des sauterelles en déroute aller choir sans méfiance à la surface de l'eau et, après quelques ébats, disparaître dans la gueule d'une truite? Une Henry's Fork Hopper #12, déposée en bordure du ruisseau ou près des îlots de foin, et délicatement animée par quelques secousses du poignet, obtient toujours du succès. Cette imitation simplifiée de sauterelle est facile à attacher, très résistante, et flotte très bien.

     En suggérant cette sélection d'artificielles, je souhaite convaincre quelques pêcheurs de prendre la direction de la forêt et de tenter l'expérience de la pêche à la mouche en ruisseau; ça vaut la peine, même si la journée s'annonce très chaude. Les fins d'après-midi et les soirées sont sublimes!

Références

» Texte & Photo: Louis Tanguay (Mai 1993).
» Magazine Sentier Chasse & Pêche.

Page 16 sur 19