Pourquoi pas le Doré par Jacques Juneau

    Le soleil descend dans le ciel et bientôt il frôlera la cime des arbres. Une rivière coule paisiblement sur les roches et les galets. C'est une musique qui enivre le pêcheur à la mouche alors qu'il s'approche doucement de la rive. La fosse devant lui s'agite, pleine de vie, puisque de nombreuses éphémères et d'innombrables phryganes émergent en tentant d'échapper aux prédateurs du monde halieutique. Quel pêcheur étrange que celui-ci : il préfère négliger une telle profusion d'éclosions d'insectes pour plutôt faire porter son choix d'artificielle sur une imitation de poisson-fourrage! C'est que ce pêcheur à la mouche est à la recherche d'un poisson trop souvent négligé, le doré!

Pourquoi pas le Doré
     Souvent boudé par la guilde des moucheurs québécois, le doré représente pourtant une espèce intéressante pour ces amants de longue canne. Voici donc les conseils judicieux d’un inconditionnel de la pêche à la mouche

    Durant les 25 dernières années j'ai eu l'occasion de vivre maintes fois cette aventure toujours surprenante de la pêche du doré à la mouche en lac et rivière. Il m'apparaît que la recette du succès de cette pêche se compose des éléments suivants: une bonne connaissance des comportements de ce poisson, l'utilisation des bonnes techniques de pêche et le choix d'artificielles capables de le tromper.
 
     Pour rejoindre ce poisson en profondeur, l'emploi d'une soie calante est essentiel. Une soie lourde déplace les grosses artificielles sur une plus grande distance plus facilement, tout en les entraînant dans une plongée rapide. La longueur du bas de ligne doit être assez courte (entre 2,5 m et 3 rn) pour éviter que l'artificielle ne remonte vers la surface et pour assurer un déplacement plus uniforme lors de la récupération. Comme ce carnassier ne voit pas la différence, on peut se servir de brin de 6 à 10 lb de résistance pour y attacher l'imitation. Pour pêcher le doré en rivière, on rajoute de bonnes bottes de pêche ainsi que des bottines à semelles de feutre qui sont indispensables pour rejoindre les fosses profondes. Le débutant aurait avantage à utiliser un bâton de marche dans ces eaux rapides.

Le doré en rivière

     Bien que la plupart des poissons vivant en rivière se déplacent d'une fosse à l'autre en remontant le courant, le doré, lui, s'installe dans une fosse parmi les plus profondes et y demeure tant qu'il y aura de la nourriture. Ces endroits sont reconnus comme «fosses à dorés». Lorsque la nourriture commence à se faire rare, ce poisson se déplace vers une autre fosse en profitant des périodes de crue. Quand l'eau de crue commence à s'éclaircir, on peut alors pêcher le doré en plein après-midi. Toutefois, ce poisson fuit habituellement la lumière et chasse en fin de journée. Dominant la fosse, ce carnassier s'installe en bordure du courant. Il occupe la tête de la fosse pour y attendre l'arrivée de la nourriture en position privilégiée. En effet, une grande quantité d'insectes dérivant en bordure des courants sert à alimenter les poissons-fourrage, lesquels représentent sans contredit le menu préféré du doré.
 
     Normalement, le doré fraye dans les premiers rapides en aval de la rivière. Ainsi, à l'ouverture de la saison, la pêche est plus productive dans le bas de la rivière. Durant la saison, les dorés résidents de la rivière remontent progressivement le cours d'eau, tandis que les autres redescendront vers le fleuve ou un lac pour la période estivale.

Technique de pêche en rivière

     Le pêcheur à la mouche s'installe en amont de la fosse, le dos au courant, et lance devant lui en direction de celle-ci. Il laisse descendre l'artificielle jusqu'au fond et la récupère par saccades tirant chaque fois 20 à 30 cm de soie. Aussitôt que le streamer passe au-dessus de la tête du prédateur, il le foudroie à la vitesse de l'éclair, mord avec vigueur et s'y accroche fermement. Bien que le doré ne soit pas un des plus valeureux combattants, un gros géniteur vous donnera du fil à retordre, surtout s'il est en eau rapide. Il faut faire attention, car ce poisson a la commissure des mâchoires fragile. Il faut le ramener avec douceur, au cas où l'hameçon ne serait pas dans une partie très solide de sa gueule. Une fois la prise près de soi, pour la sortir de l'eau on pose la main sur son dos en rabaissant la nageoire dorsale et on sort alors ce qui, pour plusieurs, est synonyme de bonne chère et de repas gastronomique.

Le doré en lac

Le doré en lac
     Selon les types de plans d'eau, le doré en lac adopte deux types différents de comportements. Dans les lacs comportant des fosses longues et peu profondes (de 3 à 5 rn), le doré s'y protège de la lumière et demeure ainsi accessible aux pêcheurs à la mouche. La pêche à la traîne, lors des journées nuageuses et pluvieuses, permet de belles captures au grand jour. D'autres lacs sont composés de fosses très vastes et profondes, et là le doré ne remonte à la surface qu'au crépuscule. La traîne est la technique efficace en soirée, alors que les bancs de dorés nagent près des rives pour s'y nourrir.
 
     Durant les périodes ensoleillées de la journée, le pêcheur cherchera à repérer les endroits pouvant comporter des fosses où le doré guette l'arrivée de nourriture au lieu d'attendre le crépuscule. Ces fosses se retrouvent souvent au pied d'une chute, là où une rivière se jette dans le lac ou enfin à la décharge du lac. Il arrive aussi que de telles fosses soient situées dans les passes entre deux lacs. Il ne faut pas les négliger.
 
     Dans ces fosses on laisse l'artificielle descendre le plus profondément possible, puis on ramène la soie par saccades de 20 à 30 cm à la fois, mais en laissant un temps d'arrêt à chaque mètre. L’artificielle redescend alors un peu, et c'est souvent à ce moment-là que le doré va s'en emparer. Dans ces fosses l'attaque est plus délicate qu'en rivière, et plus discrète. Aussi surveillez la tension de votre soie, car ce doré «paresseux» peut suivre votre offrande pratiquement jusqu'à la surface pour l'attaquer à ce moment précis.
 
     Les grandes baies peu profondes et balayées par les vents dominants se voient encombrées de branches et de troncs d'arbres. Ce sont des territoires rêvés pour chasser le doré par après-midi ensoleillé, car il y cherchera sa nourriture.
 
     À la traîne, l'embarcation doit se déplacer lentement en longeant les plages sablonneuses et en contournant les pointes rocheuses, les hauts-fonds et les entrées et sorties de rivières. La soie doit être tendue pour bien sentir la morsure, car les dorés peuvent rejeter rapidement le streamer, même si leurs attaques sont agressives. Lors des virages l'artificielle à la traîne plonge et ralentit, et c'est souvent ce moment que choisit le doré pour s'emparer de l'offrande. Faites souvent de tels virages, mais surveillez la tension de votre soie. Lorsque vous prenez un doré à un endroit vous pouvez y revenir plusieurs fois, car ils se tiennent en bandes et en plus ils• ont environ la même grosseur. À la noirceur on voit l'arrivée des gros sujets. Ne retournez pas trop tôt au chalet!
 
     En début de saison, pour capturer de gros dorés on peut inspecter les premiers rapides de la rivière où le poisson a frayé et à partir d'où il commencera sa migration vers les grandes fosses du lac. Cette migration, qui durera durant presque toute la saison de pêche, explique en partie pourquoi les bancs de gros géniteurs changent de place de jour en jour dans certains plans d'eau. À partir du mois d'août, ces géniteurs commencent à se rassembler pour retourner aux sites de fraye.

Les artificielles

     Le choix ne manque pas pour celui qui veut pêcher le doré à la mouche. Toutes les artificielles imitant les poissons-fourrage devraient faire l'affaire. Toutefois, d'après mon expérience il semblerait que le doré a certaines préférences. Ainsi, le soir la couleur orange l'excite au plus haut point. Vous profiterez donc grandement de l'emploi de la Juneau Spéciale, de la Bécancour et de la Branchu. Le jaune attire irrésistiblement ce prédateur, et c'est pourquoi il ne faut pas négliger les Mickey Finn à tête rouge (aile en poils de queue de chevreuil) et la Neptune jaune. Certaines artificielles telles la Juneau Smelt, la Bostonnais et la Grenade sont reconnues pour capturer de la truite mouchetée, mais elles plaisent aussi énormément au doré. Le pêcheur fait d'une pierre deux coups en utilisant ces offrandes lorsque les deux espèces sont présentes dans le même plan d'eau. De même la Muddler Mauricienne, aux couleurs de la perchaude, attire fortement le doré.
 
     En période d'étiage, les grosses Marabout noires et les Monseigneur procurent de beaux succès de pêche au doré, mais il est difficile de comprendre pourquoi. La Juneau Casual Dress est bonne en lac en juillet lorsqu'il y a de grandes éclosions d'éphémères. On l'emploie alors près de la surface. De plus, en rivière cette artificielle semble très bien imiter le petit mené, ce qui expliquerait sa très grande popularité pour la capture de dorés et d'achigans.

Hameçon: Mustad 79580, #2.
Fil: Jaune.
Queue: Poils blancs de queue de veau.
Corps: Fil lamé plat (Tinsel), argent.
Côtes: Fil lamé ovale (Tinsel) doré, large.
Aile: Une pincée de poils de queue d'écureuil gris teints en jaune, sous une demi-pincée de poils de queue d'écureuil renard, sous une demi-pincée de poils de queue d'écureuil noir.
Coiffe: 6 Barbes de plume de queue de paon.
Joues: Plumes de coq de Sonnerat à la moitié de la longueur de la hampe.
Tête: Fil de montage jaune.
 
Auteur: C'est Claude H. Bernard qui a développé cette artificielle dont il existe une version très populaire pour la pêche au saumon.
Hameçon: Mustad, #2.
Fil : Fil-Uni jaune.
Queue: Bonne pincée de fibres de plume de selle jaune-or.
Côtes: Fil lamé (Tinsel) embossé, or.
Corps: Phentex ou soie jaune-or.
Gorge: Pincée de fibres jaune-or de plume de selle.
Aile: 4 Hackles de selle jaune-or face à face; 2 hackles de selle verts (green highlander) tournés vers l'extérieur.
Tête: Poils jaune-or, verts et noirs de corps de chevreuil taillés à plat et en forme triangulaire; terminer avec du fil de montage jaune.
 
Auteur: À l'origine, développée par Jacques Juneau pour imiter la perchaude.
Hameçon: Mustad 79580, #4.
Fil: Fil-Uni 8/0 noir.
Queue: Une bonne pincée de fibres noires de plume de Marabout; on y ajoute quelques fibres de Flashabou perle ou l'équivalent.
Côtes: Un hackle grizzly enroulé sur le corps.
Corps: Laine noire.
Aile: Pincée de fibres violettes de plume de Marabout sous des fibres noires de plume de Marabout.
Coiffe: Brins de Flashabou perle ou l'équivalent.
Tête: Noire.
 
Auteur: Cette mouche a été présentée à l'auteur par madame Jacqueline Lecomte.
Hameçon: Mustad 79580, #2-4.
Fil: Noir.
Queue: Fibres de plume rayée noire de branchu.
Corps: Fil lamé (Tinsel) embossé, argent.
Gorge: Fibres rouges de plume de selle.
Aile: Poils blancs, sous jaunes, sous lavande de queue de chevreuil.
Coiffe: Fibres de plume de queue de paon.
Épaules: plumes de branchu (une de chaque côté).
Tête: Noire.
Yeux: Jaunes à centre noir.
 
Auteur: Jacques Juneau a amélioré le montage de la célèbre Magog Smelt, ce qui donne une artificielle attirant les truites et les dorés.
Hameçon: Mustad 79580, #4-6.
Fil: Fil-Uni noir 6/0 ou 8/0.
Queue: Poils de garde de fourrure de rat musqué pris sur le dos, plus une pincée prise sur le flanc.
Corps: Fourrure de dos de rat musqué montée dans une boucle puis tournée vers l'avant en enroulements serrés.
Collerette: Poils de garde et fourrure de rat musqué montés dans une boucle tournée. Tête: Bourre noire de lapin et fil noir.
 
Auteur: Le montage de cette artificielle a été réalisé par Jacques Juneau. Ce modèle n'a plus grand-chose à voir avec l'imitation d'insecte qu'est la Casual Dress originale. Ce sera souvent la préférée pour prendre les truites, les dorés et les achigans.
Hameçon: Mustad 79580, #6.
Fil: Fil-Uni 8/0 rouge.
Queue: Fibres de plume de pèlerine de faisan doré.
Corps: Fourrure orange fluorescent de phoque, tournée dans une boucle puis enroulée sur la tige de manière à construire un corps volumineux. Au besoin ventiler la fourrure avec un poinçon.
Aile: Plume de flanc de canard huppé posée à plat sur le corps jusqu'à la demie de la queue).
Épaules: Une plume de coq de Sonnerat fendue en deux et retombant de chaque côté de l'aile.
Collerette: Plume de selle de poule brune.
Tête: Rouge.
 
Auteur: Jean-Guy Côté a popularisé sa création, dont les développements ultérieurs lui ont valu un prix.
Hameçon: Mustad 79580, 4.
Fil: Rouge.
Queue: Beaucoup de fibres orange duveteuses d'un hackle de selle fourni.
Côtes: Fil larné (Tinsel) argent, plat.
Corps: Phentex orange, 3 brins, attachés au centre, enroulés vers l'arrière puis enroulés vers l'avant.
Gorge: Comme la queue.
Aile: 4 Hackles de selle orange.
Tête: Rouge.
 
Auteur: Jacques Juneau a créé cette artificielle super efficace pour la prise de dorés à la brunante.
Hameçon: Mustad 9674, #4.
Fil: Rouge fluorescent.
Corps: Fil lamé (Tinsel) ovale argent.
Ventre: Poils jaunes de queue de chevreuil.
Aile: Poils rouges de queue de chevreuil; sous-poils orange de queue de chevreuil.
 
Cette mouche est montée dans le style Thunder-Creek. Auteur: C’est une création de Jacques Juneau utilisée pour pêcher en rivière lorsque l'eau est haute et sale.
Hameçon: Mustad 79580, #2.
Fil: Jaune.
Corps: Fil lamé (Tinsel) plat, or.
Aile: 4 Hackles de selle jaune.
Collerette massive: Plusieurs (4-5) hackles de selle jaune tournés en collerette.
Tête: Jaune.
 
Auteur: La célèbre Neptune d'Yvon Gendron a été modifiée pour attirer davantage le doré. Notez que c'est l'action de la collerette, laquelle doit être très mobile, qui semble la rendre plus efficace.
Hameçon: Mustad 79580, #2.
Fil: Fil-Uni 8/0 rouge fluorescent.
Queue: Fibres rouges de plume de selle.
Côtes: Fil lamé (Tinsel) embossé, argent.
Corps: Laine mohair noire.
Ventre: Fibres effilochées de la laine du corps.
Aile: Une bonne pincée de fibres noires de plume de Marabout.
Tête: Rouge fluorescent.
 
Auteur: Une création de Bob Cormier (aujourd'hui dans l'Ouest canadien).

Conclusion

     Avant de vous quitter j'aimerais, en tant que chef cuisinier de métier, vous suggérer un petit festin pour vos papilles gustatives.

    Au menu (ci-contre), deux façons d'apprêter le doré: une simple entrée de filets de doré amandine accompagnés de beurre à l'ail des bois, suivie d'un doré à la créole comme plat principal.

Doré au menu

Filets de doré amandine: Des amandes grillées recouvrent délicatement des filets de doré légèrement sautés au beurre. Pour le service, on les garnit de rondelles de beurre à l'ail des bois (feuilles d'ail des bois mélangées au beurre en pommade, puis congelées et tranchées en rondelles à l'usage).

Filets de doré à la créole: Faire sauter les filets de doré jusqu'à mi-cuisson. Déposer dans une casserole allant au four. Recouvrir les filets de légumes légèrement cuits (champignons, céleri, oignons ou échalotes françaises, poivrons jaune et vert). Garnir de morceaux de tomates étuvées. Recouvrir le tout de fromage mozzarella et terminer la cuisson au four (375degrés F.) Servir avec des asperges, en saison, et des pommes de terre lyonnaises. Voilà une façon simple d'apprêter et de savourer le fruit de votre pêche.

Références

» Texte & Photos: Jacques Juneau (2002).
» Magazine Sentier Chasse & Pêche.
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