Prolongez votre début de saison par Gérard Bilodeau

    La plupart des pêcheurs reconnaissent que le début de saison représente la meilleure période de l'année pour capturer des truites mouchetées. Comme la période propice ne se situe pas partout en même temps au Québec, l'auteur démontre comment on peut étirer le plaisir tout au long des mois de mai et juin.

Prolongez votre début de saison
     Depuis une couple de jours, les efforts répétés des membres de notre groupe n'avaient pas procuré les résultats escomptés. Il faut préciser que l'on devait composer avec des conditions de pêche hors de l'ordinaire. Les lacs à grande surface ayant «calé» quelques jours plus tôt, l'eau était encore très froide; les truites mouchetées quittaient lentement leur léthargie hivernale. Seules les truites nageant dans les baies peu profondes avaient attaqué nos leurres avec une certaine agressivité.

     Aussi, quand le pourvoyeur nous a suggéré de pêcher un petit lac retiré, notre réponse a été unanimement positive. Nous savions que les eaux de ce petit lac, libérées de la glace bien avant les lacs à grande surface, offriraient de meilleures conditions de pêche. C'est donc avec l'espoir «gonflé à bloc» que nous avons lentement glissé nos embarcations sur les eaux calmes de ce petit lac, coincé entre les montagnes.

     Aucune truite ne se nourrit en surface. Mais en touchant l'eau, nous constatons qu'elle est beaucoup moins froide que celle du grand lac. L'action ne tarde pas à venir. Mon compagnon ressent une violente secousse. Lentement, il ramène une belle truite aux riches coloris, dont le poids frise le kilogramme. Plus tard, c'est à mon tour. Nous sommes comblés. Les autres membres du groupe, occupant d'autres embarcations, réalisent aussi quelques belles prises. Les appareils photographiques fonctionnent allègrement.

     Mais bientôt, comme le soleil se rapproche lentement du faîte des montagnes, les truites quittent les profondeurs du lac pour venir chasser les dizaines de milliers de larves d'insectes qui ont soudainement choisi de quitter le fond du lac pour se rapprocher de la surface. À ce moment, il y a tellement de truites qui crèvent la surface lac que les eaux semblent en ébullition. Inutile de dire que tous les membres du groupé ont vite troqué leur lancer léger pour leur cane à moucher. Le plaisir était à son comble ce soir-là.
Cette histoire vécue il y a quelques années dans une pourvoirie de la Côte-Nord évoque bien, à mon sens, les diverses conditions devant lesquelles un pêcheur de mouchetée peut se retrouver au début de la saison. À un endroit, un plan d'eau où les résidentes ne semblent pas encore sorties de leur torpeur hivernale, et tout à côté, un autre qui «bouillonne» littéralement d'activité.

Un début en deux phases

     Le moment où les plans d'eau arrivent à se libérer complètement de leur étau de glace varie énormément selon l'endroit où on se trouve au Québec. De façon générale, la progression de cet événement va du sud au nord et d'ouest en est. Alors qu'un lac d'un volume donné peut «caler» dès la fin avril dans la portion sud-ouest, les eaux d'un autre de même volume peuvent ne se retrouver libres qu'un mois plus tard dans les régions nord-est.

     De plus, on peut diviser en deux phases la période que l'on qualifie de début de saison. La phase 1 se situe tôt après le départ des glaces, tandis que la phase 2 arrive un peu plus tard; celle-ci marque le début de stratification thermique de l'eau des lacs en même temps que le début de stabilisation de niveau des cours d'eau. Dans un même endroit, les deux phases peuvent se prolonger sur près d'un mois, mais si on y ajoute la diversité du «timing» des régions, on peut dire que les conditions de début de saison couvrent à peu près complètement les mois de mai et juin.

     Donc, un pêcheur avisé peut en profiter pour fréquenter les plans d'eau des régions «hâtives» en tout début de saison, et prolonger la période de conditions propices simplement en déportant progressivement ses efforts vers les régions «tardives».

PHASE 1: EN LAC

     Tôt après le départ des glaces, si j'ai le choix, je préfère pêcher la mouchetée en lac. Et plus il est petit, mieux ce sera. Mais si le lac est grand, je concentrerai mes efforts à deux endroits bien précis : dans le secteur où se déverse un ruisseau ou une rivière et à tous les endroits où l'eau est moins profonde comme, par exemple, la plupart des baies.

À cette période, le niveau des ruisseaux et des rivières demeure passablement élevé. Même que les rivières du nord «bénéficient» de la fonte des neiges jusqu'en juin parfois. Cette quantité d'eau qui se déverse dans le lac charrie toutes sortes de débris ainsi que de la nourriture surtout composée de larves d'insectes. Les truites le savent bien. C'est pourquoi elles fréquenteront régulièrement le secteur de l'embouchure. Autre phénomène qui attire les truites vers les sorties de ruisseau ou de rivière : les migrations de poissons-fourrage. En effet, au printemps, certaines espèces de poissons-fourrage pénètrent les cours d'eau afin de frayer. Leur très grande concentration attire évidemment les truites, notamment les plus grosses.

     Au cours des jours suivant la disparition des glaces, la température de l'eau de surface est plus froide qu'en profondeur. L'épaisseur de cette couche en surface varie, mais elle peut atteindre de 5 à 8 mètres. Généralement, la truite se trouve juste en dessous. Quand la couche d'eau de surface devient plus chaude que celle se trouvant en profondeur, on dit alors que le lac «a viré», et la truite modifiera son comportement en conséquence.

     Après qu'un lac ait «calé», la vie reprend lentement. Cela se fera plus rapidement dans les secteurs où l'eau est moins profonde. Pourquoi? Parce que la lumière y pénètre plus facilement et parce que l'eau se réchauffe plus rapidement en raison de la faible profondeur. Ces deux phénomènes, agissant en concomitance, créent un environnement favorable à la «reprise» de la vie sous-marine.

Techniques et leurres

     En début de saison, je pratique sans hésitation la pêche à la traîne. Dans les numéros de mars et avril derniers, Jeannot Ruel et Luc Fortin ont présenté en détail cette technique de pêche que des pseudo-puristes rejettent encore. Tant pis pour eux, car ils se privent de connaître des sensations fortes. Au chapitre des techniques, je me contenterai donc ici de vous référer à la lecture des deux articles mentionnés.

     Mes leurres préférés? Au lancer léger, une Toronto Wobbler dont la valeur (du point de vue de la truite) est rehaussée en y ajoutant un bas de ligne terminé par un hameçon appâté d'un ver. Cet ensemble convient très bien pour rejoindre la truite en profondeur, notamment en début de saison, alors que les eaux du lac «n'ont pas encore viré».

    À la mouche, je vous recommande fortement d'apporter vos plus petites mouches. Il y a de fortes chances que vous soyez témoin d'une éclosion de chironomides, surtout si vous fréquentez les secteurs où l'eau est moins profonde. Je vais vous livrer un secret : les pêcheurs à la mouche sous-estiment l'importance que prennent les «midges» dans l'alimentation de la truite. Bien souvent, quand vous voyez les truites percer la surface de l'eau et qu'aucun insecte n'est apparent, elles chassent ces petites larves, ou encore les pupes de ces larves. On peut difficilement les apercevoir à l'œil nu.

     Cependant, il serait imprudent de votre part de limiter votre choix de mouches artificielles aux «midges». En lac, en début de saison, j'ai toujours dans ma boîte à mouches des nymphes d'éphémères ainsi que des imitations d'insectes adultes. Dans les deux cas, ces mouches artificielles ont une couleur foncée. De plus, j'ai quelques streamers, du genre Black Nose Dace, qui imitent des poissons-fourrage. Enfin, j'ai toujours avec moi l'incontournable Muddler Minnow, de couleur foncée et de grosseurs variées.

    Quand les truites chassent en surface, mon choix se porte sur une soie flottante à fuseau décentré; quand je pêche sous la surface, j'utilise une soie à bout calant, à fuseau décentré également. Mais si je veux atteindre une plus grande profondeur, plusieurs possibilités se présentent. Je peux utiliser une soie calante, des mouches plombées, ou encore un avançon spécialement conçu pour caler rapidement (que vous pouvez vous procurer dans toute bonne boutique spécialisée). Enfin, il y a le système PALMEP, abréviation de «pêche à la mouche en profondeur», que Jeannot Ruel décrit à la page 113 du livre Pêche à la mouche, récemment publié par les éditeurs de Sentier CHASSE-PÊCHE.

Ruisseau : une alternative intéressante

     Si vous n'avez pas accès à un lac au tout début de la saison, vous pouvez toujours vous rabattre sur un ruisseau. Ce que j'aime de la pêche en ruisseau, tout comme celle en rivière, ce sont les déplacements d'un rapide à l'autre, d'une fosse à l'autre. Très tôt en saison, il vaut mieux oublier la rivière, à moins que le printemps soit exceptionnellement clément. En effet, la fonte des neiges et les pluies fréquentes maintiennent les eaux élevées et retardent leur réchauffement jusqu'à la fin de mai.

     Il en est tout autrement du ruisseau. Ses eaux baissent et se réchauffent plus rapidement, car il draine un bassin de moindre envergure et il compte peu ou pas d'affluent. Évidemment, il faut adapter tout cela à votre région. Ainsi, dans la région de Québec, au sud du Saint-Laurent, il est généralement possible de pêcher la truite de ruisseau dès la deuxième semaine de mai. Sur la Côte-Nord, je doute qu'il soit possible de pêcher un ruisseau avant la fin de mai.

     Dans ce cas, j'utilise la même approche que durant l'été. Je pêche soigneusement les rapides et les fosses en faisant nager mon leurre le plus naturellement possible. Je pêche toujours à la mouche avec une canne de 7 pi afin de faciliter les manœuvres parmi la végétation environnante. J'attache toujours des nymphes plombées afin qu'elles s'enfoncent rapidement sous l'eau. Si celle-ci est haute, je choisis une soie à bout calant; sinon, je n'hésite pas à utiliser une soie flottante.

PHASE 2: EN RIVIÈRE

     La pêche en rivière, dans des conditions optimales, représente pour moi un véritable cadeau du ciel. Mais ces conditions ne durent qu'un temps limité, alors que le niveau du cours d'eau a notablement baissé, par rapport aux crues printanières, mais bien avant d'atteindre le niveau d'étiage. Cette situation peut se présenter dès la mi-mai dans certaines régions, alors que dans d'autres, il faudra patienter jusqu'au début juin. Certains pêcheurs évaluent que la bonne période arrive en même temps que la floraison des pissenlits. Ce moment marque le début de la meilleure période de pêche pour la truite de rivière; elle prend fin avec le début de la canicule. C'est le moment rêvé et souhaité par tous les pêcheurs à la mouche, car les éclosions d'éphémères et de phryganes représentent une manne telle que les truites, même les grosses, en deviennent folles.

     Je fréquente les fosses et les rapides dignes d'offrir à la fois le gîte et le couvert aux truites. Quand aucune activité des truites n'est apparente, je concentre mes efforts dans les rapides et dans les fosses en coulée. Pour faire bouger les truites, j'attache un bon vieux Muddler Minnow (oui, encore lui!). Croyez-moi, les truites restent rarement indifférentes devant un Muddler nageant par saccades en travers du courant.

    Puis, quand l'après-midi amorce son déclin, vers 16 h, je m'approche des fosses, car c'est là que l'action se passe s'il y a une éclosion. Ayez une bonne provision d'imitations d'éphémères en nymphes et en sèches, ainsi que des imitations de pupes de phryganes. Les grosseurs de vos artificielles devront varier entre les n° 12 et 16.

     Mais le pêcheur au lancer léger ne doit pas rester à l'écart pour autant. Même s'il est plus difficile de leurrer une truite avec une cuillère tournante ou un ver de terre durant une éclosion, il y a bien d'autres endroits sur la rivière où ce type d'équipement demeure tout à fait approprié. Les rapides, les fosses en coulée et les cirés recèlent bien souvent de belles truites qui ne demanderont pas mieux que de saisir votre leurre. Toutes les cuillères ondulantes, de type Toronto Wobbler, ainsi que les cuillères tournantes font très bien l'affaire. Toutefois, les leurres devront être plus petits que ceux utilisés au printemps. Je connais certains pêcheurs qui capturent des truites trophées en péchant avec des poissons-nageurs de type Rapala.

Un appel irrésistible

     Oui, les mois de mai et de juin représentent véritablement une période en or pour la pêche de la truite. Comme le Québec est grand, le pêcheur aventurier peut prolonger son plaisir en fréquentant, suivant un itinéraire dont la progression va d'ouest en est, les différentes régions du Québec afin de profiter le plus longtemps possible des excellentes conditions que le début de la saison offre. Saurez-vous répondre à l'appel?...

Références

» Texte & Photo: Gérard Bilodeau (Mai 1997).
» Magazine Sentier Chasse & Pêche.

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