Truites et Minibibittes par Gilles Aubert

     Si vous utilisez des imitations de nymphes, de pupes et d'adultes pour pêcher la truite, mais sans obtenir de succès, la taille de vos artificielles est fort probablement en cause. À peu d'exceptions près, la plupart des insectes aquatiques sont de très petite dimension. L'auteur vous suggère des modèles très productifs et faciles à confectionner, en y ajoutant ses recommandations sur l'équipement recommandé et les techniques de pêche appropriées.

Truites et Minibibittes
     Vous est-il arrivé de voir des truites arc-en-ciei, brunes et mouchetées gober à la surface de l'onde des insectes que vous ne pouviez voir transpercer le film de l'eau... et s'envoler? J'entends déjà votre réponse : «À maintes reprises, pour ne pas dire la plupart du temps». Dans ces occasions, dites-vous que vous assistez presque certainement à l'émergence de minuscules insectes aquatiques de l'ordre des diptères (la plus importante, à mon avis, pour le pêcheur à la mouche) ou de celui de certains éphéméroptères et trichoptères, et ce sans compter la présence possible de petits insectes terrestres.

     Ces petites bibiffes, présentes surtout dans les secteurs d'eau calme, émergent à la surface de l'eau durant toute la saison, davantage en après-midi en début de saison, mais surtout tôt le matin et en fin de journée durant la saison estivale. Très faciles à monter, les imitations de petites mouches attachées à un bas de ligne approprié... et bien présentées au poisson en chasse vous sortiront souvent de l'impasse.

LA NOTION DE PETITESSE

     La majorité des pêcheurs a mouche croient que les artificielles montées sur des hameçons n0* 10 et 12 représentent la plupart des insectes aquatiques rencontrés dans nos plans d'eau. De plus, ils sont certains que les hameçons de cette grosseur sont très petits. Certes, il y a des insectes aquatiques de la longueur de la hampe des hameçons de cette dimension, mais il faut retenir que les insectes nous paraissent plus gros qu'ils ne le sont en réalité. En fait, le nombre d'insectes aquatiques de la grosseur des hameçons nos 16, 18, 20 et 22 est beaucoup plus grand. Bref, si les moucheurs utilisaient des artificielles de cette taille, ils auraient sûrement plus de succès.

     Sélectionner la bonne mouche parmi celles vendues en magasin et représentatives des insectes présents dans un plan d'eau n'est pas une sinécure. Même le pêcheur chevronné peut en perdre son latin. Cependant, si vous utilisez de très petites artificielles, il n'est pas nécessaire de reproduire très fidèlement l'insecte, car la forme a moins d'importance. Pour obtenir du succès avec une telle petite imitation, il faut que celle-ci représente surtout l'insecte au stade de pupe ou de nymphe près de la surface ou encore l'insecte au stade de transformation à l'état adulte.

     À ce dernier stade, l'artificielle porte le nom d'émergente. À cette période de sa vie, l'insecte est une proie facile à attraper, car traverser le film de l'eau (cette mince pellicule en surface) exige de grands efforts. Plusieurs y meurent d'ailleurs. Recherchez donc dans votre boîte à mouches l'artificielle qui pourrait imiter l'insecte à l'un de ces deux stades de développement de sa vie.

L'IMITATION

     Rappelez-vous que, par ordre d'importance, l'artificielle devrait surtout être conforme à la grosseur, ensuite à la couleur et, en dernier lieu, à la forme de l'insecte imité. Le pêcheur averti choisira donc des artificielles qui simulent soit des nymphes près de la surface, soit des émergentes ou des insectes adultes récemment transformés. Il se servira d'hameçons pour mouches sèches dans les grosseurs nos 16, 18, 20 et 22, Il est très facile de monter ces petites mouches qu'on peut aussi se procurer dans les magasins spécialisés.

     Quant au choix des couleurs des artificielles, il est possible d'établir quelques principes de base qui peuvent vous guider. Comme règle élémentaire, il serait important de rappeler que la couleur des insectes qui vivent dans le milieu aquatique n'est pas la même durant toute l'année. Ainsi, en début de saison, afin de profiter de la chaleur bienfaisante du soleil, la plupart des insectes sont très foncés et souvent noirs, cette couleur absorbant la chaleur. Quelques semaines plus tard, ceux qui émergent sont gris clair ou brun pâle. Durant la canicule de juillet, afin de souffrir le moins possible de la déshydratation, leur robe est très pâle, surtout dans les couleurs orange, olive et crème.

     Si vous voulez identifier l'ordre, le stade de développement et la couleur des insectes préférés par la truite à un moment donné, de façon à pouvoir sélectionner l'artificielle la plus appropriée, analysez le contenu stomacal du premier poisson récolté à l'aide d'une pompe à estomac.

DES MODÈLES

     Pour ce qui est des modèles à utiliser, il n'est pas nécessaire, ni même possible, de se servir d'une mouche qui imite parfaitement l'insecte, et il n'est pas obligatoire non plus de disposer de plusieurs boîtes à mouches bien garnies. Souvenez-vous : la grosseur, et en second lieu la couleur sont les critères les plus importants à respecter. Des pêcheurs expérimentés utilisent des modèles reconnus comme Adams, Black Gnat, Elk Hair Caddis, Hare's Ear, Pheasant Tail, etc.. mais montés sur de petits hameçons. Et ils obtiennent du succès! Les Américains de l'Ouest se servent beaucoup de la Griffith's Gnat (corps fait avec des fibres de queue de paon sur lequel est enroulé un hackle grizzly à la façon Palmer).

     Pour ma part, depuis quelques années, j'attache surtout à mon bas de ligne une petite mouche facile à confectionner et très productive. Il suffit d'enrouler autour de la hampe de l'hameçon du dubbing de couleur brun, crème ou gris, ou vert pâle ou olive ou noir (selon l'insecte à imiter). A l'occasion, pour simuler les segments de corps, j'enroule, en spirale, du tinsel métallique de fin diamètre par-dessus le dubbing. Ces simples imitations représentent des nymphes et des pupes vivant sous l'eau. Pour percer la surface, certaines sont lestées avec du fil de cuivre ou de plomb, ou encore avec des têtes lestées (bead head) pour nymphes de couleur argent, cuivre, noir ou or.

     Pour imiter soit l'émergente dans le film de l'eau, soit l'insecte adulte, je couche sur le corps, très mince et non lesté, une aile formée de quelques poils de cerf de Virginie de couleur pâle ou foncée. Il suffit alors de former une petite tête avec le fil de montage. Étant donné que le corps est habituellement fait avec de la fourrure de lapin (une fourrure qui absorbe l'eau)... et l'aile avec des poils de chevreuil, un ami lui a donné comme nom La Sauteuse. Pour que l'artificielle montée sur du n° 16 demeure dans la pellicule, et ce sans qu'elle descende dans la colonne d'eau, j'attache sous la hampe de l'hameçon un morceau de cure-dents correspondant à la taille désirée avant d'enrouler la fourrure pour former le corps.

     Souvent, dans les modèles montés avec des hameçons plus petits que 20, je remplace les poils de chevreuil par des fibres d'Antron, un matériau synthétique plus facile à manipuler. Pour représenter l'insecte dans le film de l'eau en train de se débarrasser de son enveloppe chitineuse, n'hésitez pas à confectionner l'aile avec une petite plume de canard récoltée près de la glande anale. Pouvant varier entre dix et trente selon le volatile, et étant bien huilées car imprégnées de la sécrétion dont il se sert pour rendre son plumage imperméable, elles sont très efficaces.

L'ÉQUIPEMENT ADÉQUAT

     Est-il préférable d'utiliser une longue ou une courte canne à moucher? Certes, les goûts ne sont pas à discuter, mais à mon avis une canne d'une longueur de 8 à 9 pi devrait être l'outil à privilégier pour la pêche avec de petites mouches, et ce tant en rivière qu'en lac. La canne à moucher étant une sorte de catapulte dont le projectile est la soie, la longue canne permet d'exécuter plus facilement et adéquatement différents lancers. De plus, en rivière, pour que la nymphe, la pupe ou la mouche sèche dérive naturellement sans effet de traînée dans le courant), ne faut-il pas élever la soie de la surface le plus possible ou l'amender. Cette technique est plus facile à exécuter avec une canne de plus de 8 pi. Étant donné que les petites mouches doivent flotter sur ou près de la surface, vous vous devez d'utiliser une soie flottante, soit à double fuseau (DT) qui permet une présentation délicate, soit à fuseau décentré vers l'avant (WF) lorsque vous péchez par temps venteux.

     Quant à votre bas de ligne, la mouche étant très., petite, sachez qu'il devrait être fuselé, ferme et léger, et que plus l'eau est basse, claire et chaude, plus il devrait être long. Je me sers souvent d'un bas de ligne dont la longueur atteint près de 20 pi et dont le bout fin (tippet) a un diamètre d'une résistance de 2 ou 3 lb environ (7X ou 6X). A la pénombre, il est préférable qu'il soit moins long. Craignez-vous que le diamètre soit trop fin pour récolter de beaux spécimens? Soyez rassuré, car plus le bout fin est long, plus il a la propriété de s’étirer et donc d'absorber le coup lors du ferrage.

     Il est aussi important que votre bas de ligne soit bien fabriqué, se déroule bien et dépose la mouche en douceur. Durant les lancers, il ne faut pas que des nœuds se forment dans le bas de ligne, et il doit s'étendre bien droit. Pour obtenir la meilleure présentation de l'artificielle à la surface de l'onde et aussi pour une meilleure dérive au gré du courant, la portion du bas de ligne qui précède la mouche (bout (in) doit se déposer sur l'eau en forme de S. c'est-à-dire détendue, flasque, molle, comme une série de vaguelettes.

PECHE «A VUE»

     La technique est différente si vous péchez en rivière ou en lac. En rivière, les courts lancers étant à privilégier, approchez-vous à pas feutrés le plus près possible du repaire du poisson. Effectuez un lancer vers l'amont ou perpendiculairement au sens du courant et laissez dériver la mouche le plus librement possible. Pour obtenir une dérive naturelle de la mouche il faut souvent, pendant la dérive, amender la soie, c'est-à-dire la reporter vers l'amont.

     De plus, pour assurer une dérive libre plus efficace, les lancers déportés, en S et en parachute, seront aussi des atouts additionnels. L'imitation non plombée se déplacera soit à la surface, soit dans le film de l'eau: l'artificielle lestée évoluera dans ou sous le film. Je dois admettre qu'il n'est pas toujours facile de détecter l'attaque de la truite. Certaines personnes attachent un bout de laine fluorescent ou un indicateur de touche (strike indicator) près du dernier nœud de raccord du bas de ligne, ou se servent d'une soie dont l'extrémité est de couleur fluorescente. Dès qu'ils remarquent que le bas de ligne est entraîné, ils ferrent délicatement, A propos, n'oubliez pas de bien graisser la mouche non lestée avec de la pâte de silicone pour qu'elle flotte. J'applique aussi ce produit sur le bout fin pour qu'il ne cale pas.

     Dans un lac, compte tenu de l'absence de courant, je n'utilise pas tout à fait la même approche. Dès que le lancer est effectué à l'endroit désiré (près d'un lieu de gobage) et la mouche déposée le plus délicatement possible, j'abaisse la canne presque au niveau de la surface de l'eau et j'attends quelques secondes. Si la truite ne s'est pas manifestée, avec la main gauche (pour un droitier) je ramène la soie par récupérations très lentes d'une longueur d'environ 1 pi (0.3 mi à la fois, le tout entrecoupé de pauses. Si l'artificielle est lestée, il faut surtout surveiller le bout fin du bas de ligne ou les quelques pieds de soie précédant le bas de ligne. Une mise en garde s'impose. Tout comme pour la pêche en rivière, dès que le bas de ligne ou la soie se raidit, le poisson attaquant presque toujours la petite mouche en douceur, ne ferrez pas d'une manière brusque; levez plutôt doucement votre canne à la verticale.

L’IMPORTANCE DE LA CONCENTRATION

     Avec de petites mouches, même si vous utilisez les bonnes techniques de pêche, il vous sera difficile d'obtenir du succès sans concentration. Étant donné que les poissons les gobent habituellement en douceur, ils s'aperçoivent rapidement du subterfuge... et recrachent immédiatement l'artificielle. En rivière, il faut donc suivre attentivement des yeux la dérive du bas de ligne ou de la soie. Si la soie ou le bas de ligne s'immobilise, est entraîné vers l'amont ou est emporté plus rapidement que le courant, levez simplement la canne et ramenez la soie avec la main gauche. Si vous avez attaché un indicateur de touche au bas de ligne, portez plutôt attention à cet accessoire fluorescent, et dès qu'il est entraîné ferrez de la même manière. Maîtrise et calme sont indispensables.

     Il n'est pas plus difficile de pêcher avec de petites mouches qu'avec leurs cousines plus grosses. C’est une approche différente de celle que la plupart des pêcheurs à la mouche connaissent, qui exige certaines techniques spéciales d'utilisation mais qui s'avère plus productive. Avec des imitations de petites mouches n° 16 et plus, on ne «pêche l'eau» qu'exceptionnellement, préférant pêcher «à vue», ce qui ajoute au plaisir. C'est un art qui s'acquiert par la pratique et avec le temps.

Références

» Texte & Photo: Gilles Aubert (1998).
» Magazine Sentier Chasse & Pêche (Annuel de Pêche).

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