La Mouche Béloni par Richard Poulin

     Il est quatre heures du matin et quelqu'un me touche l'épaule en disant : « Lève-toi papa ». Je regarde par la fenêtre et j'aperçois à peine la maison située de l'autre côté de la rue. Le temps est très brumeux. Pourtant, le firmament était très orangé lorsque le soleil s'était couché la veille.

     Mon fils Charles insiste en me disant de me dépêcher car son instinct de pêcheur lui dit qu'il faut arriver très tôt à la fosse par temps brumeux car le saumon nous verra moins et qu'il fera sans doute très beau plus tard dans la matinée.

     Pendant que je me précipite à mon tour dans la douche, Charles prépare les sandwichs, les liqueurs et les autres victuailles nécessaires pour la journée.

     Il ne faut rien oublier car monter quelques centaines de marche pour aller chercher quelque chose dans la « Pathfinder » est à déconseiller aux « Falls » de la rivière Dartmouth.

LA MOUCHE BÉLONI
     À 4 h 45, nous arrivons donc au bord de la rivière et à notre grande surprise, deux autres pêcheurs sont déjà à l'ouvrage. L'un des deux connaît la pêche du saumon mais l'autre fait tout de travers. C'est sans doute la première fois qu'il pêche à la mouche car il se place à environ 15 à 20 pi de l'endroit où se tiennent les saumons qui marsouinent. Comme il ne connaît sans doute pas le principe de rotation des fosses, Charles et moi décidons d'aller une centaine de pieds en aval, aux fosses Rock et Spring Rock.

     À peine installés, voilà que le plus expérimenté des deux pêcheurs prend un beau saumon d'une douzaine de livres à la fosse Tent. « Malgré » l'aide de son compagnon, désireux lui rendre service mais qui fait à peu près tout de travers, il réussit tout de même à le sauver. Il est alors 5 h 15.

     Notre « néophyte » de pêcheur s'installe rapidement à la fosse où son compagnon avait ferré son saumon et moi, je vais prendre son ancien spot où les saumons continuent de marsouiner. La brume s'élève et le soleil tente de percer. Il faut faire vite car la température changera bientôt.
Charles s'approche alors de moi et me dit : « Viens que je f installe une nouvelle mouche de ma création ». Après quelques questions, j'apprends qu'il a baptisé cette mouche la « Béloni » en l'honneur de son arrière-grand-père Poulin, pêcheur à la truite émérite dans son temps.

     Charles ajoute qu'il s'était fait déculotter avec ce type de mouche sur la rivière York. Je n'insiste pas dans mes questions, car on a souvent tendance à exagérer nos propos lors d'excursions de pêche.

     Mais à mon grand étonnement, dès le deuxième lancer, un beau saumon manifeste de l'intérêt. J'attends donc 2 à 3 minutes interminables avant de présenter de nouveau la « Béloni ». Je suis prêt et quelques secondes plus tard, je ferre un beau 14 lb. Il était 5 h 45. Mon pêcheur « apprenti », presque les deux pieds dans l'ex-fosse de son compagnon, est en train de maugréer. « Je n'aurais jamais dû changer d'endroit ». Il se prépare même à y revenir quand Charles lui dit poliment : « C'est à mon tour, Monsieur ».

     Quant à moi, tout en examinant la nouvelle mouche, faute de café, je déguste une première bière.

     Pendant ce temps, les deux autres pêcheurs qui avaient droit au secteur des Falls arrivent, tout joyeux de constater qu'il y a du saumon et que deux des 6 pêcheurs ont déjà leur quota de la journée.

     Alors qu'ils sont en train de monter leurs cannes, « notre » pêcheur ferre un saumon. Je devrais plutôt dire que le saumon se ferre tout seul car il pêche un peu dans l'eau vive avec une « noyée ».

     Et voilà qu'il court vers la berge, sautant de roche en roche, alors que le saumon se sauve en aval où l'eau est encore plus vive. Son copain tente de le suivre mais le combat dure environ 30 secondes. Il avait omis de mettre une ligne de réserve dans son moulinet à truite. Après cette mésaventure, il s'assoit près de moi et me demande si je peux lui donner une bière. J'acquiesce à sa demande sans mot dire.

     La conversation s'engage et j'apprends avec consternation qu'il vient de Saint-Georges de Beauce tout comme l'arrière-grand-père Béloni dont il connaît plusieurs descendants.

     Je ne sais pas pourquoi mais, soudainement, je me surprends à le trouver sympathique et drôle. Il m'explique alors que c'est son premier voyage de pêche au saumon et que son compagnon est son beau-frère.

     Pendant ce temps, Charles, un ardent pêcheur à la sèche, continue de fouetter une troisième fosse sans trop de succès. Je m'empresse alors de lui faire signe de venir pêcher le bas de la fosse Ladder où j'ai pris mon saumon. Elle est encore libre car les deux autres pêcheurs déjeunent. D'autres saumons ont marsouiné dernièrement et je lui suggère de faire comme moi, de pêcher avec sa « Béloni ».

     En bon fils, il m'obéit sur-le-champ et, dès le premier lancer, il ferre un beau 16 lb. Il est alors 6 h 35. Le saumon est très vigoureux, il saute hors de l'eau très souvent et le combat dure 25 minutes. Charles l'amène vers l'eau morte en aval et, avec mon aide et un filet, sa pêche se termine pour la journée. En rêvant déjà au lendemain, il se sert une bonne O'Keefe et me dit : « Elle fonctionne bien ma Béloni hein ? »

Parure

Béloni

Hameçon : Partridge simple ou double.
Fil : Rouge ciré 6/0.
Ferret : Tinsel ovale or ou argent.
Touffe : Autruche noir.
Corps : Tinsel plat « pearl ».
Côtes : Tinsel ovale or ou argent.
Aile : Ours noir ou polaire.
Tête : Rouge.

LA BÉLONI
LA BÉLONI
     Deux photographies de la même mouche. Tantôt irisée, tantôt verte, tantôt bleue, la fascinante Béloni change selon l'angle de la lumière.

Références

» Texte: Richard Poulin.
» Saumons illimités  Été 1999.

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