Une création Québécoise; L'Ungava par André A. Bellemare

     «J'ai deux amours: mon pays et Paris!...», chantait la célèbre Joséphine Baker. On me permettra de la plagier: «J'ai deux amours: la pêche du saumon et l'Ungava!»

     Depuis maintenant sept ans que je rédige cette chronique quotidienne sur la chasse et la pêche sportives dans le quotidien LE SOLEIL, j'ai parlé d'à peu près tous les types de pêche et de chasse, après les avoir pratiqués. Mais, l'activité sportive que je préfère avant toute autre, c'est la pêche à la mouche du saumon anadrome de l'Atlantique: parmi les dirigeants et les membres de l'A.P.S.S.Q., les témoins sont nombreux et les lecteurs du SOLEIL peuvent très facilement s'en rendre compte!

     Et le territoire de prédilection, tant pour mes expéditions de chasse que pour mes excursions de pêches, c'est le Grand Nord du Québec, la région de la baie d'Ungava, la toundra qui exerce tant d'hypnotisme sur moi.

     J'ai cru que la meilleure façon de célébrer ces deux amours pourrait être la création d'une mouche à saumons, une mouche qui utiliserait du matériel rapporté du Grand Nord québécois, une mouche qui aurait des couleurs possédant une signification «là-haut».

     Le matériel qui, selon moi, exprime le plus la nordicité, c'est le poil d'ours polaire. L'ours polaire est le symbole de la collectivité de Kuujjuaq (anciennement Fort Chimo), considérée la «capitale» du grand Nord Québécois. La mouche aurait donc une aile de poils d'ours polaire, d'un blanc éclatant.

     Pour ce qui est du corps et du hackle, c'était tout décidé d'avance: ils auraient les couleurs officielles que les Inuit ont eux-mêmes choisies, soit le «bleu nuit» (indigo) et le jaune serin, qui symbolisent le ciel qu'on peut voir durant les brèves nuits dans l'Arctique, ainsi que ces chatoyantes aurores boréales («dancing northern lights»). D'ailleurs, si vous avez déjà eu le bonheur de fréquenter cette région de votre Québec, vous avez remarqué que ces couleurs parent fort bien les appareils de la compagnie de transport aérien Air Inuit, propriété des autochtones.

     Cette mouche ne pouvait être baptisée autrement que UNGAVA. Au début, j'ai pensé lui donner une foule de noms en inuktittuut (langue esquimaude), mais j'ai craint que l'appellation soit difficile à retenir ou que l'orthographe soit charrié dans le futur. UNGAVA est acceptable et accepté dans toutes les langues que parlent les pêchers sportifs de saumons dans le monde et le territoire de la baie d'Ungava est mondialement reconnu comme l'un des derniers «paradis» de chasse et de pêche sportives de notre planète, surtout dans le domaine de la pêche sportive du saumon anadrome de l'Atlantique. Enfin, UNGAVA, c'est québécois. N'aurai-je apporté que cette seule contribution à la pêche sportive du saumon de l'Atlantique au Québec, j'en serai infiniment heureux.

     À cause des éléments qui la composent (poils d'un blanc éclatant, presque phosphorescent en plein jour, et corps d'un bleu foncé), la mouche UNGAVA peut être utilisée par temps clair ou par temps sombre, dans des eaux basses et calmes ou tumultueuses (mais toujours limpides!...): il s'agit de varier la grosseur de l'hameçon, en retenant le vieux principe d'une grosse mouche sombre par temps couvert et d'une petit mouche claire par temps ensoleillé. Dans le Grand Nord, le temps est plus souvent qu'autrement couvert de gros nuages gris, percés de trous de ciel bleu et ensoleillé: j'utilise donc l'UNGAVA montée sur des hameçons doubles des numéros 2, 4 et 6 dans le Grand Nord. Au sud, en Gaspésie et dans les rivières de l'île d'Anticosti, j'emploierai plutôt l'UNGAVA montée sur des hameçons simples ou doubles des numéros 6, 8, 10 et 12, surtout si le temps est très clair et que l'eau est basse.

     N.B.: UNGAVA est la façon d'écrire, en caractères romains le terme «ungaauuaq» de l'inuktittuut, qui signifie: «au plus loin».

L'Ungava

Une création Québécoise; L'Ungava
Hameçon : À votre choix
Fil : Monocord noir ou fil préciré Danville 6/0 (selon la grosseur de l'hameçon sur lequel vous montez la mouche)
Tag : Tinsel oval fin argent (fil métallique argent pour les mouches montées sur les hameçons N° 10 et N° 12)
Queue : Plume de crête de faisan doré
Corps : Soie bleue indigo (Pearsall N° 245)
Cotes («Ribbing») : Tinsel oval médium (tinsel oval fin argenté, pour les mouches montées sur hameçons N° 10 et N° 12)
Ailes : Poils d'ours polaire
Hackle : Plume de poule teinte jaune serin, monté en collerette
Tête: noire et vernie.

réféerences

» par André A. Bellemare
» l’APSSQ Septembre à Décembre 1979.

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