Le Matamajaw Salmon Club de Causapscal

par Sylvain Gingras

     Le Matamajaw Salmon Club de Causapscal a été enregistré officiellement le 9 mai 1905. Quelques mois auparavant, les membres fondateurs s’étaient réunis à New York et avaient décidé de se porter acquéreurs des actifs du Restigouche Salmon Club sur la rivière Matapédia pour un montant de 20,000 $. Ces installations avaient appartenu au Montréalais George Stephen, qui les avait ensuite cédées au club Restigouche.

Le Matamajaw Salmon Club de Causapscal
     À ses débuts, le Matamajaw comptait les membres suivants : John Caswell, Charles A. Peters, J. Howard Wainwright, W.W. Caswell, Richard T. Wainwright et Howard Willets, tous associés de l’International Paper Company. La souscription de départ était de 4,000$ par membre afin de permettre l’achat des propriétés et les frais d’incorporation se chiffraient à 6,000$, soit 1,000$ par membre.

L’achat incluait plusieurs lots et les droits riverains s’y rattachant, et d’autres lots furent annexés par la suite. En 1907, on acheta le terrain où sont construits les bâtiments de la zone Glen Emma. Deux ans plus tard, le Matamajaw concéda certains droits au gouvernement sur la rivière Matapedia et ses tributaires, les rivières Humqui et Causapscal, pour une période de cinq ans, moyennant une somme de 650$ annuellement.

     Les membres descendaient la rivière en canot de Causapscal jusqu’à Glen Emma pour y pêcher et le lendemain matin, ils remontaient ensuite au club Matamajaw. Quant aux guides, ils revenaient au club à bord de charrettes à chevaux, chargées des canots et autres équipements.

     L’arrivée massive de ces Américains dans la vallée de la Matapédia ne convenait pas à tous. Comme ils avaient les droits de pêche sur les rivières Matapédia, Causapscal et Humqui, les citoyens se trouvaient ainsi dépossédés de toute possibilité de pêche au saumon et de toute forme d’exploitation sur ces trois cours d’eau. Dès 1905, la population du village de Causapscal dénonçait la mainmise américaine sur les rivières, qui les empêchaient même de construire un moulin à farine sur les rives. Une requête fut envoyée sans succès au ministre de la Colonisation, et ce n’est que vingt ans plus tard que le moulin a été érigé. Un sentiment d’injustice régnait dans la vallée à tel point que le 3 janvier 1922, le conseil municipal de Causapscal a demandé la résiliation, malheureusement sans succès, des baux des Américains et le libre usage des rivières Matapédia et Causapscal. Le conseil a réitéré sa demande l’année suivante, de nouveau refusée, puisqu’un bail de huit ans fut à nouveau accordé au club, pour une somme de 1,560 $ annuellement. Or au fil des années, on vit poindre la crise économique et les protestations populaires s’estompèrent.

Le Matamajaw Salmon Club de Causapscal
     Pour contrer le braconnage, le Matamajaw Salmon Club fit construire des camps de gardiens un peu partout sur le territoire, mais l’Affaire Dacquaire vint diviser la population de Causapscal : l’un des gardiens, un dénommé Dacquaire, se proposait de mater les braconniers de plus en plus nombreux sur la rivière. Sa lutte fut fatale, car il fut atteint mortellement par un groupe de braconniers. Dès lors, une partie de la population, frustrée par les actes des braconniers, se rangea du côté des pêcheurs américains, y voyant également un apport économique important.

     Par après, les destinées des clubs Matamajaw et Casault se sont unies. Au début des années 1950, le club délaissa son pavillon de Causapscal pour y loger ses membres au club Casault, On préférait ce site, plus tranquille que celui du village qui était traversé par la route. Au même moment, le club cédait à certains de ses membres les droits de propriété en aval sur la rivière Matapédia. Ces derniers formèrent le Glen Emma Salmon Club.

     À la fin des années 1950, la population locale, n’ayant pas dit son dernier mot, mit sur pied une association de chasse et de pêche, dont le principal objectif était de faire la lutte aux clubs privés en multipliant les pressions sur le gouvernement et en sensibilisant le milieu à leur cause. Malgré cet épisode, le club Matamajaw a tout de même réussi à renouveler son bail pour une période de neuf ans, au bonheur de plusieurs puisque le club était un employeur important dans la région. En effet, la somme des salaires versés aux habitants de la région par les clubs Matamajaw, Casault et Glen Emma se chiffraient à 183,854$ en 1967, sur un budget total de 240,000$. Toutes ces dépenses pour cent soixante-sept captures, soit un coût de 1,364$ par saumon, représentaient un luxe que seuls les gens très fortunés pouvaient se permettre.

     Comme c’était le cas pour plusieurs clubs, le côté sportif du Matamajaw se doublait d’un côté plus mercantile; argument dont les cadres de l’International Paper Company se servaient au moment de négocier des contrats, ou encore pour remercier les clients avec lesquels ils faisaient déjà affaire.

     Le club fut acheté par le gouvernement du Québec en 1974. Le site est aujourd’hui un bien culturel classé depuis 1984 et, depuis 2001 le site est reconnu comme institution muséale par le ministère de la Culture et des Communications, impliquant donc un financement important des gouvernements qui a permis une restauration des bâtiments du site. On y retrouve aujourd’hui un centre d’interprétation ainsi qu’une exposition permanente.

Références

» Texte Sylvain Gingras (2011).
» Photos Louis-Philippe Cusson
» FQSA