La Rivière Petit-Pabos

Les premiers habitants

     « Papog Sipo », la rivière des eaux tranquilles. Voilà comment les Micmacs de la Baie des Chaleurs appelaient la rivière du Petit-Pabos. Ces derniers occupaient déjà la Gaspésie plusieurs milliers d'années avant la venue des Européens. Des fouilles archéologiques effectuées en région font remonter la présence de ces chasseurs à l'époque dite « archaïque gaspésienne ».

La Rivière Petit-Pabos
     La rivière du Petit-Pabos permettait à ces groupes, qui avaient l'habitude d'installer leur campement d'été à l'embouchure des rivières, de bénéficier d'un écosystème riche et varié. La rivière fournissait l'eau et le saumon pendant que le barachois offrait mollusques, gibier à plumes et oeufs.
Le cours d'eau servait également aux déplacements. À l'automne, tous regagnaient l'arrière-pays, «le pays de l'orignal», en empruntant ces routes naturelles.

La localisation

     La rivière du Petit-Pabos prend sa source dans les hauts plateaux gaspésiens et termine sa course 60 km plus au sud. Elle se jette dans la Baie des Chaleurs sur le territoire de la municipalité de Pabos, elle-même située entre Grande-Rivière et Chandler en Gaspésie.

     Cette rivière aux eaux claires permet, à celui qui remonte son cours, de découvrir un panorama d'une très grande beauté.

Histoire

     Les Basques fréquentent très tôt la région de Pabos. Ces derniers, chasseurs de baleines, occupent de façon saisonnière de petits établissements. En 1672, l'explorateur Nicholas Denys, de passage dans la région, note le naufrage récent d'un navire basque près de nos côtes. L'Anse-aux-Basques à Pabos rappelle cette époque du commerce de l'huile de baleine.

     Il faudra attendre la fin du XVIIe siècle pour que les autorités de la Nouvelle-France concèdent certains territoires à des seigneurs. C'est ainsi que la seigneurie du Grand Pabos était concédée en 1696 au sieur René Hubert. Ce dernier ne semble pas avoir développé le site. On doute même qu'il n'y ait jamais mis les pieds. Il faudra attendre qu'une famille normande, les Lefebvre de Bellefeuille, acquière la seigneurie en 1729 pour la voir prospérer. Cette dynastie exercera une grande influence en Gaspésie et y fera fortune. Hélas, en 1758, les troupes de Wolfe détruiront, par le feu, tous ces établissements de la Baie des Chaleurs.

    Après la conquête anglaise, la seigneurie deviendra la propriété du général de brigade Frédérick Haldimand en 1765, puis de la famille O'Hara de 1796 à 1842. Par la suite, une série de transactions plus ou moins fructueuses, effectuées par des commerçants de bois anglais, feront en sorte que la seigneurie redeviendra propriété du gouvernement du Québec en 1872.

     C'est à cette époque que seront concédés à des intérêts privés des droits exclusifs de pêche. L'ère des «clubs» débute sur la rivière Petit-Pabos. Entre 1880 et 1950, trois de ces clubs de pêche se succéderont. Les deux premiers sont américains et le troisième, canadien.

     Malheureusement pour nous, presque aucun document ne subsiste de cette époque; les récits font cependant état de remontées de saumons fort considérables bien que leur migration ait été entravée par des dalles servant au flottage du bois. Ce sont sans doute les activités reliées à cette pratique, courante à l'époque, qui ont presque anéanti la population de saumons de cette rivière.

La lumière au bout du tunnel

     Laissée à elle-même pendant près de 30 ans (1950-1980), la rivière des eaux tranquilles a été victime de bien des outrages. Une tentative d'exploitation a bien eu lieu entre 1980 et 1984 par la ZEC des Anses. L'opération fut interrompue à cause des faibles montaisons et la rivière demeure fermée à la pêche encore aujourd'hui.

     Pourtant depuis 1989, un regroupement local assure la protection de la ressource tout en procédant à des ensemencements massifs. Les résultats obtenus permettent même d'espérer une reprise de la pêche sportive du saumon pour la saison 1996. Les gestionnaires locaux gagneront sûrement leur pari qui est de faire renaître cette rivière magnifique de la Baie des Chaleurs. Avec un peu d'aide des partenaires, dans cinq ans, l'écho des montagnes portera au loin le souvenir de nouvelles histoires de pêche, racontées par nos enfants. Nous aurons alors bouclé la boucle, léguant aux générations futures un héritage somptueux...

référence

» Texte et photo François Bouchard
» Salmo Salar #39, Été, Juin 1995.
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