Si J’Avais qu’Un Leurre « Mouche »

    Je n’oserais jamais partir en excursion pour pêcher le saumon atlantique sans mettre dans mon sac un coffret plein de mouches Rusty Rat montées sur des hameçons simples et doubles de toutes les grosseurs. Cette célèbre mouche a été créée en 1911 par Roy Angus Thompson (RAT) pour la pêche dans les rivières du nord du Nouveau-Brunswick et de la péninsule gaspésienne. Roy A. Thompson a aussi créé d'autres versions de la RAT.

     C'est en 1970, en lisant le livre Atlantic Salmon Flies & Fishing du regretté colonel Joseph D. Bâtes, que j'ai découvert l'importance de la Rusty Rat dans la récolte du saumon atlantique au Québec.

     Pendant cinq ans, de 1964 à 1969, le colonel Bâtes, avec la collaboration du ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche du Québec de l'époque, a fait tenir des statistiques par les guides de pêche du saumon à l'emploi du gouvernement provincial sur les rivières Saint-Jean (Gaspé), Matapédia et Petite-Cascapédia. Bâtes a alors découvert que 75 % des saumons avaient été pris, durant ces années-là, avec quatre mouches (dans Tordre) : Rusty Rat, Green Highlander, Silver Rat et Black Dose. Et la Rusty Rat était responsable de la moitié de ces prises! Bien sûr, je monte aussi les trois autres mouches mentionnées... et bien d'autres!

     Vous me soulignerez que les mouches les plus souvent utilisées prennent plus de poissons que celles que l’on n'emploie jamais... Je le reconnais d'emblée. Mais vous admettrez tout de même que les guides expérimentés de pêche du saumon à l'emploi du gouvernement du Québec, au milieu du siècle dernier, avaient tout intérêt à attacher les mouches les plus productives au bas de ligne de leurs «sports», pour leur procurer la plus grande satisfaction et le plus grand succès. Ces guides avaient une confiance inébranlable dans les vertus de la Rusty Rat.

     La parure de la Rusty Rat comporte des éléments qui la font ressembler à bon nombre de nymphes d'insectes aquatiques que Ton peut trouver dans des rivières du nord-est de l'Amérique du Nord, surtout des perlidés ou stoneflies.

     Vous me direz, je le sais bien, que le saumon atlantique ne se nourrit pas lorsqu'il remonte le cours de sa rivière natale pour frayer en eau douce. En principe, il ne devrait donc pas être attiré par des nymphes d'insectes aquatiques. Mais pour chaque règle il existe des exceptions! Mes amis Gilles Aubert et Gérard Bilodeau, de Lévis, et André Boucher, de Charlesbourg, peuvent vous l'expliquer : alors qu'ils péchaient le saumon dans la Little South West Miramichi du Nouveau-Brunswick, près de Red Bank, ils ont pris, avec des mouches sèches pour pêcher la truite mouchetée, des saumons en chasse d'éphémères au fil de l’eau... Je pourrais vous raconter des expériences similaires à propos de la récolte de saumons estuariens dans des rivières coulant dans la baie d'Ungava.

     Quand je monte mes Rusty Rat, j'utilise de la soie floche de couleur jaune canari pour confectionner la partie arrière du corps de la mouche et le voile. J'entoure le corps de côtes faites d'un fil métallique lamé ovale doré, comme dans la parure originale créée par Roy A. Thompson. Et la tête est toujours recouverte d'un vernis rouge clair. J'ai obtenu beaucoup plus de succès avec cette parure qu'avec celle où la soie de couleur jaune canari est remplacée par de la soie de couleur orange brûlée et sur laquelle on ne met pas de côtes en fil métallique.

     Mon expérience m'indique de la Rusty Rat est efficace en des occasions bien particulières : à l'aube et au crépuscule, lorsque les saumons perçoivent les contrastes davantage que les couleurs, et aussi quand un soleil éclatant perce à travers de gros nuages noirs ou gris après l'orage. Dans ce dernier cas, les saumons doivent avoir le soleil derrière la tête; ses rayons frappent le jaune clair de la Rusty Rat et font miroiter le fil métallique lamé ovale doré.

     Je préfère utiliser des hameçons doubles, puisqu'ils font caler la mouche plus facilement sous le film de l’eau dans le courant souvent vif de nos rivières à saumon. Lorsque l’eau est haute, froide et brouillée, j'emploie des mouches plus costaudes (qui portent plus de matériel) montées sur des hameçons de plus gros numéros. À l'inverse, lorsque l’eau est claire, sa température élevée et son niveau bas je me sers de mouches moins habillées montées sur des hameçons de plus petits numéros.

Références

» Texte & Photos: André-A Bellemare (2001).
» Magazine Sentier Chasse & Pêche (Annuel Pêche).

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