Les Mouches à Saumon de Richard Nettle

     En retraçant l'histoire de la mouche à saumon atlantique, on a généralement tendance à négliger les premiers motifs originaux canadiens.

     Ce n'est pas par malveillance, mais simplement à cause d'un manque d'information. Sauf pour quelques rares exceptions (ex. : le Langevin et le Nicholson), les références aux motifs de saumon dans les livres canadiens sur la pêche au saumon, parus pendant la seconde moitié du XIXe siècle, concernent les motifs bien connus au Royaume-Uni. La raison évidente de la rareté de motifs locaux est l'attitude dichotomique des résidents et des visiteurs (à court ou à long terme). Les premiers considéraient le saumon comme une denrée et utilisaient, par conséquent, les meilleures méthodes pour le pêcher, alors que les seconds (souvent des officiers militaires) apportaient leur propre matériel de pêche et leurs mouches dans le plus pur respect des traditions de pêche sportive aristocratiques.

     Je n'ai toujours pas réussi à mettre la main sur un guide pratique de références canadiennes pour la pêche sportive datant d'avant 1850, bien qu'il soit impossible de prouver que ce genre de publication n'existe pas. Par «pratique», j'entends quelque chose de plus détaillé qu'une simple liste d'espèces et le lieu de leur capture.

     Malheureusement, mes connaissances des premiers ouvrages canadiens-français étant limitées, il se peut que j'aie oublié des sources pertinentes en français. Néanmoins, je suis convaincu que, jusqu'au début du XXe siècle tout au moins, la rédaction de matériel pour la pêche sportive à la ligne relevait essentiellement des Anglais. C'est pourquoi j'ai présentement la quasi-certitude que Richard Nettle a dressé la première liste de motifs canadiens originaux pour la pêche au saumon.

     Richard Nettle est né en 1815 à Devonport, en Angleterre. Après avoir servi dans la Marine royale britannique, il est venu s'installer au Canada en 1842. On ne sait pas grand-chose sur ses activités au cours des quinze années suivantes, mais il est certain qu'il péchait la truite et le saumon à la mouche, plus particulièrement dans la région de Québec, où il avait élu domicile. En 1857, Nettle a été nommé surintendant des Pêcheries pour le Bas-Canada, dans la division des pêcheries du Département des terres de la Couronne. Cette année-là, il a publié un petit ouvrage, intitulé « The Salmon Fisheries of the St. Lawrence and its tributaries ». Ces deux événements sont fort probablement liés.

     Dès 1864, Nettle était transféré au Département du Revenu de l'intérieur. Malgré tout, pendant qu'il était en fonction à la division des Pêcheries, il a le mérite d'avoir été un pionnier dans l'établissement de piscicultures au Canada. Après sa retraite, en 1898, Nettle a vécu sept autres années avant de décéder à Ottawa, moins d'un mois avant son 90e anniversaire de naissance (comme c'est le cas de la plupart des gens qui pratiquent la pêche sportive au saumon).

     Avant de discuter des mouches originales de Nettle, je citerai quelques passages de son ouvrage à propos de la participation des nations autochtones dans la pêche sportive au saumon. Nettle a écrit : «[...] Paul, descendant des Hurons et résident respecté de Lorette, m'avise que son grand-père péchait de 150 à 200 saumons à la mouche pendant la saison, et un vieil homme résidant au bord de la rivière [Saint-Charles] m'a dit que sa moyenne de prises était d'environ 70 pendant la saison (sic) [...]». Ce qui est regrettable, c'est que Nettle ne mentionne ni quand ni avec quel type de mouche ce monsieur attrapait le saumon. Dans son livre de 1856, intitulé Adventures in the Wilds of the Unités States and British American Provinces, Charles Lanman écrit pour sa part : « Même chez les Indiens micmacs, qui se rendaient annuellement à la rivière [Gold], on peut occasionnellement trouver un expert de la pêche à la mouche.»

     Comme Lanman avoue ne pas avoir visité la Nouvelle-Écosse lors de ses excursions de pêche, il est possible qu'il ait puisé ce renseignement dans le livre Sporting Life in the Wilderness de Campbell Hardy, publié en 1855. Ce sont là les premières références que j'ai découvertes à propos des autochtones pêcheurs à la mouche.

     Dans son livre, Nettle énumère douze motifs de mouches pour le saumon. La nature des matériaux employés évoque clairement qu'il s'agit de motifs locaux. Je veux dire par là qu'il y a peu ou pas de matériaux exotiques utilisés. Il écrit : «Je tente d'imiter la nature du mieux que je peux et j'utilise les outils nécessaires pour fabriquer des mouches». Quoi qu'il en soit, ces mouches ne sont pas pures. Nettle utilise à l'occasion des plumes de paon et de geai anglais (européen), des oiseaux qui ne viennent ni l'un ni l'autre de sa région. Par ailleurs, l'emploi de plumes rousses est douteux, quoiqu'il n'est pas impossible. La pierre d'achoppement dans la fabrication des mouches vient des descriptions faites au hasard. Ces descriptions étaient peut-être claires pour une personne de cette époque mais, pour un pêcheur de l'ère moderne habitué à des descriptions précises, elles sont ambiguës. Pour tenter d'y voir plus clair, nous avons examiné des exemples dans la documentation sur les mouches fabriquées avant 1850 et tenté de relier les descriptions des matériaux avec les pratiques de l'époque. Néanmoins, il est probable que ces exemples fabriqués par Roddy MacLeod soient plus peaufinés que ne l'avait voulu Nettle.

     Ce dernier croyait fermement que l'imitation d'insectes naturels était la meilleure façon d'attraper le saumon. Il écrit à ce sujet : « La taille et la couleur des mouches à utiliser pour la pêche au saumon varient selon les conditions : l'état des eaux, la saison, la lumière du jour et bien d'autres facteurs que le pêcheur doit déterminer selon son jugement. En règle générale, je préfère les mouches de couleur fade à celles plus voyantes. Lorsque la rivière est tumultueuse et enflée, je choisis de grosses mouches et, lorsqu'elle est tranquille et limpide, j'opte pour des mouches plus petites avec une canne fine. Encore une fois, je tente d'imiter la nature le plus fidèlement possible et j'ai découvert que c'est souvent ce qui fonctionne le mieux. »

     Un débat qui refait surface de temps à autres entre les fervents de la pêche du saumon atlantique, est à l'origine de la pêche du saumon dite à la mouche sèche. Si l'on définit rigoureusement ce type de pratique comme le lancement en amont d'une mouche flottante, posée à la dérive dans le courant, alors le plus bel exemple répertorié est celui d'Ambrose Monell, un colonel américain. Toutefois, si l'on considère que faire faire de petits bonds à la mouche en aval est aussi de la pêche à la mouche sèche, on appréciera alors la description, dans un style quelque peu fleuri, de Nettle.

     « Et il prend maintenant son lancer avec une seule mouche pour la pêche au saumon. Puis, alors que la ligne est dans les airs, par un petit mouvement sec du poignet, il fait planer la mouche près d'un remous bouillonnant ou d'un rocher saillant. Avec des pas de ballerines, la mouche danse au rythme des courants qui murmurent, effleurant la surface de l'eau dans sa marche légère [...] ».

     Les recettes de Nettle suivent. J'ai conservé la ponctuation et l'emphase originales. De toute évidence, les motifs présentés manquent de détails et d'uniformité. Par exemple, le sens «d'antennes» est nébuleux. Notre interprétation est qu'il faisait référence à ce que nous appelons des «cornes». Aussi, selon la ponctuation et les motifs contemporains, nous présumons que tous les hackles sont des hackles de corps. Une autre difficulté consistait à faire la différence entre les plumes de canard huppé (branchu), de malard gris (canard colvert) et de malard (canard colvert) pour les matériaux des ailes. Nous nous sommes fiés à la description de ces matériaux donnée par Veniard.

     Roddy et moi aimerions offrir nos plus sincères remerciements à « Bryant Freeman de l'Association des pêcheurs Eskape » de Riverview, au Nouveau-Brunswick, pour son aide inestimable. Il nous a permis de nous procurer la plupart des matériaux nécessaires à la fabrication des mouches.

1re mouche de Nettle

1re mouche de Nettle
N° 1. Aile de canard huppé; corps rouge ardent, hackle rouge, tours de fibre verte de queue de paon, antennes semblables aux ailes.

2e mouche de Nettle

2e mouche de Nettle
N° 2. Aile de malard gris; corps orange, fil métallique doré et hackle gingembre, le même modèle avec un hackle noir est très bon.

3e mouche de Nettle

3e mouche de Nettle
N° 3. Aile de malard gris; corps vert foncé, hackle noir, fil métallique argenté.

4e mouche de Nettle

4e mouche de Nettle
N° 4. Aile de canard gris (probablement chipeau ou siffleur) ; corps gris, hackle gingembre, tours de lamé argenté, antennes semblables aux ailes.

5e mouche de Nettle

5e mouche de Nettle
N° 5. Aile de queue de dinde sauvage foncée; corps brun jaunâtre, hackle rouge, fibre de queue de paon et tête, antennes, fibre verte de queue de paon.

6e mouche de Nettle

6e mouche de Nettle
N° 6. Aile de malard (probablement bronzé) ; corps vert foncé, fibre de dinde sauvage brune et verte mélangée, avec pointe rouge, antennes noires.

7e mouche de Nettle

N° 7. Aile grise de dinde sauvage; corps couleur de paille, hackle noir, fil métallique argenté -antennes, longues et couleur de paille.

8e mouche de Nettle

8e mouche de Nettle
N° 8. Aile de dinde sauvage; corps de mohair orange et bordeaux, hackle noir, fil métallique doré.

9e mouche de Nettle

9e mouche de Nettle
N° 9. Aile de geai anglais (probablement européen); corps vert pâle distendu, fil métallique argenté, hackle noir, antennes, fibre verte de queue de paon.

10e mouche de Nettle

10e mouche de Nettle
N° 10. Aile d'oie grise; corps bordeaux avec pointe rouge, un tour de fibre verte de queue de paon, hackle noir, antennes, fine fibre de queue de paon, verte

11e mouche de Nettle

11e mouche de Nettle
N° 11. Aile d'oie grise; corps en fibre verte de queue de paon, avec pointe jaune, hackle noir, corps de grande taille.

12e mouche de Nettle

12e mouche de Nettle
N° 12. La favorite (ou mouche Nettle) Aile; butor brun; corps brun jaunâtre, hackle rouge, fibres vertes de queue de paon enroulées autour du corps, antennes semblables aux ailes.

références

» Texte et photos: Paul Marriner
» Mouches fabriquées par Roddy MacLeod
» Saumons illimités #58, Automne & #59, Hiver 2001.

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