Historique de la Pêche au Saumon sur la Jacques-Cartier

     Après les guerres napoléonienne et américaine, bon nombre d'officiers s'installèrent dans la colonie et s'adonnèrent à la pratique de la pêche au saumon pour leurs loisirs. La rivière Jacques-Cartier devint un des premiers endroits où émergèrent, de façon structurée, des clubs de chasse et de pêche. A cette époque, les droits de pêche sont réservés à une minorité de propriétaires terriens. Sur le territoire aujourd'hui connu comme Pont-Rouge, la spéculation immobilière a pour objet la pêche: les terres sont vendues, louées ou subdivisées en vue de la pêche au saumon.

Au XIXe siècle

     Déjà, en 1816, le britannique F. Tolfrey note la présence de plusieurs centaines de saumons dans la fosse située sous le pont Déry à Pont-Rouge. Vers 1839, on remarque déjà une diminution dans les succès de pêche en raison de la pratique de la pêche commerciale et du braconnage.

     En 1854, on promulgue une loi pour protéger la faune. En 1857, la première pisciculture au Canada, située à Québec, utilise des œufs de truites et de saumons provenant de la rivière Jacques-Cartier. Vers 1867, J.K. Boswell, un nouveau propriétaire fait creuser un canal d'une longueur d'environ 54 mètres devant servir d'échelle à saumons pour faciliter la pêche sportive.

     En 1877, les frères Boswell fondent le premier club privé de pêche « The Jacques-Cartier River Fishing Club ». En 1904, l'échelle à poisson de Boswell est inondée par la construction d'un barrage. A cette même époque, James Boswell, autre propriétaire terrien, projette de construire d'autres passes migratoires en amont du pont Déry afin d'aider le saumon à franchir ce gros rapide. A ce sujet, E. Hamel raconte en 1955: « Le saumon (poisson très vigoureux) remontait avec difficulté le gros rapide en amont du Pont Déry. Au dire des messieurs Déry, Edwin, Edmon et Émile (des pêcheurs de saumon renommés) un saumon sur cent remontait ce rapide, et plusieurs de ceux qui le remontaient se blessaient sur le roc qui encaisse le rapide. »

     A la fin du XIXe siècle, les activités de pêche connaissent de moins en moins de succès; la pêche abusive, le braconnage, le développement des industries, les exploitations forestières, le flottage du bois sont autant de responsables de la destruction des frayères et de la faune aquatique.

Un XXe siècle prometteur

     En 1913, la construction d'un barrage hydroélectrique à l'embouchure de la rivière, à Donnacona, empêche la montaison du saumon. Depuis cette date, le saumon sera absent de la rivière Jacques-Cartier. Mais en 1955, l'idée de réintroduire Salmo salar dans la Jacques-Cartier est soulevée par un réputé avocat de la région, Me Napoléon Beaudet. Par la suite, quelques individus, ayant en commun une passion pour le saumon, reprennent le concept et donnent naissance en 1979 au Comité de restauration de la Jacques-Cartier, aujourd'hui nommé Corporation de restauration de la Jacques-Cartier (CRJC).

     Quatre ans plus tard, en 1983, on voit le retour des premiers saumons migrateurs adultes. En 1985, on entreprend le nettoyage des rives et la construction de la passe migratoire de Donnacona. L'année suivante, le MLCP acquiert 62,5 % des rives situées entre Donnacona et Tewkesbury. En 1989, une frayère artificielle est construite à Cap-Santé et on aménage un incubateur dans un affluent de la rivière Jacques-Cartier.

     En 1990, 1 185 saumons remontent la Jacques-Cartier! En 1991, la rivière obtient le statut de rivière à saumon, la zec est créée et c'est la première année d'exploitation de la pêche sportive au saumon de la Jacques-Cartier.

     En 1992, on aménage un incubateur à Donnacona, on restaure la passe migratoire et on y installe un monorail pour faciliter le transport du saumon. Deux secteurs contingentés sont établis sur la rivière dans la zec. Une étude est entreprise sur le comportement du saumon gracié dans le secteur 2 (contingenté). Depuis sa création, la CRJC travaille à la réintroduction du saumon dans la rivière. Elle assure le lien essentiel entre les gens du milieu, les municipalités riveraines, les gouvernements et autres intervenants. C'est elle qui, en 1991, s'est vue confier le mandat de gestion de la pêche sportive au saumon avec l'instauration d'une zec à gestion mixte, une première au Québec dans le secteur Donnacona-Pont-Rouge.

référence

» Salmo Salar #33, Hiver, Décembre 1993.
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