La Ouananiche, ce Poisson Fantôme par Claude Roy

     La ouananiche est un poisson plutôt méconnu dont les habitudes varient énormément d'un plan d'eau à l'autre. Cependant, elle livre tout un combat au pêcheur qui sait la leurrer. L'auteur de cet article nous raconte ses propres expériences.

La Ouananiche, ce Poisson Fantôme
    Pour plusieurs pêcheurs, la ouananiche est un poisson fantôme. Même s'ils savent qu'elle habite plusieurs plans d'eau du Québec, ils continuent à rêver de sa capture sans toutefois savoir où, quand et surtout comment la pêcher.

     La ouananiche est le cousin propre du saumon de l'Atlantique dont la progéniture, durant la saison du frai dans les différentes rivières, est demeurée isolée suite à la fonte des glaciers. Aussi appelée saumon d'eau douce, la ouananiche a un cycle de vie semblable à celui du saumon de l'Atlantique. Elle fraye elle aussi en rivière mais au lieu de retourner en mer, elle regagne son lac d'origine.

     La ouananiche a gardé certains traits de caractère du saumon de l'Atlantique. En effet, dès qu'elle est ferrée, elle sort de l'eau et donne de violents coups de tête pour tenter de se libérer. Même s'il existe de grandes similitudes entre la ouananiche et le touladi (truite grise), la première ne vit pas dans de l'eau aussi froide que le deuxième. On la trouve d'ailleurs à des températures variant entre 11 et 15 degrés Celsius. Les deux espèces se nourrissent d'éperlan et c'est en cherchant cette proie, sur les bancs de sable, dans les embouchures de rivière, le long des berges rocailleuses, sur les pointes d'îles ou dans les crans de roches submergées, qu'on peut les trouver.

Où pêcher la ouananiche
     La ouananiche montre une certaine activité de surface les jours de grand vent ou durant les journées chaudes. La période d'activité de surface dure de deux à trois semaines avant que l'eau des lacs réchauffe.

     Après cette période, le pêcheur doit explorer la thermocline pour connaître le succès. Il est difficile de prévoir à quelle profondeur il faut pêcher, mais disons qu'à chaque semaine, on doit pêcher 5 pieds plus profond et à chaque mois, 20 pieds plus profond, pour trouver des spécimens de taille comparable. Durant la même période, les pêcheurs de truite grise auront déjà atteint le plateau des 80 pieds (25 mètres) dans le même lac, car la truite grise se tient dans l'eau plus froide.

Où pêcher la ouananiche

Le nord de Montréal, plus précisément le lac Tremblant situé dans la région des Hautes-Laurentides, détient le record de la plus grosse ouananiche capturée.

     En Estrie, on trouve la ouananiche dans le lac Memphrémagog, même si le nombre croissant de riverains, de plaisanciers et de pêcheurs peut parfois nuire durant les week-ends. C'est pourquoi les habitués conseillent de pêcher sur semaine et de demander l'assistance d'un guide pour explorer cet immense plan d'eau.

     La région du lac Saint-Jean demeure l'endroit de prédilection des pêcheurs de ouananiche. Bien que le nombre de poissons ait baissé au cours des dernières années, les efforts de réintroduction de l'espèce, associés à une meilleure gestion de la population de ouananiches, tendent à redonner à ce très beau plan d'eau ses lettres de noblesse.

     Sur la Côte Nord, le lac Loup-Marin, près de Baie-Comeau, renferme de très beaux spécimens, d'autant plus que l'endroit est souvent désert et qu'il est très accessible.

     Plusieurs pourvoyeurs offrent des forfaits de pêche de la ouananiche qui ne sont malheureusement pas à la portée de toutes les bourses. Quoi qu'il en soit, cette espèce est peu connue et mal exploitée.

L'ÉQUIPEMENT

À la mouche

     Tout comme le saumon, la ouananiche peut se pêcher avec une canne à moucher équipée d'une soie « semi-calante » pour pouvoir positionner des streamers (Grey Ghost, Black Ghost, Magog Smelt) à la profondeur désirée, c'est-à-dire à moins de 3 pieds de la surface. Ce genre de pêche se pratique surtout le printemps dans les régions chaudes et durant tout l'été dans les lacs du nord où l'eau demeure froide.

leurres
     Les pêcheurs qui souhaitent moucher près des berges le matin et le soir y trouveront la ouananiche en train de se nourrir d'éperlan, son mets préféré.

Au lancer léger

     Pour pêcher la ouananiche au lancer léger, je conseille d'utiliser une canne longue et souple. La résistance de la ligne peut varier entre 6 et 10 livres. Pour ma part, j'emploie une ligne de 6 livres de résistance et de bons émerillons qui empêcheront la ligne de vriller. Je remplace les derniers 30 mètres de la ligne à chaque soir.

En profondeur

     Avoir recours à un profondimètre (sonar) et à un downrigger est très utile pour capturer les spécimens qui se trouvent en profondeur durant les journées chaudes. Ces poissons sont actifs à moins de 15 mètres et en suspension de 2 à 7 mètres du fond.

Les techniques de pêche

Les techniques de pêche
     J'ai déjà obtenu du succès avec certains poissons nageurs comme les Bombers Baby Bass, les Bombers articulés de couleur bleue (en eau profonde) et les Rapalas de couleur truite mouchetée de 7 et 9 centimètres de longueur, attachés à des plombs Keel.

     À la traîne, la vitesse de déplacement de l'embarcation doit être rapide et le trajet doit être fait en zigzag. Cette technique permet de provoquer le poisson car elle fait varier la vitesse du leurre. Celui-ci « nage » d'abord rapidement, s'immobilise le temps que la ligne reprenne sa place à la fin du zigzag et repart ensuite à toute vitesse.

     Durant ma dernière excursion de pêche, j'ai fait l'essai des nouveaux leurres Cami. Les modèles de couleur chartreuse et en chrome, laiton et cuivre ont donné les meilleurs résultats. Un hameçon de type Président, placé à une distance de huit à dix pouces du leurre, complétait l'ensemble.

Où trouver la ouananiche

     En mai et juin, les sorties de rivière sont les secteurs à privilégier pour pêcher la ouananiche. Plusieurs personnes pèchent trop loin des rives. Il ne faut pas hésiter à longer la rive où la ouananiche se promène pour trouver des éperlans. Plus tard en saison, elle cherchera l'eau plus fraîche, mais le soir venu, elle ira trouver sa nourriture le long des crans des rochers, des pointes d'îles et des berges sablonneuses.

     À mon avis, la pêche du matin, entre 9 et 11 heures, est de loin la plus productive. Pêcher très tôt le matin ne donne pas beaucoup de résultats.

Conclusion

     La ouananiche étant un poisson rapide, il faut varier la vitesse de traîne et changer souvent de leurre pour avoir de grandes sensations.

     Si vous optez pour la remise à l'eau des ouananiches capturées, n'oubliez pas d'aplatir le ardillon de l'hameçon pour faciliter leur décrochage. Remettre les poissons à l'eau, c'est assurer l'avenir des espèces fragiles.

références

» Par Claude Roy
» Québec Archer Chasse & Pêche Automne 1997.

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