La Truite de Mer; Où et Comment par Gérard Bilodeau

     Toutes les techniques de pêche usuelles peuvent être employées pour pêcher la truite de mer. Que ce soit à la mouche, au lancer léger ou à la «ligne morte», les adeptes de cette pêche excitante y trouveront leur compte.

La Truite de Mer; Où et Comment
     La pêche à la mouche est la technique que j'utilise exclusivement en raison de la facilité avec laquelle elle permet de s'adapter aux différents menus de la truite de mer. En effet, chaque forme de nourriture recherchée par la truite de mer peut être reproduite facilement avec des poils, des hackles, de la fourrure, etc., et présentée de façon adéquate en utilisant une «mou-cheuse». Mentionnons finalement que la pêche à la mouche est bien souvent la seule technique de pêche autorisée par les règlements parce que bon nombre de rivières à saumons sont aussi fréquentées par des truites de mer.

     En général, la longueur des cannes à moucher varie de sept à neuf pieds et elles acceptent des soies des numéros six à neuf. Évidemment, un équipement plus léger peut être employé afin de retirer plus de satisfaction quand une grosse truite a mordu, mais il n'est pas convenable quand le vent souffle fort. Je connais des saumoniers qui emportent deux cannes avec eux: une pour le saumon qui mesure habituellement neuf pieds et une autre, plus légère celle-là, de sept ou huit pieds afin de taquiner les truites de mer.

     Les moulinets doivent être munis d'une tension réglable ou, à défaut, ils doivent permettre au «moucheur» de les «paumer» de manière à contrer les déplacements énergiques d'une grosse truite. N'oubliez pas que des spécimens de plus de 10 livres (4,6 kg) nagent dans les rivières ou dans la mer.

     Comme d'habitude, le bout fin du bas de ligne est choisi en fonction de la grosseur de la mouche. Assurez-vous toutefois qu'il est «frais», notamment quand vous employez un bout fin dont la résistance est de trois ou quatre livres.

     Au sujet du lancer léger, les pêcheurs que j'ai consultés recherchent unanimement la légèreté de la canne et du moulinet. Les moulinets à tambour ouvert sont les préférés de tous. Quant à la pêche à la ligne morte, elle peut se pratiquer avec n'importe quel type d'équipement. Toutefois, ceux qui utilisent une longue canne de bambou sans moulinet (ceci vaut surtout pour les pêcheurs qui fréquentent les quais) connaîtront des difficultés s'ils ont à ramener une grosse truite.

     Nonobstant l'équipement que vous choisirez, n'oubliez surtout pas l'action corrosive du sel de la mer. Si votre équipement n'est pas à l'épreuve de la corrosion, trempez-le dans l'eau douce une fois la séance de pêche terminée.

PÊCHE EN MER ET EN ESTUAIRE

     On a vu que la truite de mer fréquente les estuaires de rivières et qu'elle s'aventure régulièrement le long du littoral. Même si elles évoluent dans ce milieu, les truites de mer demeurent méfiantes, donc sélectives. Il importe que le pêcheur utilise des appâts ou des leurres qui imitent les organismes que la truite a l'habitude de manger.

     Valmont Pelletier de Sainte-Anne-des-Monts ne jure que par des sangsues de mer qu'il trouve, en creusant avec sa pelle, dans les secteurs vaseux du rivage laissés à découvert par la marée basse. Ces sangsues sont piquées à un hameçon de grosseur 4 ou 6 environ; aucun plomb n'est attaché à la ligne puisque la pêche se pratique dans quelques pieds d'eau, près du rivage. «La bouette» (nom donné à l'appât) est lancée dans l'eau et cale lentement. Il est rare qu'une truite de mer résiste à un tel plat.

     Depuis près de quinze ans, Pelletier arpente le rivage compris entre Cap-Chat et Sainte-Anne-des-Monts. Il recherche les pointes de roches qui s'avancent dans la mer. A la marée montante, les truites s'approchent de ces structures afin de se nourrir des organismes qui y vivent. La pêche est alors à son meilleur. Il ne faut pas négliger non plus le début du baissant car les truites continuent de flâner autour des roches. Dans tous les cas, Pelletier soutient qu'il est important que le pêcheur camoufle son approche de manière â ne pas être repéré par les truites. De nature très méfiante, elles auraient tôt fait de disparaître du secteur.

     Au cours des mois de mai et juin, les chances sont meilleures de capturer de gros spécimens. Valmont Pelletier compte quelques truites de 8 livres (3,6 kg) à son actif. Le poids moyen de ses captures au cours de mai et juin oscille entre 3 et 5 livres (de 1,4 à 2,3 kg). Plus tard en été, les truites capturées en mer sont plus petites parce que les gros sujets ont déjà gagné une rivière. Toutefois, il ne faudrait pas généraliser ces observations à l'ensemble de la province. Certaines rivières de la Côte Nord, par exemple, reçoivent de très gros géniteurs à la fin du mois d'août et même en septembre.

     Pelletier, et tous ceux qui pratiquent la pêche de la truite de mer dans ce secteur, pèchent uniquement à pied. Point n'est besoin de lancer loin puisque les truites collent le rivage. Cette approche qui vaut pour ce secteur est applicable partout au Québec où la truite de mer est susceptible de se trouver. L'usage d'une embarcation pour la pêche de la truite de mer n'est pas très répandu en Gaspésie parce qu'elle n'est tout simplement pas nécessaire. Mais au Saguenay, par ailleurs, bon nombre de pêcheurs locaux l'utilisent afin d'atteindre plus facilement les estuaires des cours d'eau, des baies ou des pointes rocheuses susceptibles d'attirer les truites.

     La pêche en mer peut se pratiquer à peu près partout dans le bas Saint-Laurent, autour de la péninsule gaspésienne, dans le Saguenay, sur la Côte Nord et autour de l'île d'Anticosti. Dans le cas d'Anticosti, son statut de réserve faunique en limite l'accès. De plus, bon nombre de rivières de la basse côte nord sont exploitées par des pourvoiries. Dans tous les cas, il est préférable de vérifier dans quelle mesure l'accessibilité est garantie. Pour les amateurs de prises de type «trophée», voici deux bons endroits. Valmont Pelletier me mentionnait que dans les environs de la rivière Madeleine, des truites de près de quinze livres (6,8 kg) nagent près de la côte. De l'autre côté du fleuve, sur la Côte Nord, François Barnard de Sept-Iles m'a confié que des truites de sept à huit livres (3,2 à 3,6 kg) sont capturées à chaque année dans l'estuaire de la rivière Laval qu'on peut rejoindre à quelques kilomètres en aval de Forest-ville.

     En général, la pression de pêche en mer ou en estuaire est faible. Elle provient en bonne partie de pêcheurs locaux. Valmont Pelletier recommande d'éviter les périodes de grand vent; les vagues frappant le rivage avec fracas ne semblent pas plaire aux truites. De toute façon, pratiquer la pêche dans de telles conditions n'est pas agréable du tout.

     Le leurre le plus répandu pour la pêche en mer ou en estuaire est l'appât. Certains disciples de saint Pierre agré¬mentent la présentation de leur appât en ajoutant une cuillère ondulante argentée (du genre Toronto Wobbler) d'une longueur de 5 cm environ; d'au¬tres pêcheurs préfèrent un seul hame¬çon. La pêche de la truite de mer à la mouche n'est pas très populaire en mer ou en estuaire. Ceux qui la prati¬quent emploient surtout des Muddler Minnow ou des streamers imitant des petits poissons. Quand la mer est calme, il arrive que la truite se nourrisse de petits organismes nageant près de la surface. Ces périodes d'activité peuvent bien servir le «moucheur» opportu¬niste qui n'hésitera pas à attacher des «midges» à son bas de ligne.

PÊCHE EN RIVIÈRE

     A mon avis, la pêche de la truite de mer en rivière offre plus de charme que la pêche en mer ou en estuaire. J'ai de très beaux souvenirs d'expériences vécues sur les rivières Matapédia, Sainte-Anne, Dartmouth, York, Petite-Cascapédia et Grande-Trinité. Toutefois, la pêche en rivière comporte plus de contraintes parce que la plupart d'entre elles reçoivent aussi du saumon de l'Atlantique. Mis à part les saisons spéciales auxquelles j'ai fait allusion dans le texte paru dans le numéro de juin dernier ainsi que la pêche dans la branche ouest de la Petite-Cascapédia, un droit d'accès pour la pêche du saumon doit être émis pour pêcher sur bon nombre de rivières à saumons. Et les choses se compliquent un peu plus lorsque les truites ont la mauvaise idée de se concentrer dans des secteurs de la rivière dont l'accès est contingenté.

     Une autre contrainte est liée à la date de fermeture des rivières à saumons. En général, les rivières à saumons «ferment» à la fin du mois d'août. Cela prive les pêcheurs de belles occasions de pêcher des truites puisque des remontées parfois importantes ont lieu en septembre. C'est pour pallier à cette contrainte que des saisons spéciales ont été créées pour certaines rivières.

     Mais il est quand même possible de pêcher la truite de mer en rivière que ce soit en Gaspésie ou sur la Côte Nord, à condition de mettre un peu de temps dans la recherche d'un bon site. Ceci ne devrait pas être difficile car à peu près tous les cours d'eau répondant aux exigences élevées des salmonidés sont susceptibles de contenir des truites de mer.

     Une fois en rivière, la truite de mer continuera de manger mais à un rythme qui semble en étroite relation avec la quantité de nourriture disponible dans son nouveau milieu. Il semble, par ailleurs, que plus la fraieson approche, moins les truites de mer se nourrissent et ce peu importe la rivière dans laquelle elles se trouvent.

     En rivière, les truites de mer adoptent un comportement similaire aux truites mouchetées. Elles vont tantôt habiter une fosse, tantôt trouver refuge sous un arbre tombé ou près d'une grosse roche. Tout comme pour la pêche en estuaire ou en mer, il convient d'approcher très lentement les endroits où le pêcheur présume trouver des truites de mer de manière â ne pas les apeurer.

     Une importante émergence d'insectes représente la meilleure occasion pour le pêcheur de localiser des truites de mer en rivière et de tenter d'en capturer quelques-unes. Il devra toutefois aiguiser son sens de l'observation car les signes que laissent les truites en surface sont à peine perceptibles parfois. Je me rappelle d'une excursion sur la branche ouest de la Petite-Cascapédia en compagnie de Gilles Aubert et de Marc Leblanc, ce dernier étant un guide bien connu dans la région de New-Richmond. Nous avions rejoint un long secteur d'eau calme, où il ne semblait pas y avoir truite qui vive. Marc fixait un point bien précis sur la rive opposée.

.     Tout ce secteur de la rivière était recouvert d'aulnes dont les branches abondamment vêtues de feuilles venaient frôler l'eau. «Regardez, elles sont là!», fit Marc d'une voix pleine d'assurance. Une dizaine de truites se tenaient là droit devant nous, à trente pieds à peine. Nous les apercevions très bien tellement l'eau était limpide. Marc les avait repérées en raison des minuscules ronds de gobage qu'elles créaient. De temps en temps en effet, Tune d'entre elles quittait son poste pour venir cueillir délicatement en surface un petit papillon de tordeuse de bourgeons qui s'agitait en descendant sur l’eau. En parcourant lentement ce long secteur d'eau calme, nous avons découvert que les branches des aulnes servaient de refuge à de nombreuses autres truites de mer dont plusieurs auraient fait osciller la balance à au moins 5 livres (2,3 kg). Inutile de dire que nous avons passé de nombreuses heures à pêcher là.

     Paul Potvin adore pêcher la truite de mer avec une sèche. Il pratique cette technique avec succès jusque tard l'automne, dans la rivière Sainte-Marguerite. Pour ce faire, il n'hésite pas à attacher des mouches du numéro 14, 16 et même 18. De mon côté, j'ai obtenu de bons résultats en employant des sèches imitant des trichoptères (particulièrement sur la Matapédia) et des midges. Les nymphes d'éphéméroptères et de trichoptères ainsi que les pupes de trichoptères doivent absolument faire partie de la boîte de mouches. Les streamers procurent aussi de bons résultats; Marc Leblanc ainsi que certains de ses compagnons ne jurent que par la Magog Smelt montée sur un hameçon de type Carrie Stevens.

     Mais peu importe l'artificielle que vous choisirez, n'oubliez jamais ceci: la truite de mer est très sélective. A cet égard, je n'hésite pas à la comparer à la truite brune, ce qui n'est pas peu dire.

     Par conséquent, les mouches artificielles doivent lui être présentées de façon impeccable, faute de quoi elle ira se tapir au fond de la fosse sans bouger et refusera toutes les offrandes subséquentes.

     Les règlements de la pêche sportive permettent l'utilisation d'autres techniques ou appâts que la mouche pour la pêche de la truite de mer en rivière. Je vous rappelle que ces renseignements apparaissent habituellement dans le résumé des règlements de la pêche sportive du saumon.

UN BEL AVENIR...

     En raison de sa sélectivité, de sa combativité et enfin du goût exquis de sa chair, la truite de mer mérite que les pêcheurs lui consacrent plus d'attention. Je suis toujours étonné de constater que cette espèce est peu ou pas connue en dehors des localités où on la trouve.

     La pêche en mer ou en estuaire étant accessible à tous, cela représente une belle occasion d'initier la famille à la pêche de la truite, loin des mouches noires qui hantent nos forêts et... des pêcheurs aussi. Dans le cadre d'un voyage en Gaspésie, sur la Côte Nord ou à Anticosti, la pêche de la truite de mer peut occuper une place de choix parmi les activités prévues et ce, à des coûts à la portée de toutes les bourses. D'autre part, au cours d'une pêche du saumon, la perspective de capturer quelques belles truites permettra d'ajouter un peu de variété à des journées qui sont souvent plus longues que ne le souhaiterait le saumonier.

     Du côté des scientifiques québécois par ailleurs, des travaux devraient être entrepris afin d'en apprendre davantage sur ce magnifique poisson nageant au Québec afin d'être en mesure par la suite de mieux définir des politiques d'exploitation. Cela contribuerait certes à assurer à la truite de mer, un bel avenir...

Références

» Texte & Photo: Gérard Bilodeau (Juillet 1990).
» Magazine Sentier Chasse & Pêche.

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