Pêche au Saumon Noir: un Succès Exceptionnel ! par Lyne Trudeau

     Impatiente que la saison de pêche au saumon commence, je me retrouve déjà début mai sur les rivières Matapédia et Ristigouche pour tenter le saumon noir, cette période étant habituellement la meilleure de l’année. Je suis accompagnée de Hazel Maltais, Marc Dancose et Peter Ekerstofer, d’Autriche. Nous avons réservé les services de deux éminents guides de la région, Pierre D’Amours et René-Jean Richard.
Pêche au Saumon Noir: un Succès Exceptionnel !
     Nous logeons dans le petit camp de pêche, situé à flanc de montagne face à la Ristigouche, sur les terrains de Pierre d’Amours.

     Dès que les glaces débâclent des rivières, avant la vraie saison de pêche au saumon atlantique, c’est la course aux saumons noirs, auxquels nous présentons nos grosses mouches brillantes avec nos soies calantes. Cette année le printemps a été très hâtif, et le temps fort habituellement des captures, soit notre période du 5 au 10 mai, était déjà un peu dépassé. Nous avons donc eu un succès de pêche quelque peu diminué pour le « noir », mais nos chances de toucher à de gros saumons frais de l’année en étaient dès lors augmentées. C’est bien connu que les gros géniteurs remontent les premiers dans nos rivières à saumons. Forts de cet espoir et grâce à l’expérience et à notre connaissance de la rivière dans ces conditions, nous nous sommes lancés à la chasse aux « brights » avec nos super guides.

     Tous les matins, de bonne heure, pour nous garantir des fosses prometteuses, nos guides, aussi passionnés que nous, sont sur le pied d’alerte. N’oublions pas que ces premières sorties sont l’occasion de faire éclater notre énergie de pêcheur accumulée tout au long de l’hiver. D’ailleurs, c’est au moment d’une de ces multiples explosions d’hyperactivité que Marc m’a baptisé « Ritalyne », surnom qui m’est resté collé depuis.

     Le premier matin, Peter fait littéralement surchauffer le poêle à bois. Marc qui avait choisi de coucher en haut du lit superposé se lève, tout en sueurs, et toujours en sous-vêtements fait semblant de vouloir s’envoler. Je lui crie alors ; « Non, non, non, tu n’es pas Superman, seulement Super Doc ! » Étant médecin de profession, le surnom lui restera.

     Lors de la première journée de pêche, Peter, le Viennois, pêche un saumon noir et un magnifique saumon frais d’environ 25 livres. L’excitation monte d’un cran et tous les autres se promettent d’égaler ou même de surpasser son fait d’armes. La pêche au noir est assurément au ralenti cette année, mais nous avons malgré tout la chance de remettre quelques beaux spécimens à l’eau.

      Il faut savoir que durant la saison haute, il arrive parfois que chaque pêcheur puisse prendre jusqu’à une dizaine de saumons noirs par jour. Mais cette année, nous en pêchions plutôt de deux à trois par jour. Tout de même, comme le veut la formule consacrée; « une journée de pêche, même difficile, est bien mieux qu’une journée passée au travail ».

   Le soir, après le souper, j’assemble des mouches, en essayant surtout de nouveaux modèles. Peter me présente la mouche que lui avait prêtée Pierre d’Amours, celle qui avait leurré son beau saumon frais de 25 livres, une mouche rose fuchsia et dotée d’une plume de marabout style « frou-frou ». N’ayant pas le matériel pour la reproduire exactement, j’ai créé un modèle semblable avec des couleurs orangées et rosées.

     Le lendemain, je suis jumelée avec Marc, et Pierre d’Amours est notre guide. En voyant ma création, il l’a baptisée la Suce Bizoune... Les histoires et les folies accompagnent toujours nos sorties de pêche et le rire est à l’honneur tout le temps. Nous nous agaçons les uns les autres. Comme lorsque je mets mon rouge-à-lèvres pour me protéger du vent et que les gars croient que c’est pour attirer le saumon mâle.

     Le mercredi, les guides décident de nous faire un repas sur la grève. En entrée, la truite fumée de René-Jean Richard est superbe. En repas principal, Pierre nous sert du steak d’orignal cuit selon la préférence de chacun, accompagné de pommes de terre rissolées aux oignons caramélisés, le tout arrosé de vin rouge choisi par «Super Doc». Wow ! Blagues et boutades n’arrêtant pas, c’est le party fou, fou, fou ! Mars s’en est même roulé par terre.

     À notre cinquième et dernière journée de pêche, nous sommes toujours débordants d’énergie et d’espoir. Ce qui devait arriver arrive. Hazel, toute petite, mais grande pêcheuse de saumon, attrape un immense saumon frais. Elle fait équipe avec Pierre. Après 1 h 45 et une descente de 2,5 km le long de la rivière Ristigouche, ils puisent finalement une belle femelle de 40 livres! Suivent les photos d’usage, en faisant très attention à ce noble saumon, puis Marc s’occupe de la gracier en la laissant récupérer au moins 15 minutes jusqu’à ce qu’elle montre sa vigueur au moyen de puissants coups de queue. Hazel avoue alors qu’il s’agissait son plus gros saumon à vie et aussi son plus long combat avec Salmo Salar. Elle est exténuée, plus affaiblie que le saumon qu’elle avait pris.

     Pouvait-on imaginer un meilleur scénario pour clôturer ce magnifique voyage de pêche printanier sur la Matapédia et la Ristigouche?

Références

» Texte Lyne Trudeau, en collaboration avec Marc Dancose
» FQSA
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