La Corneille

     Ceux qui s'adonnent à la pêche sportive du saumon atlantique ont sans aucun doute remarqué qu'il existe des centaines de modèles de mouches destinés à leurrer Salar. Parmi celles-ci on retrouve de véritables chefs-d'œuvre artistiques, dont la parure très compliquée exige, pour la fabriquer, doigté, habileté, talent... et aussi beaucoup de patience. : D’ailleurs, ces modèles « attrapent » beaucoup plus de saumoniers que de saumons!

     Pour qu'une mouche à saumon soit productive, il n'est pas nécessaire qu'elle comporte un habillage très élaboré. François Barnard, de Sept-îles, a compris cela rapidement lorsqu'il a commencé sa « carrière » de saumonier dans les rivières de la Côte-Nord en 1979. François montait alors ses propres mouches pour pêcher l'omble de fontaine (truite mouchetée) particulièrement abondante dans à peu près tous les cours d’eau de ce territoire.

     Sur la rivière Godbout, où il a fait ses premières armes à la pêche du saumon, François rencontra Izola Beaudin qui occupait les fonctions de gardien et de guide. Ce dernier apprit à François les rudiments de la pêche du saumon; en même temps, il lui confia que le saumon avait une préférence marquée pour les mouches noires. Fort de ce renseignement et d'expériences subséquentes, François créa en 1982 une mouche dont le montage est fort simple et, qui plus est, fait réagir souvent Salmo Salar. Cette mouche, il la nomma « Corneille », du même nom de cet oiseau au plumage complètement noir. Au cours des années qui suivirent, François eut l'occasion (ou plutôt créa des occasions d'essayer cette mouche dans plusieurs rivières à saumon de la Côte-Nord; le succès qu'il obtint lui confirma les dires d'Izola. Comme me le soulignait François: « Ce n'est pas une mouche d'exposition, mais bien une mouche pour pêcher. » Cette mouche, comme toutes les mouches de couleur noire d'ailleurs, est très visible pour le saumon, surtout lorsque le temps est sombre (nuageux, à l'aurore ou au crépuscule).

     Comme vous le remarquerez en regardant la parure de cette mouche, aucun hackle n'est utilisé dans son montage. Pourquoi cela? Tout simplement parce que cette artificielle est montée sur de petits hameçons Si on attachait des hackles à de tels hameçons, ils empêcheraient la mouche de bien caler sous la surface, ce qui la rendrait beaucoup moins attrayante pour Salmo Salar.

     Même si elle est toute noire, la « Corneille » est productive dans les eaux foncées des rivières de la Côte-Nord; par contre, François Barnard n'a pas eu l'occasion de l'essayer dans les rivières de la Gaspésie. Je suis cependant convaincu qu'elle fera certainement réagir Salmo Salar si elle est pêchée de la bonne manière dans ces rivières réputées pour la pêche du saumon atlantique.

Parure

La corneille
Hameçon : Partridge ou Mustad, préférablement de petites grosseurs (Nos 8-10-12);
Fil de montage : Noir, pré-ciré, de grosseurs 5/0 ou 8/0;
Corps: Chenille noire;
Ailes : Poils de queue d'écureuil teints en noir.

Étapes de montage

     1 - Attachez le fil en arrière de l'œil de l'hameçon et enroulez-le sur la hampe de l'avant vers l'arrière jusque vis-à-vis la pointe de l'hameçon.

     2 - Fixez solidement à l'arrière de 3 à 4 pouces (7,5 à 10 cm) de chenille noire.

     3- Enroulez ensuite cette chenille autour de la hampe en prenant bien soin de serrer les tours les uns contre les autres, afin de donner le maximum de solidité au corps. 

     4 - Arrêtez l'enroulage a environ 1/8 à 1/4 de pouce (3 à 6 mm) derrière l'œil de l'hameçon; attachez solidement la chenille à la hampe et coupez l'excédent.

     5 - Attachez quelques poils noirs à l'avant de la chenille. Les poils doivent être suffisamment longs pour atteindre le début de la courbure de l'hameçon. 

     6 - Formez la tête.

références

» par Gérard Bilodeau
» Magazine Sentier Chasse & Pêche, Septembre 1988.
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