Pêche de Choix de Truites Vigoureuses

Les idées exposées ci-dessous sont ce qui a contribué à la fondation de la confrérie ATOS

     Quatre exigences bien équilibrées doivent être remplies pour que la pêche de la truite indigène soit un sport digne de ce nom. Dans ce cas, le bon pêcheur freine son désir naturel de nombreuses prises et la gestion d'un cours d'eau doit se faire dans l'intérêt de la truite plutôt que dans celui du pêcheur.

     Les quatre éléments qu'exige la pêche de truites indigènes sont une abondance de nourriture, des tenues appropriées à leurs besoins, des géniteurs et les gravières. Lorsqu'il s'agit de l'aménagement d'un cours d'eau à truites, il faut faire des accommodements pour améliorer la qualité de sa faune.

     C'est probablement la hausse de la température de l'eau en aval par suite du déboisement en amont qui a rendu le pêcheur de truite conscient de l'importance de cette température. Mais cette dernière n'est pas le seul facteur, il y a aussi la teneur en oxygène, qui est d'autant plus levée que l'eau est froide et qu'elle est agitée par des chutes, les cascades, les rapides ou les clapotis.

     La teneur en oxygène s'abaisse en été autour des roches émergeantes en eau lente et basse. On peut y remédier en aménageant un petit barrage qui permette de submerger les roches et de créer une petite chute, qui réoxygène l'eau et prolonge la productivité du cours d'eau.

     On s'imagine souvent qu'un cours d'eau à truite est nécessairement ombragé. Mais si l'on suit un ruisseau vers sa source en flanc de montagne, à l'occasion, on s'aperçoit qu'il s'élargit. Son eau s'écoule en partie dans son lit rocailleux, tandis que les racines des arbres et arbustes qui le bordent, en absorbent plus que les sources en fournissent.

     Le feuillage des arbres en bordure du cours d'eau est envahi par des sub-imago d'éphémères qui s'y transforment, mais les feuilles surplombant l'eau ne servent pas de refuge aux insectes terrestres qui pullulent dans les graminées et autres herbacées des berges. Les feuilles d'arbres et les herbacées ont donc un rôle différent. Il y a une autre différence entre un cours d'eau en pleine forêt et un autre en prairie, c'est leur ensoleillement relatif. Il est possible d'améliorer la pêche dans un cours d'eau en abattant des arbres en certains points des berges et en y semant des herbacées, lesquelles abritent plus d'insectes dont les truites se nourrissent, et ce, pendant plus longtemps. Toutefois, même si ce surcroît d'ensoleillement peut favoriser la multiplication et la croissance de la truite, il peut diminuer la zone de pêche en période d'étiage.

     Dans un cours d'eau, les fosses différent l'une de l'autre. Elles sont jolies, mystérieuses et offrent des points intéressants de lancer. Mais il ne s'y trouve pas autant de truites que dans les cirés. C'est que la truite a un instinct naturel de protection de son territoire. Mais il semble que les retraites soient, pour elle, moins importantes que beaucoup d'espace, d'où le plus grand nombre de truites dans les cirés, particulièrement à l'approche du froid. Il y a plusieurs retraites dans une grande nappe d'eau, mais une bonne retraite peut manquer d'espace. C'est pourquoi il y a souvent plus de truites dans les cirés que dans les fosses.

     La nourriture est abondante dans les rapides ensoleillés. Les imagos de plusieurs des éclosions d'éphémérides se rassemblent au-dessus de ces eaux rapides et tumultueuses et elles y tourbillonnent. Dès qu'un pêcheur aperçoit une concentration d'imagos d'un rapide, il ferait bien de se diriger vers un large ciré en aval, car il peut prévoir de bonnes chances de capturer une belle truite.

     Le pH de l'eau influe sur sa teneur en substances nutritives. Les truites, les insectes et le zooplancton sont plus abondants dans les eaux alcalines que dans les eaux acides. Dans ces dernières, ne peuvent survivre les crevettes et les écrevisses.

     Le menu de la truite est fort varié et elle gobe ce qui est le plus abondant. C'est ainsi que la nature la porte à négliger les espèces menacées d'extinction.

     Vu que la pêche à l'appât cause souvent, chez les truites capturées, des blessures fatales, la pêche à la mouche, qui permet d'accrocher la truite par le bord de la gueule, d'en décrocher facilement l'hameçon et de grâcier la truite, est de beaucoup plus sportive. Par suite, les cours d'eau dans lesquels la pêche à l'appât est interdite, deviennent souvent des refuges de truites où les géniteurs peuvent devenir plus nombreux.

     Pour le pêcheur sportif, la qualité de la pêche prime sur le nombre de prises et le rapport des permis de pêche. Par exemple, vous êtes en train de pêcher à la tombée du jour, alors que les imagos s'abattent à la surface de l'eau. Une belle truite s'élance hors de l'eau pour gober un insecte et plonge en causant de grands cercles à la surface du ciré. Vous avancez prudemment à bonne portée pour lancer une imitation fixée à un bout d'avançon de grosseur 3X. La truite saute presque à chaque minute. Vous lancez, la mouche touche l'eau et dérive lentement. Comme la truite n'a pas mordu, vous reprenez le lancer avant qu'elle ne gobe une autre éphémère. Puis, vous voyez la truite s'approcher de la surface et de votre mouche, vous relevez le scion de votre canne jusqu'à ce que vous sentiez de la résistance, vous l'amenez doucement à vous et voilà une belle prise. C'est de la pêche de qualité, même si la truite réussit à se décrocher.

     Pour le pêcheur à la mouche, son sport est plutôt paradoxal. Il consiste à capturer du poisson, mais pas trop facilement; à faire de grosses prises, mais pas toutes de même taille; à détester voir des truites lui échapper, mais sans tenir à amener à lui toutes les truites qu'il réussit à piquer. Le succès consiste à atteindre une certaine satisfaction personnelle en surmontant les difficultés.
PÊCHE DE CHOIX DE TRUITES VIGOUREUSES

référence

» par Hervé et Claude Bernard
» Atossement Votre, Hiver 1984.
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