La Compagnie Orvis

     Dans une série de deux articles, nous couvrirons brièvement l'histoire de la compagnie de Charles F. Orvis. Ce premier article rappelle la fondation de la compagnie et son règne sous Charles Orvis. Le prochain traitera de l'évolution de cette compagnie dans les temps modernes.

La Compagnie Orvis
     Il y a vraiment deux traditions dans l'histoire Orvis : l'histoire de la compagnie elle-même et l'histoire de la Battenkill, une rivière qui traverse les vallées du Vermont. Les deux ont assuré la vocation et l'inspiration de Charles Orvis. Celui-ci y péchait effet il y a plus de 150 ans.

     Après quelques générations d'Orvis, Charles est né en 1831 à Manchester, au Vermont. Il était le quatrième enfant de Levi Orvis et d'Electa Purdy. Intelligent, habile et guidé par ses longues journées de pêche et de chasse, Charles démontrait déjà de l'enthousiasme et une habileté remarquable pour les travaux manuel; comme l'ingénierie. Les sports de plein air tiraient aussi particulièrement et, dès son adolescence, il construisait lui-même ses perche (en bois) et en fournissait à quelques-un; ses amis.

     Charles et son frère Franklin se sont dirigés tôt dans l'hôtellerie. Franklin ouvrait l'Equinox House en 1853 et, en 1861, Charles le suivi sur cette voie avec l'Orvis Motel. Ses débuts comme hôtelier ont ranimé son intérêt ainsi que la demande pour des accessoires de pêche de qualité.

     Déjà, en 1856, Charles Orvis avait fondé la CF. Orvis Company. Bientôt la compagnie s'afficha comme un leader dans la fabrication de cannes (en bois) de même que pour la qualité de son département de montage de mouches. Après plusieurs tentatives d'établir des sous-contrats, la compagnie mit en effet sur pied son propre département de montage de mouches qui, par la suite, fut dirigé par Mary Orvis Marbury, la fille de Charles.

     À la fin du présent siècle, la firme connut un essor considérable. Les gens fortunés profitaient du développement incroyable des chemins de fer pour aller explorer de nouveaux lacs et de nouvelles rivières. Pionnier, Orvis utilisa dès le début la vente directe, mais aussi la vente par catalogue.

     Orvis n'était pas seul dans ce domaine. Miram Léonard, Chubb et l'ensemble des compagnies anglaises représentaient des compétiteurs féroces. Ils forcèrent d'ailleurs Orvis à se lancer dans la production de perches de bambou, ce qu'il fit après 1876. La contribution principale de Charles Orvis fut plus philosophique que matérielle. Il fut un précurseur grâce à la qualité de ses produits (on dirait aujourd'hui aux normes ISO) bien plus pour ses innovations technologiques. Chaque perche expédiée devait être inspectée par lui et le client recevait, lorsqu'il y avait des problèmes, une attention particulière.

     En 1874, Orvis enregistra un brevet pour le moulinet Orvis 1874 encore appelé le « Click ». Ce moulinet, de forme nouvelle, permettait le séchage de la ligne et son comportement était idéal pour le pêcheur. Même si plusieurs chroniqueurs de l'époque le lui avaient suggéré, Orvis ne produisit pas de version de ce moulinet pour le saumon. De plus, en 1883, il se permit d'éditer un livre, « Fishing with Fly, Sketches by Lovers of the Art », qui eut un retentissant succès (plus de quatre éditions).

     La qualité et la diversité des mouches produites par l'atelier de montage Orvis font également partie de son grand succès. Mary Orvis Marbury contribua fortement elle aussi à l'essor de la firme. Son livre, « Favourite Flies and their Histories », est même un monument dans la documentation sportive.

     Il est intéressant de mentionner que Charles Orvis considérait les femmes et les filles comme d'excellents clients potentiels : « If they could play tennis and golf, she could cast to rising troutand salmon ». Charles décéda en 1915 et sa compagnie fut gérée pendant un bon moment par ses fils, Robert et Albert.

     Cette entreprise de produits de luxe fut cependant durement touchée par la crise à partir de 1929. En 1939, elle ne compte plus que sur deux ou trois loyaux employés. Les hôtels furent aussi perdus. En 1939, la CF. Orvis Company fut rachetée par un groupe d'investisseurs. Mous verrons, dans un prochain article, sa renaissance dans les temps modernes.

La Compagnie Orvis (suite)

     Dans les années trente, période de récession, le nom Orvis faillit bien disparaître pour toujours, n'eût été du leadership de Dudley Corkran, un golfeur et sportif qui racheta ce qui restait de la compagnie 1939, soit principalement un nom représentant qualité et innovation.

     L'une des premières actions de Dudley Corkran a été d'engager Westley Jordan, un vétéran dans la fabrication de cannes qui avait notamment travaillé à la South Bend et à la Cross Road Company. Jordan allait s'y plaire pour le reste de sa vie chez Orvis puisqu'il retrouva au sein de cette compagnie ses propres orientations philosophiques. Au fil des années, Westley Jordan amena les cannes Orvis à un grand degré de perfection. Plusieurs autres, de façon ponctuelle, assistèrent Jordan, notamment Pinky Oillium et George Halstead.

     La grande qualité de la fabrication de ses produits et puis la venue de la seconde guerre mondiale amenèrent la compagnie à un grand succès, succès qui se poursuit aujourd'hui. En effet, la guerre relança l'entreprise. Dès l'annonce de l'entrée en guerre par les États-Unis, le gouvernement américain commanda à Orvis un grand nombre de pôles de ski (camouflage blanc) en bambou. Un autre produit également en grande demande à cette époque fut l'originale « Orvis Minnow Trap ». Le piège en verre pour capturer le poisson appât était en grande demande puisque la peur des sous-marins avait provoqué l'augmentation de la pêche commerciale en eau douce, notamment tout au long du Mississippi. Ce piège en verre était particulièrement difficile à manufacturer, mais encore bien plus difficile à emballer lorsqu'il s'agissait de l'expédier par la poste !

boutique salmo nature
Orvis Minnow Trap
     À la fin du conflit mondial, plusieurs vétérans ont été engagés par Orvis pour augmenter la production et les nouveaux produits. À ce moment, Orvis lança notamment le Orvis 100 ainsi que la boîte de mouches « magnétiques ». Mon seulement Corkran sauva la compagnie de l'oubli mais il construisit un nouveau magasin adjacent à la production pour fêter le centenaire d'Orvis en 1956.
  
     À ses 70 ans, Corkran abandonna le contrôle de la compagnie à Leigh Perkins qui la baptisa The Orvis Company Inc. Sous Perkins, nombre de produits connurent une grande croissance et dans plusieurs directions, notamment dans les armes à feu. C'est sous sa gouverne que démarra la fameuse école Orvis.

    Depuis la fin des années soixante, grâce à des ententes fermes et précises, Orvis permet à des particuliers d'ouvrir des boutiques portant le nom Orvis. Mais les temps changent, et bientôt la conservation devient tout aussi importante que le nombre de captures « tuées ». En avance sur son époque, Orvis devient la première organisation du genre à soutenir et à encourager le catch and release et fonde notamment le « Record Release Class ».

     En 1974, Orvis a vent d'un nouveau produit potentiel pour la fabrication d'articles de sport, le graphite. De plus, Orvis connaît beaucoup de difficulté à s'approvisionner en bambou, au point où la production est ralentie. Perkins décide donc d'investir et de pousser à fond la recherche et le développement pour les cannes en graphite. Howard Stead prend alors la direction de la recherche et, avec l'aide des compagnies Celanese et Union Carbide, Orvis peut présenter sa première collection de cannes en graphite au printemps 1975.

     La production de mouches a toujours continué de progresser. En 1978, à la demande d'un de ses directeurs, Dick Withney, Orvis publie son Index of Fly Pattern. Ce cahier est conçu de façon à permettre l'insertion de planches additionnelles. Un supplément est ensuite produit en 1980. Parmi les dernières innovations d'Orvis, les waders « no sweet », la canne trident avec « maximum vibration réduction », la garantie sur les bottes « waders », etc.

     Depuis quelques années, nous avons la chance d'avoir quelques boutiques Orvis au Québec.

références

» Texte et photos : Pierre Provencher.
» Photo Salmo Nature Dam Grimard.
» Les photos sont tirées de The Orvis Story, par Austin Hogan et Paul Schullery, 1980.
» Salmo Salar #43, Été 1996.
» Salmo Salar #44, Automne 1996.
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