Les Catskill; Berceau des moucheurs par Jacques Juneau

     De nos jours, la pêche à la mouche connaît, au Québec, un essor formidable et ses adeptes se distinguent dans la pratique de cet art. Mais cela n'a pas toujours été ainsi. Au début du siècle, c'est en Angleterre qu'il faut se déplacer pour y découvrir l'origine des rudiments de ce sport.

    Bien qu'à cette époque les Américains du nord des États-Unis s'éveillent égaIement à la capture de salmonidés à l'aide d'une artificielle, ce n'est que vers les années 50 que leurs connaissances franchissent nos frontières. C'est alors le départ pour nous, Québécois, d'un cheminement vers la réussite.

    Mais si ces pionniers américains ont su nous transmettre leur savoir et leur passion pour ce sport, il est un autre héritage inestimable qu'ils ont su préserver et qui est le théâtre, depuis des générations, des efforts de ces pêcheurs à maîtriser cette activité, symbole de raffinement et d'élégance. Il s'agit des rivières des monts Catskill, ces joyaux halieutiques où la truite brune y est présente depuis plus de cent ans et où l'on retrouve d'impressionnantes éclosions d'insectes aquatiques. Je vous invite donc à venir découvrir ce paradis des pêcheurs à la mouche.

Une région unique

Les Catskill; Berceau des moucheurs
     Le Catskill State Park existe depuis 1885. C'est une région montagneuse de 650 000 acres, recouverte de forêts de feuillus qui n'ont à peu près pas connu la hache du bûcheron. Au cœur de ces paysages magnifiques, coulent des rivières aux eaux froides et limpides. Elles dévalent les montagnes en cascades et rapides, formant d'accueillants bassins pour les truites brunes et arc-en-ciel.

    Même si le secteur des Catskill n'est situé qu'à environ 160 kilomètres de la ville de New York, cet environnement n'a rien de comparable avec la «jungle» urbaine. Ici, tout est calme et serein. Les auberges et les hébergements touristiques y sont construits en harmonie avec la nature et les maisons, pour la plupart en bois, reflètent bien l'esprit de conservation des valeurs anciennes dont est empreinte cette région unique.

    Dans cet univers de début de siècle, il est facile d'y imaginer ces générations de moucheurs faisant inlassablement virevolter leurs soies au-dessus de leurs têtes. De fait, les rivières des Catskill sont le berceau de la pêche à la mouche. C'est là, sur la rivière Beaverkill, que Théodore Gordon adapta la mouche sèche aux rivières d'Amérique, il y a maintenant cent ans: Et que l'on pense aux mouches classiques comme la Quill Gordon, l'Hendrickson, la Light Cahill et la Cross Special, pour ne nommer que celles-là. Toutes ces artificielles sont liées à de grands noms de moucheurs qui fréquentaient assidûment ce cours d'eau.

    Les rivières des Catskill se regroupent en deux réseaux, formant ainsi deux régions bien distinctes et accessibles à la pêche sportive. Le plus important réseau, qui offre un parcours d'environ 210 kilomètres, comprend la rivière Delaware et ses tributaires, reconnus pour la quantité prodigieuse de truites qui l'habitent, la Beaverkill, renommée pour son cachet folklorique et romantique, et la Willowemoc. Le second, plus modeste, regroupe les rivières Schoharie et Esopus.

La Beaverkill

     C'est sur cette rivière, la première où fut ensemencée la truite brune en Amérique du Nord, qu'est née la pêche à la mouche. La Beaverkill prend sa source vers le sommet des montagnes, et coule sur une distance de 72 kilomètres avant de rejoindre sa grande sœur, la Delaware. Les 32 derniers kilomètres de son parcours sont cependant les plus prolifiques et les plus invitants pour le pêcheur à la mouche.

    Rivière d'eau claire et transparente possédant un système écologique propice à d'abondantes éclosions d'insectes aquatiques, la Beaverkill abrite une impressionnante population de truites brunes dont la longueur moyenne se situe de 25 à 38 centimètres (10 à 15 po) et, parfois, de 46 à 61 centimètres (18 à 24 po). Ici, comme dans toutes les autres rivières des Catskill, la plupart des pêcheurs remettent volontairement leurs captures à l'eau. Une action très salutaire pour une rivière qui reçoit d'aussi importants ensemencements de soutien, en plus de posséder une très bonne reproduction naturelle.

     D'ailleurs, celle-ci comporte deux zones spéciales de «No kill », c'est-à-dire de remise à l'eau obligatoire. Du village de Roscoe, la vieille route 17 longe la Beaverkill sur une distance de 32 kilomètres, en direction de la Delaware. C'est là que l'on retrouve les meilleures fosses. On en dénombre 17, bien identifiées et situées près de stationnements bien aménagés. Les quelque huit fosses qui se retrouvent à l'intérieur des zones spécialement réglementées sont les plus fréquentées; de par leurs grandes dimensions, elles peuvent cependant supporter un nombre impressionnant de moucheurs.

     Parmi les fosses les plus célèbres de la Beaverkill, mentionnons la Hendrickson Pool, une splendide fosse d'eau rapide qui renferme de gros géniteurs et dont le caractère historique lui confère un attrait irrésistible; la Cairn’s Pool, longue et foisonnante de truites brunes, à visiter en soirée au moment des éclosions, alors que le nombre de ronds de gobages est  étourdissant; l'Acid Factory Run et la Cemetery Pool, deux sites fréquentés par les amateurs de grosses brunes; et la Junction Pool, fosse profonde formée par la rencontre des rivières Willowemoc et Beaverkill. Située dans le village de Roscoe, cette dernière était, dans les années 50, le rendez-vous des personnalités locales dans le monde de la pêche à la mouche, dont les Flick, Darbee et Dette n'étaient pas les moindres.

La Willowemoc

     Prenant sa source dans les montagnes, la rivière Willowemoc coule sur une distance de 42 kilomètres avant de rejoindre la Beaverkill à Roscoe. Jadis reconnue comme rivière à truites mouchetées, le New York State Department of Environmental Conservation déploie des efforts constants pour ramener cette rivière à sa vocation originelle.

    De dimensions plus réduites que la Beaverkill, la Willowemoc est une rivière d'eau rapide comportant de petites fosses. En amont, on y retrouve de la truite mouchetée introduite au moyen d'ensemencements, tandis que les truites brunes en fréquentent la section en aval. Cette rivière supporte également une reproduction naturelle qui offre des truites aux coloris remarquables. La route 17, qui longe la rivière de Roscoe à Livingston Manor, permet d'accéder facilement à cette portion la plus productive de la rivière. Les rapides de ce cours d'eau s'avèrent idéals pour y pêcher à la nymphe et à la mouche noyée.

La Delaware

La Delaware
     Prenant sa source dans les montagnes avoisinantes, la rivière Delaware, avec ses deux branches et le déversement important qu'elle reçoit des rivières Beaverkill et Willowemoc, est la plus grosse rivière des Catskill et en représente le bassin le plus prolifique en salmonidés.

    Sur chacune de ses branches, un réservoir a été aménagé afin d'alimenter en eau potable la ville de New York, contribuant par le fait même à maintenir le niveau et la température de l'eau en aval des barrages. Ces conditions idéales créent un milieu exceptionnel pour les salmonidés en rivière. Ainsi, une population phénoménale de truites brunes et arc-en-ciel, estimée à 2 500 poissons par mille de rivière, et dont la longueur moyenne atteint de 28 à 35 centimètres (11 à 14 po), évolue dans la branche ouest de la rivière. La ramification est, de sa jonction avec la Beaverkill jusqu'au réservoir Pepacton plus en amont, renferme également une forte population de truites brunes.

    À Hancock, les deux bras de la rivière se rencontrent pour former la grosse rivière Delaware. Celle-ci double alors de volume et devient un cours d'eau imposant qui coule en direction de Callicoon. Entre ces deux municipalités, la Delaware offre une qualité de pêche acceptable tout le long de ses 27 kilomètres qui forment la frontière entre l'État de New York et la Pennsylvanie.

    La plupart de ses rives étant de tenure privée, l'accès en est cependant difficile. On devra préférablement emprunter l'un des trois accès publics situés au pont Kellam près de Hankins, à Long Eddy ou à Lordville.

La branche ouest de la Delaware

     C'est sans contredit le segment ouest de la Delaware qui mérite notre faveur. Large et permettant des déplacements faciles, cette rivière abrite également des fosses bien oxygénées par un débit rapide d'eau froide et propice à d'abondantes éclosions. En période d'activité, c'est par centaines que les truites brunes et arc-en-ciel marsouinent à la surface des fosses. Ces moments privilégiés laissent alors place à un spectacle saisissant, orchestré par les longues soies des moucheurs.

    La partie en amont du réservoir Cannonsville coule dans un décor champêtre des plus romantiques. De Walton à Delhi, et en poursuivant vers Stamford, on retrouve plusieurs accès publics aménagés le long de la route 10 nord sur une distance de 48 kilomètres. Les sites près des villes et des villages sont plus fortement ensemencés, tandis qu'on retrouve des truites indigènes en retrait des secteurs habités. Ici, la pression de pêche est moins importante que sur la section en aval du réservoir, les éclosions sont de qualité et les fosses, de grandeur raisonnable. De plus, quelques portions de rivière sont réservées uniquement pour la pêche à la mouche.

    La section en aval du réservoir est l'endroit idéal pour le pêcheur à la mouche, et la plus prolifique de toutes les rivières des Catskill. De Deposit, sis au pied du barrage, jusqu'à Hancock, l'autoroute 17 longe la rivière sur environ 24 kilomètres, mais n'offre cependant que trois sorties pour y accéder. Trois stationnements publics sont aménagés aux ponts de Hale Eddy et de Hancock ainsi qu'à Deposit, Du côté de l'État de la Pennsylvanie, plus précisément à Ball's Eddy, le Pennsylvania Fish Commission Access Area met son terrain de stationnement et son aire de pique-nique à la disposition des pêcheurs. La descente en canot de cette section de rivière vous permet de découvrir des fosses très peu fréquentées, là où cherchent refuge les grosses truites de 46 à 61 centimètres (18 à 24 po).

La branche est de la Delaware

     La branche est de la Delaware est essentiellement peuplée de truites brunes qui habitent des bassins plus profonds et au courant plus lent que la Beaverkill. La température de l'eau y  est constante, même au temps de la canicule, puisqu'elle reçoit constamment de l'eau froide en provenance du réservoir. À son point de jonction avec la Beaverkill, on peut y capturer de gros sujets, surtout en juin au moment où l'eau de la Beaverkill se réchauffe, diminuant la qualité de pêche de cette dernière. Cette portion de la Delaware est bordée par la route 30 qui offre de nombreux accès publics.

    En amont du réservoir Pepacton, de Margaretville jusqu'au village de HaIcotsville, cette section de la rivière offre une bonne qualité de pêche et abrite des truites de 30 à 38 centimètres (12 à 15 po). En saison de migration, les fosses plus profondes de Margaretville reçoivent de très gros géniteurs en provenance du réservoir, ceux-ci se dirigeant vers les frayères plus en amont. À Kelly Corner et Arkville, les eaux de la Batavia Kill et de la Busk Kill viennent doubler le volume de celles de la Delaware qui coule en direction du réservoir.

    En aval du réservoir de Downsville, à sa jonction avec la Beaverkill, l'eau demeure particulièrement froide, constituant un milieu aquatique idéal pour les salmonidés. Cette portion de la rivière est bordée par la route 17 jusqu'à Hancock, là où les deux branches de la Delaware se rejoignent. A partir de ce point de rencontre, l'eau se réchauffe un peu et les vastes fosses de 60 à 90 mètres (200 à 300 pi) de largeur hébergent quelques arc-en-ciel et de très belles brunes. Ces grandes fosses abritent surtout des géniteurs et, au printemps, elles accueillent d'importantes montées d'aloses de 1 à 1,3 kilos (2 à 3 lb).

L'Esopus Creek

     Située au cœur des Catskill, cette petite rivière aux fosses à courant modéré et aux eaux cristallines coule en région montagneuse dans un paysage grandiose. L'Esopus prend sa source dans le lac Winnisock et se déverse en direction de Big Indian. Ce trajet offre cependant un accès très limité et des possibilités de captures de quelques mouchetées, de brunes et d'arc-en-ciel.

    À partir de Big Indian jusqu'à Boiceville, située à l'entrée du réservoir Ashokan, la route 28 borde la rivière sur une distance de 19 kilomètres, secteur des plus prolifiques où la population de truites est estimée à environ 100 000. La portion comprise entre Big Indian et Allaben offre à elle seule 6 kilomètres de fosses tranquilles qui renferment une abondante population de brunes et d'arc-en-ciel. A Allaben, la rivière reçoit un impressionnant surplus d'eau en provenance d'un tunnel souterrain de 29 kilomètres de longueur, le Shandaken Portal, qui sert de relais entre les réservoirs de la Schoharie et de l'Esopus. À cet endroit, le cours d'eau devient large d'environ 30 mètres (100 pi) et forme de très belles fosses pour la pêche à la mouche. Ce déversement contribue également à rafraîchir l'eau lors de la canicule.

    En plus de recevoir des ensemencements annuels, l'Esopus possède une capacité de reproduction exceptionnelle, évaluée à 11 000 truites par mille de rivière à chaque année. Par surcroît, chaque printemps, l'Esopus accueille de très gros géniteurs en provenance du réservoir Ashokan, ainsi que des truites arc-en-ciel de 1 à 2,4 kilos (2 à 5 lb) en route vers un tributaire propice à la reproduction. Certains de ces poissons séjournent une ou deux années en rivière avant de retourner dans le réservoir. Avril et mai sont les meilleurs mois pour capturer ces arc-en-ciel. À l'automne, c'est au tour de grosses brunes de 4,5 à 7 kilos (10 à 15 lb) d'y venir faire leur tour. De toute façon, d'avril à novembre, le pêcheur peut y faire valser ses mouches à sa guise.

La Schoharie Creek

     Prenant naissance à Tannersville, la Schoharie Creek coule sur une distance de 42 kilomètres jusqu'au réservoir Schoharie. Cette rivière n'a pas l'ampleur de ces consœurs, la Beaverkill et la Delaware, par contre sa fréquentation est moins importante et des secteurs sont réservés pour la pêche à la mouche.

    De Hunter à Prattsville, en passant par Lexington, la rivière est publique et accessible par la route 23 A. Essentiellement une rivière à truites, la Schoharie Creek reçoit annuellement un ensemencement de 15 000 truites, en plus de posséder une abondante population de truites indigènes.

Les éclosions

     On ne peut évidemment pas parler des rivières des Catskil1 sans aborder le thème des éclosions d'insectes aquatiques. Bien que celles-ci s'avèrent sensiblement les mêmes, certaines éclosions prédominent d'une rivière à l'autre. Le défi du pêcheur à la mouche étant de plaire à la truite en lui présentant l'artificielle qui ressemble le plus à l'insecte dont elle se nourrit, il est donc de première importance de pouvoir les connaître. Une fois le menu identifié, une présentation délicate de l'offrande et un bas-de-ligne fragile viendront compléter le «service»; n'oublions pas que dame truite est sélective et capricieuse!

Éclosions de la Beaverkill

1- BLUE QUILL (Paraleptophlebia adoptioa)

     Ephémère délicat au corps d'un brun rougeâtre, cet insecte apparaît sporadiquement vers la mi-avril, connaissant une éclosion timide vers l'heure du midi, période la plus chaude de la journée. Les éclosions sont cependant irrégulières, dépendant des niveaux variables des cours d'eau au printemps.

    La meilleure imitation du subimago (Dun) est sans doute la Red Quill #18, un montage classique d'Art Flick que l'on retrouve partout sur les rivières des Catskill. L'insecte au stage imago (Spinner) joue également un rôle très important lors de ces éclosions. Une petite Rusty Poly-Winged Spinner #18 ou 20 fait alors toute la différence.

2- QUILL GORDON (Epeorus pleuralis)

     Bien qu'on ait longtemps vanté les mérites de cette éclosion, cet insecte ne joue pas un rôle de premier plan sur la Beaverkill. Selon les années, les éclosions se produisent de la fin d'avril au début de mai. Les montages traditionnels que nous a laissés Théodore Gordon sont encore les meilleures imitations. Idéalement de grosseurs #12 et 14, ces artificielles doivent «pêcher» haut à la surface; on ne lésinera donc pas sur la qualité du hackle lors de leur montage.

3- BLUE-WINGED OLIVE (Baetis oagans, Pseudocloeon carolina, Ephemerelia cornuta, Ephemerella attenuata)

Ces petits éphémères extrêmement prolifiques servent de nourriture à la truite lorsque les gros éphémères se font plus rares. Les éclosions, abondantes et prolongées, s'étalent de la fin avril à la fin juin, et de la fin d'août au début de novembre. Le pêcheur à la mouche qui fréquente les Catskill se doit donc de posséder quelques imitations de ces insectes.

    Les appellations de Blue-Winged Olive et de Sulphur regroupant plusieurs types d'éphémères dans les teintes de vert, il devient donc difficile d'imiter ces éclosions. Je les recommande donc à ceux qui tendent vers le perfectionnisme, en privilégiant des hameçons #14 à 20.

4- HENDRICKSON (Ephemerella subvaria)

     La plus belle éclosion d'éphémères que l'on rencontre sur la Beaverkill est sans contredit celle de l'Ephemerella suboaria, baptisée Hendrickson. Ce n'est pas sans raison qu'une des meilleures fosses porte ce nom célèbre et que tant d'auteurs lui rendent hommage.

    La période d'éclosion de cet insecte débute à la fin d'avril, et se poursuit durant deux semaines. L 'Hendrickson au corps de couleur rosée est le montage classique qui imite l'insecte femelle, tandis que la Red Quill représente l'insecte mâle. Ces deux montagnes sont extrêmement populaires dans les grosseurs #14 et 16.

5-MARCH BROWN (Stenonema vicarium)

     Cet éphémère de bonne dimension, qui apparaît à la mi-mai, émerge difficilement de son enveloppe nymphale. Il représente donc une proie facile pour la truite brune. Aussi, les artificielles «Soft hackle» sont les plus couramment employées pour tromper la truite lors de ces éclosions. La March Brown Spider, montée sur un hameçon #12- 4X long, est le montage recommandé par Walt Dette, célèbre moucheur qui, durant plus de 50 ans, a perfectionné son art du montage de mouches avec un raffinement sans égal.

6- GREEN DRAKE (Ephemera guttulata)

     Le plus gros éphémère de ces rivières, l'Ephemera guttulata, fait son apparition la troisième semaine de mai et les éclosions, les deuxième en importance sur la Beaverkill, se poursuivent jusqu'à la deuxième semaine de juin. C'est l'insecte au stade imago (Spinner) qui attire le plus la truite et son imitation est connue sous le nom de Coffin Fly. Le montage d'Harry Darbee, au corps en poils de chevreuil taillés, fonctionne également à merveille. Ces imitations se pêchent au crépuscule.

7- ISONYCHIA(Isollychia sadleri ou bicolor)

     De moindre importance sur la Beaverkill, cette éclosion se produit du début de juin au début de juillet, soit après la période d'activité intense qui a précédé sa venue. Les nymphes de bicolor émigrent en quantité importante vers les roches, y grimpent et éclosent à l'extérieur de l'eau. Pour le moucheur, c'est peut-être alors la meilleure occasion de pêcher à la nymphe.

Les plécoptères (Stonefly), et particulièrement les variétés de grosse dimension et de couleur brune, comptent également parmi les éclosions que connaît la Beaverkill. Ces insectes apparaissent vers la fin juin, tard en soirée. Nombre d'insectes terrestres fréquentent également ce cours d'eau, et particulièrement lors de la canicule.

Les éclosions de la Delaware

     La branche ouest de la Delaware bénéficie de conditions exceptionnelles. Ses eaux froides, teintées brunâtres mais transparentes et au niveau régulier, en font un système écologique des plus propices pour les éclosions de phryganes et, de façon plus modeste, d'éphémères et de plécoptères, et permettent une qualité de pêche près de sept mois par année. Durant les meilleurs jours de la saison, soit en mai et juin, il n'est pas rare de voir des centaines de truites brunes et arc-en-ciel se nourrir de ces insectes et cela, à toute heure du jour.

     Dès le début avril, on y retrouve des éclosions de petites phryganes noires (Chimarra) et de plécoptères noir et brun {Taeniopterux}, La Grammom (Bracnucentrus), une phrygane aux ailes mottelées de brun et de gris et au corps gris noir, ainsi que d'autres phryganes aux ailes pâles et au corps vert pomme y abondent également durant toute la saison. La Catskill Adams et la Delaware Caddis sont deux imitations très populaires de ces insectes sur la Delaware. Une bonne imitation de Grammom est la Delta Wing Caddis, une création de Larry Solomon, également très recommandée lors d'éclosions de phryganes. En juin, alors que la nymphe de Pleronarcys dorsata fait son apparition, une imitation de ce gros plécoptère sur hameçon #4, 4 X long s'avère alors très à-propos.

    Les eaux de la branche est de la Delaware étant beaucoup plus lentes, ce milieu est propice à l'éclosion d'éphémères fouisseurs comme Ephemerella guttulata. Si, en juin, vous pêchez la Beaverkill, dirigez-vous à la jonction de la Delaware. A cet endroit, les éclosions de cet insecte surabondent.

Éclosions sur les autres rivières

     Pour ce qui est de l'Esopus Creek, celle-ci étant de configuration similaire à la Beaverkill, on y retrouve donc les mêmes éclosions. L'lsonychia, un éphémère d'eau rapide, connaît également d'importantes éclosions sur cette rivière. La Dun Variant, une création de Flick, imite bien cet insecte.

    La Schoharie, pour sa part, possède une gamme intéressante d'éclosions d'insectes aquatiques. Art Flick y a recueilli des données sur ceux-ci et il nous les communique dans son fameux livre «Streamside Guide to naturals and their imitations ». On y retrouve la Quill Gordon, l'Hendrickson, la March Brown et la Light Cahill, imitation d'un éphémère jaunâtre particulier à la Schoharie et qui fait son apparition au crépuscule vers la fin mai. Un montage classique #12 est alors de circonstance. Epheinerella guttulata et les autres éphémères d'eau lente sont peu présentes sur cette rivière. Par contre, l'Isonychia: y joue un rôle important dans les éclosions; votre imitation de cet insecte doit flotter bien haut à la surface, surtout en eau rapide.

     Plus que toutes les autres rivières des Catskill, la Schoharie est sensible aux précipitations; ses crues importantes influencent son système écologique. Ainsi, la qualité de ses éclosions est déterminée par l'érosion qu'elle a subie lors des années antérieures. Sans être une grande rivière, la Schoharie recèle de belles truites et la pression de pêche n'y est pas marquante.

Derniers mots

     Un voyage dans les Catskill, ce berceau de la pêche à la mouche, c'est une aventure inoubliable, et à moins de 480 kilomètres au sud de Montréal! Alors si l'envie vous prend de partir, voici la route qui vous y mènera. Prenez l'autoroute 87 en direction d'Albany, empruntez la sortie 21 à Catskill puis la route 23 A qui vous amènera au cœur de ce territoire.

     Si votre destination première est la rivière Beaverkill, poursuivez sur la route 87 jusqu'à Kingston. De là, dirigez-vous vers la route 209 qui vous mènera à l'autoroute 17 et empruntez cette dernière jusqu'à Roscoe. Lors de votre passage dans cette municipalité, ne manquez pas de faire un arrêt au musée «Castkill Fly Fishing Center». En plus d'y découvrir les précurseurs de ce noble sport qu'est la pêche à la mouche, vous pourrez y recueillir une mine d'informations qui faciliteront et agrémenteront votre voyage dans les CatskiIl.

     Durant les mois d'avril, mai et juin, M. Walt Dette offre un service d'information téléphonique. Alors, si vous désirez connaître le niveau des rivières, les éclosions et les détails pertinents en prévision de votre séjour de pêche dans les Catskill, communiquez avec ce dernier au (607) 498-5350.

     Un voyage dans les Catskill, c'est plus qu'une expérience de pêche inoubliable. C'est un retour aux sources, au cœur même d'un territoire qui se situe hors du temps.

Références

» Texte & Photos: Jacques Juneau (1988).
» Magazine Sentier Chasse & Pêche.
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