Une pourvoirie pas comme les autres par Gérard Bilodeau

     «Avez-vous vu la belle truite qui vient de sauter par-dessus ma mouche?», m'exclamai-je à l'endroit de mes deux compagnons de chaloupe. Ne voulant surtout pas être en reste devant leur mine incrédule.

Une pourvoirie pas comme les autres
     Je me mis en tête de leur prouver qu'il y avait bel et bien, peut-être pas une grosse, mais enfin une truite de taille respectable là-bas, non loin des grandes herbes en bordure du chenal. Au premier lancer, un léger coup de vent imprévu fit tomber la mouche à côté de la cible. Je récupérai lentement malgré tout, au cas où... Aucune truite, pas même une petite, ne monta sur mon artificielle. Au lancer suivant, la petite Muddler Minnow se déposa exactement à l'endroit désiré. Aussitôt, «ma» truite se rua sur la mouche. Je la ferrai promptement.

     Après un combat que seule une mouchetée peut offrir, je graciai cette «grosse» truite dodue aux riches coloris dont la longueur faisait plus de 12 pouces (30 cm). Cette capture et le plaisir qu'elle a procuré furent à l'image de ce que mes compagnons et moi avons vécu au cours de ce mémorable après-midi du mois d'août dernier. Suivant les conseils judicieux de Dave Craig, André-A Bellemare et moi nous sommes amusés comme des petits fous sur le lac Caribou, à capturer à la mouche, avec de l'équipement léger, des truites étonnamment actives malgré la chaleur et le soleil accablant qui avait prévalu durant les semaines précédant notre visite au club le Manoir Brûlé, situé sur les terres du Séminaire, non loin de Québec.

UN PEU D'HISTOIRE

     Avant de vous présenter cette pourvoirie un peu hors de l'ordinaire, je vous propose de faire plus ample connaissance avec le territoire sur lequel est situé le club Manoir Brûlé.

     Qui n'a pas entendu parler des terres du Séminaire? Ce seul nom évoque dans l'esprit de bien des pêcheurs québécois le souvenir ou l'image de lacs généreusement peuplés de truites mouchetées indigènes. Ce territoire privé d'une superficie de 1600 km carrés touche la réserve faunique des Laurentides et le parc des Grands-Jardins. Faisant partie de la Seigneurerie de Beaupré, cette propriété compterait parmi les plus anciennes terres à bois privées du Québec. Cet immense territoire a été concédé aux prêtres colonisateurs par le roi de France, peu après la venue de Jacques-Cartier au Québec.

     Afin d'assurer la conservation et l'exploitation des espèces fauniques de ce vaste domaine, de même que pour en assumer les coûts d'entretien, les autorités du Séminaire louent des portions de terrain. Le club le Manoir Brûlé est locataire d'un territoire dont la surface atteint 34 km carrés. On y dénombre six lacs dont le lac Saint-Michel, le lac principal.

MANOIR BRÛLÉ, QUI ES-TU?

MANOIR BRÛLÉ, QUI ES-TU?
     Le club du Manoir Brûlé doit son nom à une immense construction de bois, admirablement bien conservée, située sur les rives du lac Saint-Michel. Le nom donné au manoir évoque le souvenir d'Étienne Brûlé, un coureur des bois qui a fait sa marque au Québec et ailleurs en Amérique durant les années 1600. Le manoir a été érigé par la Sainte-Anne Power Company, une filiale de l'Abitibi Price, au début des années soixante. On y accède facilement en voiture après avoir roulé environ 85 km à partir de la ville de Québec.

     A l'époque, l'intention des dirigeants de la compagnie était d'en faire un club pour les membres de la direction et les meilleurs clients. Quelques années plus tard, ce club a été abandonné en raison du contexte économique difficile qui affligeait le secteur dans lequel évoluait Abitibi Price,

     Vers la fin des années 70, la compagnie Reed, papetière opérant à Québec et devenue plus tard la Daishowa, signait un bail avec le Séminaire de Québec afin d'assurer l'exploitation du manoir et du territoire adjacent. Finalement, en 1992, la compagnie Gesti-Faune inc.. dont le président est Dave Craig de Stoneham, s'est vu confier la gestion du club Le Manoir Brûlé. Gesti-Faune pratique non seulement le métier de pourvoyeur mais opère aussi un centre de recherche que je vous ai déjà présenté (voir texte intitulé «La science au service de la truite». Sentier CHASSE-PÊCHE, septembre 1995.

Une pourvoirie pas comme les autres
     Le club Le Manoir Brûlé, qui est bel et bien une pourvoirie malgré l'appellation «club», se distingue par le segment de clients qu'il vise surtout : le corporatif. Évidemment, cette orientation n'est pas du tout étrangère à celle qui avait été donnée au club lors de sa fondation. «Quand des clients arrivent au Manoir Brûlé, c'est comme s'ils étaient chez eux, de me dire Dave Craig. Pour être clair, le Manoir et tout l'équipement qu'il contient appartiennent à nos clients pendant leur séjour.»

     Il faut préciser ici qu'un seul groupe à la fois peut occuper le manoir. La capacité maximale est de 14 personnes. Cela assure aux clients un service très personnalisé. Avec sa grande salle entièrement vitrée offrant une vue imprenable sur le lac et les montagnes environnantes, le manoir constitue un endroit idéal pour tenir des réunions d'affaires. D'ailleurs, le prix demandé pour un séjour comprend, notamment, l'utilisation de téléphones cellulaires, télécopieurs, photocopieurs, rétroprojecteurs et j'en passe. Bref, les clients retrouvent les mêmes commodités qu'à leur bureau... avec la nature en prime!

     Comme je vous le soulignais plus tôt, le club compte six lacs sur son territoire, ils renferment une grande quantité de truites mouchetées aux couleurs foncées, caractéristiques des truites pêchées dans la plupart des lacs des Laurentides. Les accès aux lacs sont faciles; on a même aménagé un long trottoir de bois pour rejoindre le lac Chien.

Une pourvoirie pas comme les autres
     La pêche se fait à partir d'une embarcation conduite par un guide. Les chaloupes sont de bonne dimension et toujours très propres. La taille moyenne des truites varie de 8 à 12 po (de 20 à 30 cm). Il ne faut donc pas s'attendre à capturer des truites de taille record. Parfois, les plus chanceux (ou les meilleurs?) attraperont des truites de 15 à 18 po (38 à 45 cm). La plupart du temps, les clients prélèvent leur limite de truites.

     Toutes les méthodes de pêche usuelles procurent de bons résultats. Évidemment, elles doivent être choisies en fonction du moment de la saison, de la température et des conditions en général. De toute façon, les clients n'ont pas à se torturer l'esprit quant au choix des équipements à apporter car tout le matériel, y compris les vêtements, est fourni par le club pour ceux qui le désirent.

     Bon nombre d'adeptes choisissent la pêche à la mouche. Chaque guide du Manoir Brûlé a la compétence pour montrer les rudiments de base du lancer à la mouche et pour conseiller un choix de mouches approprié aux circonstances. Leur grande connaissance des lacs et des habitudes alimentaires des truites compte pour beaucoup dans le succès de pêche. Évidemment, les connaissances des guides ne se limitent pas à la pêche à la mouche: ils tirent tout aussi bien leur épingle du jeu dans la pratique de la pêche avec un lancer léger.

UNE ÉQUIPE DEVOUÉE

UNE EQUIPE DEVOUEE
     L'équipe du Manoir Brûlé, qui atteint 19 personnes en saison, se distingue par son attitude visant à satisfaire sa clientèle. Et cela débute dès l'arrivée des clients. De me dire avec conviction François Robert, gérant des opérations : «Chaque employé du club n'a qu'un seul désir : répondre aux attentes et besoins exprimés par les clients.»

     Après deux visites à ce club, au cours desquelles j'ai pu m'entretenir avec presque tout le personnel ainsi qu'avec quelques clients, je peux vous certifier que François a entièrement raison. D'ailleurs, le taux de renouvellement des clients et le soutien financier que certains d'entre eux, bien connus dans les milieux des affaires et de la finance, accordent au Centre de recherche Gesti-Faune, témoignent sans l'ombre d'un doute de leur satisfaction à l'égard de la qualité des services offerts... et du succès de pêche.

     Mais cette équipe de femmes et d'hommes travaillant au club Le Manoir Brûlé se distingue aussi parce qu'elle compte des individus dont la compétence professionnelle peut être mise, bien sûr, au service des clients, mais aussi à contribution pour le développement et l'aménagement du territoire. En effet, près de 50 % des membres du personnel du club détiennent une formation universitaire en biologie, en génie forestier ou encore ont acquis des connaissances techniques dans des domaines touchant la faune et la flore.

     De plus, des étudiants dans l'une ou l'autre de ces disciplines occupent un emploi durant l'été afin de travailler comme guide, interprète et conseiller auprès des clients, lis font ainsi d'une pierre deux coups : en plus de s'amasser un pécule en prévision de la prochaine année scolaire, ils acquièrent une expérience «sur le terrain» qui peut leur être précieuse dans l'avenir. Cette équipe de personnes hautement qualifiées représente un actif de taille pour le club Le Manoir Brûlé.

UN CHEF A LA HAUTEUR

     On ne peut imaginer une expérience de qualité, que ce soit à la pêche ou ailleurs, sans aborder la question des repas. Laissez-moi vous dire qu'à ce sujet, Dave Craig n'a pas lésiné. Depuis quelques années, il compte dans son équipe Jean-François Lacroix, un chef hors pair résidant à Sainte-Anne-de-Beaupré en dehors de la saison de pêche.

     Diplômé de l'école d'hôtellerie de Charlesbourg, Jean-François a gagné en 1993 la médaille d'or aux US Skills Olympics à Louiseville, au Kentucky, il a travaillé au restaurant La Closerie et au Château Mont-Sainte-Anne, endroits réputés dans la région de Québec. En 1994, il s'est mérité un prix d'excellence décerné par la Sociélé de chefs cuisiniers et pâtissiers du Québec.

     Enfin, l'an dernier. Jean-François a effectué un stage de perfectionnement à l'École de pâtisserie Le-nôtre de Paris et à l'École nationale supérieure de pâtisserie à Yssingeaux, en France.

     Comme vous pouvez le constater, les clients peuvent s'attendre à vivre une expérience culinaire hors de l'ordinaire. Je vous avoue que mes papilles gustatives ne s'en sont pas encore remises... de même que mon tour de taille!

Références

» Texte & Photo: Gérard Bilodeau (1996).
» Magazine Sentier Chasse & Pêche (Annuel de Pêche).

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