Truite; 3 Rivières au Menu par Gérard Bilodeau

     La grande région de Québec est reconnue, à juste titre, comme le royaume de la pêche aux salmonidés. Mais dans la tête de bien des disciples de saint Pierre, ce sont les lacs et les rivières de la réserve des Laurentides, que trop de gens nomment à tort le «parc» des Laurentides, qui sont à l'origine de cette réputation.

     Sans les réfuter, j'aimerais ajouter qu'il serait dommage d'ignorer les cours d'eau de la réserve de Portneuf, du parc des Grands Jardins ainsi que tous les autres situés sur la rive nord du Saint-Laurent.

     Or, il s'avère que dans les environs de Québec, sur la rive sud du Saint-Laurent, coulent de magnifiques rivières qui contiennent des truites mouchetées, brunes et arc-en-ciel. Ces cours d'eau offrent aux truites un habitat de qualité qui leur fournit des sites de fraye adéquats, de l'eau peu ou pas polluée et de la nourriture en abondance. Et qui plus est, ces rivières sont faciles d'accès pour le pêcheur intéressé à les explorer.

     Vous désirez faire connaissance avec trois de ces rivières ? Alors suivez-moi et à la fin de ce périple, vous aurez amassé suffisamment de renseignements pour savoir où et quand lancer votre ligne, quelles espèces de truites vous serez susceptible de capturer et quels sont les meilleurs moments pour fréquenter ces rivières. Bref, toute l'information pertinente qui vous permettra de passer de beaux moments à la pêche cet été.

Une méconnue...

     La première rivière que j'ai choisi de vous présenter est celle qui se situe le plus à l'est. Malgré toutes les richesses qu'elle recèle, elle est surtout connue des pêcheurs locaux. Il s'agit de la rivière du Sud, qui prend sa source non loin de Sainte-Euphémie, à une quarantaine de kilomètres au sud de Montmagny et qui se déverse dans le Saint-Laurent, à Montmagny.

     Selon moi, le tronçon supérieur de la rivière du Sud, soit celui compris entre sa source et Saint-Raphaël, représente l'exemple presque parfait de ma conception d'une rivière à truites. Rapides et fosses profondes se succèdent pour offrir aux truites mouchetées et arc-en-ciel le couvert nécessaire ainsi qu'une grande quantité de nourriture. Ajoutez à cela une eau de bonne qualité, maintenue à une température idéale grâce au couvert forestier qui borde la majeure partie de ce secteur et aux nombreux ruisseaux qui y déversent leurs eaux fraîches, et vous retrouvez là toutes les conditions favorables au développement des truites, pour le plus grand plaisir des pêcheurs.

     Le tronçon supérieur de la rivière du Sud est relativement facile d'accès. Pour le rejoindre, empruntez la route 281 à partir de l'autoroute Jean Lesage, à la hauteur de Saint-Michel. Vous devrez alors rouler pendant près d'une quarantaine de kilomètres sur la 281 avant de rejoindre la rivière du Sud, peu après avoir traversé Saint-Raphaël. En aval de ce village, la rivière contient des truites. Mais je préfère vous décrire le secteur amont, car sa population de truites est plus importante, à mon avis. De toute façon, à quelques kilomètres en aval de Saint-Raphaël, la rivière coule en milieu agricole, rendant les conditions de vie moins propices aux truites.

     La truite mouchetée est la reine incontestée du tronçon supérieur; 'arc-en-ciel se fait beaucoup plus discrète, n'étant pas soutenue par des ensemencements réguliers. Je me rappelle très bien que vers la fin des années 70, on a signalé pour la première fois la présence d'arc-en-ciel dans cette rivière. Une crue soudaine, au début de juillet, avait entraîné le débordement d'un lac de pisciculture situé loin en amont, près de la rivière des Pins, un cours d'eau tributaire de la rivière du Sud et situé à quelques kilomètres en amont du village d'Armagh.

     Depuis ce temps, l'arc-en-ciel semble bien établie dans la rivière du Sud, sans toutefois que sa population atteigne des proportions susceptibles de nuire à la moucheté.
Il existe plusieurs endroits à partir desquels vous pourrez rejoindre la rivière du Sud et y pêcher. En voici quelques-uns. Peu de temps après avoir traversé le village de Saint-Raphaël, un pont enjambe la rivière.

     Garez prudemment votre véhicule le long de la route. De là, vous rejoindrez facilement la rivière d'un côté ou de l'autre du pont. Je vous conseille fortement de pêcher soigneusement la fosse se trouvant immédiatement en aval du pont; de belles truites s'y trouvent parfois, particulièrement le long de la grosse roche située près de la berge. Ensuite, vous pourrez aisément déambuler le long de la rivière en péchant ici et là dans les nombreuses fosses que vous localiserez sans difficulté.

     Évidemment, le port de bottes cuissardes ou mieux encore, de bottes-pantalon, surtout si vous péchez tôt en saison, s'avère essentiel si vous désirez couvrir les fosses le mieux possible. Dans ce secteur, la rivière s'élargit parfois et l'utilisation des bottes-pantalon vous donnera une meilleure marge de manœuvre.

    Et voici un autre point d'accès. En vous engageant dans le village d'Armagh, empruntez le rang situé à droite, immédiatement après l'hôpital. Vous atteindrez un pont assez rapidement. De là, vous pourrez monter ou descendre la rivière afin de pêcher les fosses qui s'y trouvent. Je vous conseille sans hésitation d'utiliser des bottes-pantalon car vous aurez parfois à traverser la rivière.

     Comme tout cours d'eau à truites, la rivière du Sud s'avère à son meilleur après la crue printanière, dès que ses eaux commencent à se réchauffer et à baisser, ce qui survient généralement vers la mi-mai. La pêche demeure bonne tout l'été, bien qu'un ralentissement survienne si la canicule se prolonge. Recherchez alors les fosses profondes comptant un bon rapide de tête; vous pourriez avoir la surprise de votre vie. Les truites mouchetées ou arc-en-ciel mesurent en moyenne de 8 à 12 po (20 à 30 cm). Des spécimens allant jusqu'à 18 po (45 cm) et faisant osciller la balance à près de 3 lb (près de 1,4 kg) succombent chaque année aux offrandes des pêcheurs. Mais je demeure convaincu que des truites de type trophée nagent tranquillement dans les eaux sombres de quelques fosses bien protégées de l'intrusion des pêcheurs...

Une rivière qui gagne des galons

     La deuxième rivière que je désire vous présenter fait actuellement jaser beaucoup de gens. Il s'agit de la rivière Etchemin, qui prend sa source dans les montagnes au sud de Saint-Luc et se jette dans le fleuve Saint-Laurent, à la hauteur de Saint-Romuald.

     De dimensions plus modestes que la rivière du Sud, l'Etchemin n'en constitue pas moins une bonne rivière à truites dans la partie comprise entre sa source et Saint-Malachie, près d'une trentaine de kilomètres plus bas. L'Etchemin fait et fera sans doute beaucoup parler d'elle en raison d'un projet visant à réintroduire le saumon atlantique. C'est un sujet sur lequel il conviendrait de revenir prochainement.

     Mais en attendant que les premiers saumons atteignent les eaux limpides de la partie supérieure de la rivière, je vous invite à aller y taquiner la truite mouchetée que l'on peut retrouver partout. Le secteur compris entre Saint-Luc et Saint-Malachie comporte plusieurs points d'accès à partir des routes ou des rangs qui la longent. Et quelques parties de la rivière coulent loin des chemins, en pleine forêt; de belles surprises peinent s'offrir au pêcheur aventurier et explorateur...

     Un des points d'accès faciles auquel je faisais allusion quelques lignes plus tôt est situé non loin du centre de ski du mont Orignal. Pour y arriver, empruntez la route 277, direction sud, à partir de Saint-Henri. Quelques kilomètres passés Saint-Léon de Standon, vous remarquerez un pont qui surplombe la rivière Etchemin. Un peu avant ce pont, engagez-vous à droite, sur la route qui mène au centre de ski.

     Après l'avoir dépassé, rejoignez la rivière qui coule à votre gauche. En montant ou en descendant son cours, vous trouverez de beaux rapides et de longues fosses recelant des truites mouchetées combatives mesurant entre 8 et 10 po (20 et 25 cm). Portez des cuissardes, de préférence, afin de pouvoir circuler à l'aise dans la rivière ou sur ses berges. Le secteur de la rivière que l'on retrouve en amont et en aval de Saint-Léon de Standon offre aussi une bonne qualité de pêche. Je vous avoue préférer la portion de la rivière située en amont de Saint-Léon.

     La «bonne» période de pêche débute assez tôt dans l'Etchemin. Parfois, dès le début de mai, les adeptes de la pêche à la mouche réussissent à leurrer des truites en utilisant des nymphes plombées. Les amateurs de lancer léger peuvent aussi capturer des truites dès l'ouverture, à condition que l'eau ne soit pas trop haute ni trop sale. Comme elle prend sa source dans les montagnes, ses eaux demeurent froides durant une bonne partie du mois de mai, la neige fondant tardivement dans ce secteur.

     Ces dernières années, la rivière Etchemin a vu la qualité de la pêche s'améliorer, aux dires de ses plus fidèles disciples. L'explication de ce phénomène est inconnue; chose certaine, selon les statistiques du ministère, on n'y a procédé à aucun ensemencement. Il faut donc regarder ailleurs. Mais quoiqu'il en soit, la situation réjouit tous ceux qui auraient le goût de l'explorer.

Une rivière prestigieuse

     La dernière rivière, et non la moindre, que je désire vous présenter, a été souvent décrite par bon nombre d'auteurs ces dernières années. Il s'agit de la partie supérieure de la rivière Chaudière, communément appelée Haute-Chaudière. J'ai d'ailleurs introduit ce secteur de la Chaudière dans l'Annuel de Pêche de 1989 (voir «Salmonidés de la Haute-Chaudière», du même auteur). Je crois sincèrement que ce cours d'eau n'a absolument rien à envier aux rivières à truites réputées qui coulent chez nos voisins du sud.

    À l'instar des rivières nommées précédemment, la Haute-Chaudière est facilement accessible. Si vous partez de Québec, engagez-vous tout d'abord sur l'autoroute Robert Cliché jusqu'à Saint-Joseph. De là, vous roulez toujours vers le sud sur la route 173. Après avoir traversé la ville de Saint-Georges, tournez à droite sur la route 204 qui mène au lac Mégantic. Le long de cette route, vous aurez parfois le loisir d'admirer la rivière Chaudière. Des copains beaucerons m'assurent que des truites y nagent et que la pression de pêche est faible. Avis aux intéressés!

     Mais le véritable «spot» de pêche à la truite débute un peu en amont de Saint-Ludger, village situé le long de la route 204. À partir de Québec, il faut compter plus de deux heures de route pour l'atteindre. De là jusqu'au lac Mégantic, qui constitue la source de la Chaudière, le pêcheur aura l'embarras du choix; de nombreuses fosses entrecoupées de rapides contiennent des truites à faire rêver et... damner le plus patient des pêcheurs ! Les mouchetées, arc-en-ciel et brunes y ont élu domicile et leur présence est soutenue, bien sûr, par la fraye annuelle mais aussi par des ensemencements réguliers. Les spécimens récoltés varient généralement de 10 à 15 po (25 à 37,5 cm), peu importe les espèces. Mais des truites gigantesques habitent les fosses profondes; à chaque année, on rapporte la capture de truites, surtout des brunes, dont le poids fait osciller la balance entre 5 et 10 lb (2,3 et 4,5 kg).

     En raison des nombreux cours d'eau qui se jettent dans la Haute-Chaudière, la bonne période de pêche débute généralement vers la mi-mai et parfois plus tard, si la neige persiste dans les montagnes ou que la pluie se met de la partie. Les trois dernières semaines de juin représentent le meilleur moment de pêche de la saison, à mon avis.

     Il y a deux façons de pêcher la rivière : à pied ou en canot. Ce dernier moyen sert exclusivement à se déplacer d'une fosse à l'autre et, n'étant pas tellement utilisé, il donne accès à des fosses qui sont rarement pêchées. La pêche à pied doit absolument se pratiquer avec des bottes-pantalon, même en plein été quand l'eau est basse. Le pêcheur dispose alors d'une plus grande liberté dans ses déplacements.

     Si vous disposez d'un canot (préférablement un 16 pieds), je vous conseille sans hésiter de le mouiller sous le pont de la route qui mène au lac Drolet. Quelques kilomètres après avoir passé Saint-Ludger, une route secondaire apparaît à votre droite. Empruntez-la. Au bout de quelques centaines de mètres, vous verrez le pont. Si vous péchez soigneusement, ça vous prendra toute la journée pour vous rendre au village de Saint-Ludger.

    Je vous invite aussi à explorer, à pied, quelques fosses situées plus en amont. Pour ce faire, engagez-vous dans le chemin de terre qui se trouve à votre gauche, juste avant d'atteindre le pont menant au lac Drolet. Au début, vous verrez la rivière près du chemin ainsi que de nombreuses fosses; n'hésitez pas ! En roulant un peu plus loin, vous amorcerez une longue montée; il s'agit de la côte de glaise. Stationnez votre véhicule le long de la route et rejoignez la rivière. Vous verrez qu'il y a là toute une série de fosses, et j'y ai déjà capturé de beaux spécimens.

L'embarras du choix

     Et voilà ! Je vous ai révélé des lieux où vous pourrez connaître des expériences de pêche fantastiques, sans investir trop de temps ou d'argent. Comme la saison de pêche est encore très jeune, de belles perspectives s'offrent aux pêcheurs en mal de découvrir de nouveaux endroits. Il n'en tient qu'à vous d'en profiter pleinement, en vous rappelant de toujours respecter les règlements de la pêche de même que la propriété privée.

Références

» Texte & Photo: Gérard Bilodeau (Mai 1994).
» Magazine Sentier Chasse & Pêche.

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