La Basse Côte-Nord; Un jardin de lacs et rivières... par Gilles Aubert

     Sur le pont, j'admire à la fois émerveillé et stupéfait, les champs de glace à travers lesquels notre bateau-passeur doit naviguer. C'était la première fois que ma femme Hélène, mon fils Maxime et moi apercevions de si près des icebergs et, croyez-moi, ce spectacle saisissant est des plus impressionnants. Nous trouvions-nous dans l'Arctique, me demanderez-vous? Non, dans le détroit de Belle-Isles, entre Sainte-Barbe, un hameau situé au nord-ouest de Terre-Neuve et Blanc-Sablon, le dernier village québécois à Test de la Basse Côte-Nord. Et je vous précise que notre séjour se déroulait durant les vacances estivales de 1991, soit le 6 juillet. Destination: Blanc-Sablon et les autres villages côtiers avoisinants. But: la pêche sportive.

Un site des plus pittoresques

La Basse Côte-Nord; Un jardin de lacs et rivières...
     C'était la seconde fois que je me rendais, en compagnie de ma famille, explorer ce coin de pays situé à quelque 1 600 km de la ville de Québec. Je vous avoue qu'il est assez exceptionnel de voir autant de glace dans le détroit de Belle-Isles à cette période de Tannée. Généralement, durant le mois de juillet, les champs de glace qui dérivent dans ce courant marin du Labrador sont peu nombreux.

     Si vous êtes un amateur de nature grandiose et sauvage, cette région vous est toute désignée. Les paysages dénudés au relief ondulé, couverts de lichens, de végétation herbacée ou d'arbustes rabougris ajoutent un cachet singulier aux petits villages Vieux-Fort, Rivière-Saint-Paul, Middle Bay, Brador, Lourdes-de-Blanc-Sablon et Blanc-Sablon, tous reliés par une route longue de 77 km. Et que dire de ses habitants si hospitaliers, des pêcheurs de morue, de crabe et/ou de pétoncle, dont plusieurs sont d'origine terre-neuvienne et jersiaise! Quelques jours suffisent pour oublier le tintamarre et le carphanaüm de la vie trépidante de la ville.

UNE PÊCHE DE QUALITÉ...À PRIX MODIQUE

     La Basse Côte-Nord est un véritable jardin de lacs et de rivières rempli d'une faune impressionnante, et les plans d'eau situés dans les environs de Blanc-Sablon n'échappent pas à cette généralité. Ainsi, les rivières qui se jettent dans le golfe dans ce secteur du comté de Duplessis accueillent toutes, en quantité différente et tout dépendamment du temps de la saison et du plan d'eau, du saumon atlantique et de l'omble de fontaine anadrome (truite de mer). Quant aux lacs, ils contiennent presque tous une bonne population d'ombles de fontaine (truites mouchetées).

     Il est de notoriété publique que, pour pêcher le saumon dans la plupart des rivières du Québec, il faut débourser un droit d'accès quotidien qui peut varier de 15 $ à 400 $, selon la rivière choisie. Pour pratiquer la pêche de la truite et du saumon dans les rivières près du dernier village à l'extrémité est de la province, il suffit d'acheter le permis de pêche sportive (autorisant la pêche de toutes les espèces, sauf le saumon atlantique) et celui qui confère le droit de pêcher spécifiquement le saumon atlantique. Ainsi, pour 23,25 $ (tarif du permis de pêche du saumon atlantique 1991), vous aviez le droit de récolter trois saumons par jour, pour une limite annuelle de prise de 10 et, si vous déteniez votre permis de pêche sportive (10 $), il était aussi possible de capturer 20 truites mouchetées et/ou truites de mer).

Rivières accessibles

     Les rivières qui se jettent dans le golfe près de Blanc-Sablon sont toutes accessibles en véhicule à partir de ce village nord-côtier, du moins en aval. Généralement, la pêche s'y pratique de la fin du mois de juin jusqu'à la mi-septembre, les trois premières semaines de juillet étant souvent les plus productives. Cependant, la date d'entrée des saumons et des truites de mer dans les rivières dépend des conditions climatiques et peut être différente d'une rivière à l'autre. À titre d'exemple, mentionnons la saison 1991 qui fut vraiment hors de l'ordinaire. L'eau très froide du golfe, due à la présence des champs de glace dans le détroit de Belle-Isles durant les premières semaines de juillet, retarda le retour des saumons dans leur rivière natale. Par contre, à cette période, la pêche de la truite de mer fut exceptionnelle. Il va sans dire qu'à Tété 1991, lors de notre passage dans cette région, nous n'avons pas récolté de saumons atlantiques dans ces rivières.

     Compte tenu de cette situation, pour vous brosser un tableau plus objectif de la qualité de la pêche dans chacune des rivières, j'ai demandé à Roger Jones, un adepte de la pêche sportive et résident de Lourdes-de-Blanc-Sablon, des informations additionnelles. Commençons par la Blanc-Sablon, une rivière qui se jette à la mer dans le village qui porte le même nom. De l'avis de Jones, on y récolte de la «truite d'eau salée» (néologisme utilisé par les gens de la Basse Côte-Nord pour désigner la truite de mer) quoique, à l'occasion, des captures de saumon soient signalées. Quant à la Brador, située à environ l'km de Lourdes-de-Blanc-Sablon, il n'est pas rare d'y voir des sportifs être aux prises avec des truites de mer dont le poids peut aller de 2 à 3 lb (1 à 1,5 kg), si le leurre n'a pas été gobé auparavant par un saumon atlantique dont certains peuvent peser 10 lb (4,5 kg).

     A quelque 20 km plus à l'ouest, près du petit village nommé Middle Bay, arrive dans la mer la rivière Belles-Amours renommée pour la beauté de sa chute, et au pied de laquelle nagent souvent des saumons dont certains peuvent peser 10 lb (4,5 kg) et des truites de mer d'un poids qui peut aller de 1 à 4 lb (0,5 kg à 1,8 kg). Demandez à madame Marie-Claude Daigle Poirier de Sainte-Thérèse, près de Montréal, de vous raconter le combat que lui a livré, à l'été 1990, une truite de mer de plus de 7 lb (3,2 kg). Circulez quelques kilomètres encore plus à l'ouest sur cette route asphaltée et vous traverserez la Salmon Bay, une rivière qui accueille une bonne montaison de saumons. Généralement, vous retrouverez dans plusieurs fosses de cette très belle rivière des saumons d'un poids qui peut aller de 3 à 10 lb (1,5 à 4,5 kg).

     Si vous continuez votre route plus à l'ouest, vous serez sûrement impressionné par la majestueuse Saint-Paul, une grosse rivière qui se jette à la mer près du village Rivière-Saint-Paul, un ancien poste de traite important. En début de saison, près du pont qui enjambe la rivière à proximité du village, des ombles de fontaine anadromes, dont certains pèsent plus de 5 lb (2,3 kg), sont capturés par des sportifs. Que de plaisirs à me remémorer le petit «oiseau» orange, monté sur un hameçon n° 8 (une mouche sèche), être gobé par une truite de mer de près de 4 lb (1,9 kg) qui, aidée par la force du courant, dévida toute la soie et plusieurs mètres de la ligne de réserve de mon moulinet. Je vous assure que ces images, vécues à plusieurs reprises au cours de mon séjour, resteront à jamais gravées dans ma mémoire.

     Aimeriez-vous vivre une expérience de pêche du saumon inoubliable? Sachez que, dans la Saint-Paul, rivière reconnue comme l'une des meilleures rivières à saumon de la Basse Côte-Nord, on y capture beaucoup de madeleineaux, mais aussi des saumons allant de 20 à 30 lb (9 à 13,6 kg). Malheureusement, près de l'embouchure, aucune fosse ne retient le saumon et il faut le pêcher loin en amont. Pour s'y rendre, il faut remonter la rivière en embarcation. Je vous suggère de contacter Chesley Griffin, Rivière-Saint-Paul, Duplessis, QC, G0G 2P0. Ce villageois a aménagé des «camps de fortune» près de certaines fosses à saumon accessibles seulement en embarcation.

     Il est permis de pêcher dans les 40 premiers kilomètres de la rivière, tandis que la partie plus en amont, un territoire sous bail, est opérée par la Pourvoirie de la Rivière-Saint-Paul. Les saumoniers qui fréquentent ce secteur de rivière y accèdent par hydravion à partir de Deer Lake situé à Terre-Neuve. Pour une semaine de pêche en plan américain, le transport inclus dans le forfait à partir de Montréal, vous devrez débourser 2 350 $ pour la prochaine saison. Pour des renseignements additionnels, les intéressés n'ont qu'à écrire à case postale 231,1360, rue des Gouverneurs, Sillery, QC, GIT 2R1 ou à composer le (418) 527-4877.

Autres plans d'eau accessibles

     Près de ces villages côtiers et le long de la route qui les relie, on peut aussi taquiner l'omble de fontaine dans plusieurs petits lacs, généralement peu profonds et peu fréquentés par la population locale, mais qui sont souvent très «poissonneux». Toujours selon Roger Jones, le propriétaire du Dépanneur de Lourdes-de-Blanc-Sablon, plusieurs de ces plans d'eau renferment une population d'ombles de fontaine dont le poids peut aller de 1 à 2 lb (0,5 à 0,9 kg). À titre d'exemple, quelle surprise de voir plusieurs truites mouchetées «danser» sur le lac de l'Aéroport, un plan d'eau non recommandé par les résidents parce que considéré comme «vide»!

     Le réseau hydrographique de cette vaste région comprend aussi plusieurs autres milliers de lacs accessibles uniquement par hydravion. «Il n'est pas nécessaire de s'éloigner énormément de la côte pour récolter des truites mouchetées dont le poids de certaines atteignent 8 lb (3,7 kg), m'avoue candidement Jones. À 50-60 km plus au nord de Blanc-Sablon, des villageois possèdent des infrastructures qui peuvent accueillir des pêcheurs en quête de poissons-trophées». La compagnie d'aviation Tran Côte, case postale 10, Lourdes-de-Blanc-Sablon, QC, G0G 1W0, tél.: (418) 461-2662 ou 1-800-463-0910, assure le transport.

Les voies d'accès

     À moins de prendre l'avion, c'est une destination qui oblige le vacancier à s'y rendre par bateau. Vous pouvez monter à bord du Relais Nordik, le seul navire qui assure la liaison des villages côtiers de la Moyenne et Basse Côte-Nord, soit à Rimouski, soit à Sept-îles ou soit à Havre-Saint-Pierre. À titre d'exemple, à l'été 1991, il en coûtait 95 $ par passager adulte et 48 $ pour les enfants âgés entre deux et 11 ans pour se rendre de Havre-Saint-Pierre à Blanc-Sablon. Étant donné que le navire arrête dans tous les petits villages le long de la côte, pensez à demeurer à bord durant deux jours. Ainsi, pour deux nuitées, un déjeuner, deux dîners et deux soupers, vous auriez déboursé 210 $ pour vous y rendre et 177 $ au retour. Notez qu'il est aussi possible d'embarquer votre véhicule à bord, mais pensez à soulager votre portefeuille de 372,36 $ (TPS comprise) pour le trajet aller-retour à partir de Havre-Saint-Pierre (poids de 1 170 kg ¬ 2 500 lb). Pour des renseignements additionnels concernant le traversier Relais Nordik, composez le 1-800-463-0680 (sans frais).

     La compagnie Inter-Canadien assure la liaison aérienne. À l'été 1992, on exigera, en semaine, 543 $ (les taxes non incluses) pour se rendre à Blanc-Sablon à partir de Montréal et 503 $ en fin de semaine. Cependant, cette tarification n'est offerte qu'à ceux qui réservent quelques mois à l'avance. La compagnie Lourdes-Blanc-Sablon inc. assure le service de location de véhicules; on peut réserver en composant le (418) 461-2955.

     Quant aux passionnés de nature, je leur suggère de s'y rendre en passant par Terre-Neuve: une aventure dont ils se souviendront, j'en suis certain. Vous devrez traverser le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, vous rendre à Sydney, un trajet d'environ 1 600 km de la ville de Québec. À cet endroit, vous embarquerez sur un traversier qui vous amènera jusqu'à Port-aux-Basques (Terre-Neuve), une traversée qui nécessite environ 6 heures. On exigeait, à Tété 1991, aller-retour, 30,50 $ pour un adulte, 92,50 $ pour une automobile et le même prix pour une tente-roulotte. Pour des réservations et/ou des informations, composez le (902) 562-9470 (Marine Atlantique). Ensuite, vous longerez la côte ouest (Viking Trail) jusqu'à Sainte-Barbe, quelque 600 km de route et, de là, vous prendrez un autre bateau qui assure la liaison entre l'île et Blanc-Sablon, une distance d'environ 30 km. La compagnie Northern Cruiser Ltd, exigeait, à l'été 1991, pour cette traversée aller-retour, 15 $ par adulte et 76 $ pour une automobile et une tente-roulotte.

Infrastructures d'accueil

     Si vous prenez l'avion ou la desserte maritime qui assure la liaison des villages de la Moyenne et Basse Côte-Nord, il serait impératif de planifier votre hébergement avant votre départ. À Blanc-Sablon, on peut demeurer à l'Auberge Bremen, G0G 1C0, tél.: (418) 461-2920 et, à Lourdes-de-Blanc-Sablon, au Motel Anse-aux-Cailloux, G0G 1W0, tél.: (418) 461-2112. Par contre, vous pouvez profiter d'un réseau d'hébergement en famille, partager la vie quotidienne des résidents et ce, à un prix modique. Pour un séjour à Brador, composez le (418) 461-2652, à Middle Bay (418) 461-2652, à Rivière-Saint-Paul (418) 379-2911 et à Vieux-Fort (418) 379-2911. À Lourdes-de-Blanc-Sablon, les vacanciers peuvent aussi séjourner à la Pension Quatre-Saisons enr. (10 chambres et cuisine commune); on peut obtenir des informations supplémentaires en demandant monsieur Jules Landry au (418) 461-2024.

     Quant aux adeptes de nature sauvage qui s'y rendront via Terre-Neuve, prévoyez qu'il n'y a pas, en terre québécoise, de terrains de camping aménagés dans les environs de Blanc-Sablon. Soyez bien équipés, car vous devrez demeurer près des plans d'eau. Prévoyez aussi des vêtements chauds, car le climat est la résultante de la latitude élevée et de la présence des courants froids du Labrador. N'oubliez pas les insectifuges, le seul moyen pour apaiser l'appétit insatiable des insectes piqueurs et suceurs.

     Peu importe l'itinéraire choisi, je vous suggère de bien préparer votre séjour dans ce coin éloigné de notre province. Demandez des conseils à des personnes qui y ont séjourné. À ceux qui n'ont aucun point de repère, n'hésitez pas à communiquer avec Roger Jones, propriétaire du dépanneur à Lourdes-de-Blanc-Sablon, comté de Duplessis, QC, G0G 1W0, tél.: (418) 461-2010. Il s'est dit intéressé à aider les éventuels vacanciers.

     Êtes-vous le type de personne qui rêvez depuis longtemps de vivre une expérience de pêche différente dans une nature grandiose et sauvage, où le climat se manifeste sur les falaises, à travers une végétation de toundra? Êtes-vous à la recherche de l'insolite et de l'aventure? Souhaitez-vous depuis longtemps combattre le roi des poissons sportifs, récolter de grosses truites mouchetées et truites de mer? Lors de vos prochaines vacances, partez à la découverte de la région de Blanc-Sablon, un éden encore peu exploité par les adeptes de la pêche.

Références

» Texte & Photos: Gilles Aubert (Mars 1992).
» Magazine Sentier Chasse & Pêche.

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