Prévention des Blessures à la Pêche

     Un article sur les blessures pourrait facilement devenir un exposé médical et un traité d'anatomie. Je vais m'abstenir de vous étourdir avec les termes médicaux liés aux blessures. Je ne vais pas non plus vous proposer les recettes habituelles de programmes d'exercices pour renforcer les muscles parce que, personnellement, cela m'a toujours ennuyé au plus haut point.

     Autodidacte, je préfère que l'on me dresse un portrait de la situation en me donnant des pistes de recherche, afin de suivre ma propre démarche par la suite. J'ai donc choisi de vous informer des situations responsables des blessures afin que vous compreniez les causes réelles des douleurs liées au lancer. Je crois qu'il est préférable de connaître l'origine du problème et d'intervenir à ce niveau plutôt que d'attendre et de réparer les dommages.

Ma démarche

     Je me suis toujours intéressé à l'organisation corporelle dans le sport, portant une attention particulière aux blessures ou, plus exactement, à la prévention de celles-ci. Déjà, alors que j'étudiais en éducation physique à l'Université de Montréal, j'avais fait un travail de recherche sur les blessures dans les arts martiaux, activité que je pratiquais intensément à l'époque.

     À partir de 1985, mon intérêt pour le mouvement m'a ensuite amené à m'intéresser à l'éducation somatique et à la méthode Feldenkraismd. Ce domaine de recherche s'applique entre autres à comprendre le fonctionnement de la personne en lien avec le mouvement et la reprogrammation du système nerveux, ce qui signifie, en termes simples, l'apprentissage idéal de la façon d'apprendre et de bouger.

     Je m'applique maintenant à intégrer les connaissances et l'expérience acquises au cours des quarante dernières années à l'apprentissage du mouvement, notamment au lancer à la mouche.

     Étant depuis longtemps à l'affût des informations sur les blessures engendrées par le lancer à la mouche, j'avais déjà une base de données mais, pour écrire cet article, j'ai passé plusieurs heures sur le Web à répertorier et analyser ce qu'on retrouve sur le sujet, articles et vidéos. Mon premier constat est que c'est la tour de Babel.

     D'autres sources d'information sont beaucoup plus fiables: recherches universitaires ou scientifiques menées selon un protocole et des critères rigoureux. Je pense entre autres à celles faites à l'Université du Montana1 et au Fly Casting Institute2. Bien qu'ici encore on puisse démontrer une chose et son contraire selon les paramètres de recherche choisis, j'accorde plus de crédibilité à ce genre d'information et c'est sur celles-ci que je me suis basé pour écrire cet article, en prenant soin de bien lire le contexte et la démarche choisie.
Voici donc mon point de vue sur les blessures, point de vu basé sur mes recherches, mes expériences d'enseignement et les centaines de pages d'information du site Web Sexyloops3.

Les causes des blessures

1. Le manque de préparation

     Beaucoup de pêcheurs occasionnels font leur voyage de pêche au saumon sans aucune préparation. Du jour au lendemain, ils se retrouvent en rivière à répéter le même mouvement pendant des heures. Le résultat est que, parfois, le voyage de pêche rêvé se transforme en voyage de villégiature avec de la glace sur le coude.

     Plusieurs sont assez sages pour suivre une formation avant leur voyage. Beaucoup d'autres viennent me voir à la suite d'une première sortie difficile. Même sans suivre de cours, il est toujours sage de se pratiquer à lancer avant de se retrouver dans le feu de l'action. Personne ne songerait à courir un marathon en se disant : « Je vais m'entrainer pendant la course. »

2. Une technique de lancer déficiente

     La première et la plus importante cause de blessure est une technique de lancer inadéquate. Directement ou indirectement, c'est l'origine de tous les problèmes.

     Le perfectionnement du lancer est difficile à vendre parce que, bien que cela soit utile en certaines circonstances, on n'a pas besoin d'être un bon lanceur pour prendre du saumon. Certes, on peut exécuter de bons lancers sans une technique parfaite, mais ceux-ci sont alors basés sur la force. Une technique inadéquate demandant plus de force pour lancer est, à court, moyen ou long terme, l'origine des problèmes. La technique idéale de lancer n'a rien à voir avec la force.

     À 20, 30 ou même 40 ans, on peut abuser de notre corps. On se croit invincible. On n'a pas totalement tort. Le problème est que lorsqu'on avance en âge, nos articulations ne peuvent plus supporter ce genre de traitement. C'est à ce moment que les problèmes surviennent : douleurs, blessures, etc. Je ne nommerai pas de noms, mais je connais une bonne liste de pêcheurs qui l'ont expérimenté. Le problème est qu'il n'est pas évident de changer radicalement sa façon de lancer après 10, 20 ou 30 ans de conditionnement.

Les types de blessures

     Je ne vais pas m'attarder ici sur les blessures d'ordre général comme les chutes. Les règles de sécurité élémentaires sont de mise lorsqu'on se retrouve en nature et sur l'eau: bâton de rivière, veste flottante, etc.

ÊTRE FRAPPÉ PAR UNE MOUCHE

     Être blessé par une mouche est un danger réel, surtout pour le pêcheur débutant. Les blessures aux yeux sont les plus sérieuses et sont assez fréquentes pour justifier plusieurs études sur le sujet aux États-Unis (4-5). Je recommande toujours à mes étudiants d'écraser l'ardillon de la mouche. C'est plus prudent et, en plus, cela facilite la gradation du saumon.

     Le pêcheur expérimenté a généralement appris à se protéger de la mouche. Ce que j'ai constaté par contre, c'est que, très souvent, cela se fait au détriment d'une bonne technique de lancer. En élevant ou en éloignant le bras du corps pour éloigner la mouche, on règle peut-être en partie un problème, mais on risque d'en causer de plus sérieux aux articulations à long terme.

     La solution pour prévenir ce type d'accident est pourtant très simple : en plus de porter des lunettes protectrices en tout temps, il s'agit de toujours lancer pour avoir la mouche sous le vent. Cela implique d'utiliser le lancer de revers à l'occasion et de sortir du carcan du même lancer vertical.

Les articulations : poignet-coude-épaule

     Les blessures aux articulations sont très fréquentes. Ce sont généralement des blessures du type répétitive strain injury comme le tennis elbow (épicondilyte). Ce type de blessure est causé par un usage excessif ou inadéquat de l'articulation.

     Dans un mouvement idéal, peu importe le sport, une bonne gestuelle est celle où l'effort est réparti uniformément sur l'ensemble du corps. Les gros muscles participent à la puissance du mouvement et les petits, au contrôle du mouvement. Lorsque le mouvement est concentré dans une seule articulation, celle-ci peut être rapidement irritée. Lorsqu'on ne tient pas compte de cette alerte dès les premiers signes de difficulté ou d'inconfort, la blessure plus sérieuse arrive.

     Voici les erreurs techniques à l'origine de ces blessures, des fautes qui vont de pair avec un mauvais usage du corps.
Serrer la poignée de la canne

     C'est la première erreur technique du lancer, cause de blessures au poignet et au coude. Le seul moment dans un lancer où l'on doit serrer la poignée de façon nette est pour arrêter la canne dans le mouvement arrière ou avant si l'on désire une boucle très pointue. Et encore, cette action ne dure qu'une fraction de seconde. Ce n'est pourtant pas ce que l'on observe chez la majorité des lanceurs.

     Lorsque l'on débute le lancer la canne haute, la main est serrée sur la poignée. Bien sûr, ce n'est pas toujours une contraction excessive, mais c'est l'addition de tous les efforts inutiles qui devient problématique. La façon idéale de débuter le lancer est d'appuyer le talon de la canne sur l'avant-bras. Dans cette position, la main peut être détendue tout en offrant un bon contrôle.

Tirer ou pousser?

     La majorité des pêcheurs poussent sur la canne pour exécuter le lancer vers l'avant. C'est une technique très risquée. On devrait plutôt tirer sur la canne. Le mouvement de pousse étant moins efficace, on doit mettre beaucoup plus d'énergie dans le mouvement. On peut certes faire de beaux lancers en poussant, mais c'est au niveau des articulations qu'est le problème. Les photos 1 et 2 illustrent bien ce mouvement.

     Pour pousser sur la canne, la main doit obligatoirement être serrée sur la poignée pour garder la canne en position, engendrant une contraction musculaire importante. Plier et déplier le coude à chaque lancer avec la main crispée sur la poignée est risqué, surtout si l'on fait de faux-lancers inutilement. De plus, la main étant déjà contractée sur la poignée, je ne peux pas la serrer plus pour faire un arrêt net et avoir une boucle plus performante.

     Le coude déplié dans un lancer est le signe que le pêcheur a poussé sur la canne, sauf lorsqu'il n'a que repositionné la canne en allongeant le bras après l'arrêt. Si je tire, la main peut être plus détendue et les bras restent plus près du tronc, ce qui est moins exigeant et plus confortable. Les images 3, 4 et 5 représentent la bonne technique expliquée dans ce paragraphe.

L'ÉPAULE

     On observe sur les photos 6 et 7 une position problématique. L'effort exigé des articulations y est énorme. Souvent, cette position est développée par des pêcheurs pour garder la soie haute afin de parer un obstacle ou une mouche. Cette position peut être évitée en faisant un lancer ovale dans le cas d'un obstacle, et en gardant la mouche sous le vent avec un revers lorsqu'on veut éviter d'être frappé par une mouche.

     Pour les besoins d'un lancer très long, on peut tenir la canne au même endroit, tout en ayant une bonne organisation corporelle. Observez la différence de position du corps entre les trois photos. Sur la photo 8, en plus de pouvoir utiliser la puissance du bassin, je tire sur la canne.

     Un autre geste problématique, que l'on remarque sur la photo 9, est de soulever le coude lors du lancer. Toutefois, pour être efficace, le coude devrait baisser et non monter. Encore une fois, une mauvaise compréhension de la technique explique ce mouvement utilisé par certains pêcheurs pour éviter de faire une boucle croisée à l'origine de nœuds dans le bas de ligne. Ainsi, on corrige un problème au détriment d'une bonne organisation corporelle. Il serait préférable d'éliminer la cause première, c'est-à-dire la raison pour laquelle la soie va se croiser.

Conclusion

     La première chose à faire lorsqu'apparaissent des douleurs aux articulations est de consulter un professionnel de la santé. Ce genre de blessures est assez long à guérir et doit être pris au sérieux.

     Les professionnels de la santé vont généralement proposer des exercices de réhabilitation et de musculation pour renforcer les articulations qui sont soumises à de grandes contraintes.

     Je ne peux pas être contre la vertu et dire que ces exercices ne sont pas bons mais, plutôt que de renforcer une articulation soumise à de grandes contraintes à cause d'une technique déficiente, je pense qu'il serait plus sage et efficace d'arrêter de mal utiliser ses articulations en suivant un cours de lancer avec un instructeur compétent tenant compte de l'organisation corporelle dans son enseignement.

     Évidemment, d'autres éléments du lancer sont liés aux causes de blessures de façon directe ou indirecte. Vous êtes invités à consulter la partie 2 de cet article sur le site Web www.fqsa.ca/jepechealamouche pour en prendre connaissance. Les sujets suivants y sont abordés:
     L'équipement (ta longueur de la canne, son poids, son action)
     Le mythe de balancer la canne Le quoi? 
     Le « Swingweight »
     La prise de la canne
     Les tractions
     Les styles

     Pour conclure et résumer de façon simple, la meilleure façon de prévenir les blessures est d'apprendre à diminuer l'effort et varier ses lancers.

Références

» Texte & Photos Jean-Pierre Martin
» FQSA.CA | SAUMON Été 2017

1- Healthy Fishing. Research View, Summer 2006. The University of Montana, Missoula, MT. www.umt.edu/urelations/rview/sum-mer06/fishing.htm 4. Upper Extremity Pain Seen With Fly-Casting Technique: A Survey of Fly-Casting Instructors. McCue, T.J., M.D.. Guse, C.È..M.S.. Dempsey, R.L, M.D., M.S. Wilderness & Environ-mental Medicine, Vol. 15. No. 4, pp 267-273 (2004).
2- www.flycastinginstitute.com
4- Fishing surpasses basketball as No. 1 for eye injuries. Bolton, M., Newhouse News Service, StarTribune.com, Minneapolis, St.Paul, MN. Aprit 24, 2007. ©2007 Star Tribune, www.starthbune.com/531/ storyZ1141910.html
5- Fishing Industry Safety. ©2000-2007, State Compensation Insurance Fund, California. www.scif.com/safety/safetymeeting/Article.asp/Ar-ticlelD=392.

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