Un Avant-Midi Palpitant

     Tout saumonier un tant soit peu expérimenté a eu la chance de vivre des journées magiques où tout semble lui sourire. Nous étions en Gaspésie, pour cette occasion; je péchais dans le secteur 9 sur la York pendant que mes deux comparses s'émoustillaient à taquiner des beaux spécimens à Spruin Rock. Mous avions convenu de nous rencontrer vers la fin de l'avant-midi.

Un Avant-Midi Palpitant
     J'arrivai à la fosse Keg et, comme d'habitude, j'avais les yeux et les oreilles à l'affût pour épier le « roi des eaux » dans ses manifestations matinales. J'étais seul et tout en admiration devant cette belle rivière. Quelques cris d'oiseaux venaient s'ajouter à cette féerie. J'enfilai tranquillement mes bottes de pêche et je commençai dans le haut du rapide, perché sur une roche plate au centre de la rivière. Après une dizaine de minutes de pêche, la ligne se tendit et un saumon d'un poids respectable déroula allègrement ma soie en faisant chanter le moulinet. Je quittai prudemment mon perchoir pour rejoindre la berge; il était 6 h 30 du matin. Après l'exécution de quelques sauts acrobatiques et d'après la tension exercée sur la soie, j'estimais ce poisson autour de 20 livres. 

     J'étais nerveux et je commençais à imaginer le scénario pour ramener ce saumon à bon port. Après dix minutes de combat, le moulinet bloqua et la soie refusa de se dérouler; je déposai ma canne et essayai de résoudre ce problème. Pendant ce temps, le saumon refaisait ses forces dans le courant. Après une minute interminable, je réussis à débloquer le tout et commençai à embobiner la soie restée pendante; au moment précis où la soie reprit un peu de sa rigidité, le saumon exécuta un saut vers l'amont et me quitta soudainement. J'étais peiné mais non découragé; je pris quelques minutes de repos pour retrouver le calme intérieur.

     Puis j'exploitai la queue de la fosse et je capturai un castillon qui vendit chèrement sa peau; il était huit heures. C'était bientôt le temps du déjeuner et j'en profitai pour laisser reposer la fosse. Plus tard, après quelques lancers à la sèche, un saumon est venu s'intéresser à la mouche mais mon manque d'expérience m'empêcha de le capturer...

     Le temps me semblait courir et l'heure du rendez-vous avec mes compagnons approchait. Je décidai de reprendre la position initiale du matin pour balayer une dernière fois la fosse. La mouche parada quelques instants et un autre combat s'engagea, tout aussi palpitant que le premier. Au bout de 30 minutes et avec l'aide d'un agent de conservation qui maniait bien le queutard, un saumon de 20 livres rendit les armes; il était 10 h 30.

     Je repartis tout fier avec mes deux poissons pour retrouver mes complices saumoniers à Spruin Rock. En arrivant sur le cap, je vis Raymond en chômage puisqu'il avait capturé un spécimen de 8 livres tôt le matin. Mous décidâmes d'aller chercher les saumons pour faire de la photo. Dans le sentier menant à l'automobile, on entendit soudainement un cri: « J'en ai un! ». Daniel venait de « s'accrocher ». Nous sommes donc revenus promptement à la fosse. J'en profitai pour prendre quelques photos alors que Raymond servait de guide. Quel point de vue magnifique pour observer un combat avec le roi des eaux. Celui-ci s'avoua vaincu après de beaux ébats; il pesait 13 livres.
Les minutes qui suivirent furent remplies d'allégresse: échange de poignées de main, photos, dégustation et sandwiches; elles avaient une saveur spéciale cette journée là puisque quatre saumons vinrent décorer les rochers de Spruin Rock pour la postérité.

Un Sport familial

     Deux pêcheurs en Gaspésie, membres de la FQSA depuis ses débuts, monsieur Louis Saint-Laurent et son épouse Johanne. Mille mots ne traduiraient pas mieux la fierté qu'expriment ces images.

référence

» Texte et photo Claude Couture
» Salmo Salar #42, Printemps 1996.
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