Ma Blonde Gertrude

     C'est le printemps dernier que j'ai rencontré pour la première fois celle qui sera toujours en ma mémoire, comme un modèle de beauté, de grâce et d'élégance.

     Dans ce temps de renouveau printanier, propice aux épanouissements amoureux, tout dans la nature est signe de naissance et de fraîcheur. A ce temps de l'année, quoi de plus naturel que l'achigan qui monte les rapides de la Bécancour pour venir y frayer.

Ma Blonde Gertrude
     Au début de juin, les rives ensoleillées de cette rivière sont assaillies par quelques pêcheurs de doré et par d'autres qui tentent prématurément de malhonnêtes tentatives pour attraper Sir Achigan.

     Je m'empresse de lui offrir toute une série d'artificielles, voulant créer ainsi une relation plus étroite et attachante!

     Mais, la vigilante Gertrude refuse spontanément toute mes avances et n'a que dévouement envers sa progéniture.

     Débordant de passion pour ma bien-aimée, je lui présente une dernière offrande, connaissant sa gourmandise, je glisse une perle sur son nid.

     Voilà que la malheureuse s'acharne sur l'artificielle avant qu'elle ne se pose sur ses oeufs. L'emportant au large, elle sent la douleur cuisante traverser sa mâchoire; elle bondit hors de l'eau en gerbe d'écume, tantôt patinant sur la queue, tantôt se dirigeant de gauche à droite en défendant courageusement son existence.

     Devant un spectacle aussi grandiose, je ne peux que gracier un aussi bel animal, et longtemps, je contemple Gertrude blottit contre sa roche.

     Dans les jours suivants, je raconte mon aventure à quelques amis dont John qui s'empresse de lui faire la cour.

     En voyant Gertrude, John se prépare à lui faire le coup de l'artificielle, mais Gertrude est bien décidée cette fois à rester fidèle à son nid.

     C'est alors que notre ami lui lance cette minuscule mouche écarlate, Gertrude voit rouge et se propulse sur l'intrus.

     Mal lui en pris, car pour John commence un combat qui restera à sa mémoire jusqu'à sa retraite.

     Patinant sur la queue, virant vers les rapides, Gertrude défend chèrement sa peau, et ce n'est qu'à bout de force qu'elle se laisse accrocher à la rive.

     Au harsard des déplacements, on y rencontre de jolies filles en quête d'un coin tranquille pour s'y faire bronzer. C'est dans ce décor enchanteur et romantique que je vis pour la première fois Gertrude.

     Elle était splendide, toute blottie contre cette grosse roche accrochée à la rive. Mon coeur s'emballa à un rythme inquiétant, je fus faciné par ses courbes invitantes et ses beaux yeux rouges.

     Pour John, c'est l'extase, le bonheur sublime, un achigan de cette taille et un combat si viril, ce n'est pas tous les jours, occasion de telle capture.

     Comme moi, John retourne Gertrude à son nid et probablement que l'an prochain nous pourrons revoir Gertrude au même endroit. J'oubliais de vous dire, Gertrude est un mâle, car voyez-vous chez l'achigan, c'est le mâle qui surveille le nid.

références

» Par: Jacques Juneau
» Atossement Votre Été 1985.
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