Le Dégelis... Paradis pour la mouchetée!

     Le Croissant Vermeil a de tout temps représenté l'image d'un territoire de prédilection pour la truite mouchetée. En plus d'offrir un excellent potentiel pour les truites-trophées, certaines des pourvoiries qu'on y retrouve sont de véritables hôtels de première classe, sans pour autant être inabordables.

Le Dégelis... Paradis pour la mouchetée!
     Quand les responsables des grands hôtels et des restaurants haut de gamme de la région de Québec veulent se payer quelques jours de repos en pleine forêt, loin de la foule des vacanciers et des touristes, vous imaginez bien qu'ils ne se rendent pas dans un «trou»... Ils veulent éviter la «grosse misère» et désirent se faire gâter à leur tour! Ce qu'ils recherchent, c'est l'hébergement le plus confortable, une bonne bouffe préparée par des cuisiniers compétents ainsi qu'une pêche de qualité. On ne peut pas leur «passer un sapin»: ils connaissent le tabac, comme on dit... Mais où vont-ils ? Je le sais maintenant, puisque je les ai déjà accompagnés: à la pourvoirie du lac Dégelis, dans la région du Croissant Vermeil (au nord-est du Saguenay-Lac-Saint-Jean).

     Leur choix ne me surprend pas. Depuis 17 ans, ma fonction de chroniqueur de chasse et de pêche au quotidien «Le Soleil» de Québec m'amène à fréquenter des territoires fauniques partout au Québec. Pourtant, lorsqu'il est question de la pêche des truites mouchetées, c'est le «Croissant Vermeil» que j'affectionne tout particulièrement. Tout y est attirant: les poissons, les lacs et rivières, le territoire, les établissements et les gens qu'on y rencontre, leur accueil chaleureux et les services qu'ils offrent. Et la pourvoirie du lac Dégelis, qui en est maintenant à près d'un demi-siècle d'existence, a toujours comblé mes attentes. Cet établissement hôtelier en forêt, qui a longtemps été la propriété de la famille Picard (du réputé hôtel-motel Au Parasol, de Chicoutimi), est bien connu des vrais pêcheurs de truites mouchetées de toute l'Amérique du Nord.

Le «Croissant Vermeil»

     Voilà une vingtaine d'années tout au plus, la majorité de la clientèle fréquentant le Croissant Vermeil était étrangère (jusqu'à 90 pour 100 d'Américains, dans certains cas). Mais, depuis lors, les Québécois ont découvert la richesse inouïe de cette portion de leur territoire et la vapeur a été presque complètement renversée. Ceux qui ont «goûté» à ce coin du Québec réservent habituellement pour l'année suivante dès la fin de leur présente excursion!

     C'est à Mgr Victor Tremblay, le célèbre historien du Saguenay-Lac-Saint-Jean, qu'on doit cette appellation de «Croissant Vermeil». Il faut avoir assisté à quelques «couchers» de soleil, là-bas, pour comprendre le soulèvement de l'âme poétique de Mgr Tremblay devant un tel tableau. Et l'appellation de «Dégelis», d'où provient-elle ? Du fait, m'a-t-on dit, que ce lac (d'une longueur de six kilomètres environ) est le premier grand plan d'eau de cette région à dégeler, chaque printemps. Ce dégel survient à la fin du mois de mai, environ un mois après qu'il se soit produit dans les régions du Québec situées plus au sud; c'est donc dire que les conditions de pêche sont à leur meilleur dans la région du lac Dégelis alors qu'elles commencent à décliner dans les lacs situés plus au sud de la province.

     Les truites mouchetées de cette pourvoirie jouissent d'une belle saison beaucoup moins longue qu'ailleurs au Québec pour se nourrir et demeurent donc voraces tout au long de la saison de pêche sportive. Ces truites au ventre écarlate sont batailleuses: même celles ne mesurant qu'une dizaine de pouces (25 cm) de longueur, vous donneront des émotions fortes et ce n'est qu'en les sortant de l'eau que vous aurez une juste idée de leur dimension et de leur poids.

     La pourvoirie du lac Dégelis, avec ses sept chalets en bois rond très confortables et bien équipés, établis sur une plage de sable fin d'une longueur approximative d'un kilomètre, et avec sa salle à manger où l'on sert aux 40 clients des repas abondants et de qualité, a de quoi satisfaire les visiteurs les plus exigeants. Pour la pêche, pas de problème: vous êtes au cœur du «paradis» québécois des truites mouchetées sauvages et ces poissons fourmillent littéralement dans les 42 lacs de la pourvoirie. Les eaux du lac Dégelis, par exemple, semblent en contenir une population inépuisable.

Les frères Dumas

Le Dégelis... Paradis pour la mouchetée!
     Les frères Claude et François Dumas (respectivement de Saint-David-de-Falardeau, au Saguenay, et de Val-Bélair, en banlieue de Québec) exploitent ce territoire d'une superficie de 106 km2 en vertu d'un bail de droits exclusifs de chasse et de pêche signé avec le ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche du Québec.

     C'est au début de 1986 qu'ils se sont portés acquéreurs de cette pourvoirie renommée, avec l'intention de la rendre encore plus célèbre pour la qualité de son accueil, de ses équipements et de sa pêche. Ces deux jeunes hommes, approchant la quarantaine, savent exactement ce que les clients attendent d'eux: depuis leur jeune âge, ils ont fréquenté nombre de pourvoiries comme clients, ce qui leur a permis de découvrir l'importance de l'accueil et du service personnalisés. Pour eux, ces deux éléments ont une valeur capitale, puisqu'ils peuvent faire oublier les sautes d'humeur de la température... et des poissons! Les frères Dumas savent qu'un client devenu un ami du pourvoyeur est un client fidèle, quoi qu'il advienne.

     Avant de prendre charge du Dégelis, les frères Dumas étaient associés avec d'autres hommes d'affaires dans une pourvoirie moins grande, située au nord du lac Saint-Jean. Pour sa part, Claude Dumas avait auparavant été administrateur (pendant quatre ans) de la fameuse ZEC Batiscan-Neilson, dans la région de Portneuf, une ZEC très fréquentée dont le budget dépasse le demi-million de dollars. Quand il est question de chasse, de pêche et d'administration de territoires fauniques, les frères Dumas ne sont pas nés de la dernière pluie!

Que d'eau!

     Alimentés par les eaux du grand réservoir Pipmuacan, les lacs de la région du Croissant Vermeil ont de tout temps suscité la convoitise des pêcheurs à la ligne. C'est là qu'on retrouve les pourvoiries parmi les plus recherchées; ainsi, à l'ouest du domaine du Dégelis, c'est l'immense complexe Épinette Rouge et Homamo, tandis que les pourvoiries Poulin-de-Courval, Archer et Clauparo la bordent au sud. À l'est et au nord du domaine du Dégelis, c'est le territoire libre.

     Le tiers de la superficie du territoire de la pourvoirie Dégelis est composé d'eau. Il est émaillé de 42 lacs, certains impressionnants et d'autres de moins grande envergure, dont plusieurs ne sont pas encore baptisés, et aussi d'un grand nombre de ruisseaux et de rivières rapides.

     Jusqu'à ces dernières années, les anciens propriétaires de la pourvoirie faisaient surtout pêcher leurs clients dans le grand lac Dégelis et sa décharge (la tumultueuse rivière Portneuf), ainsi que dans les lacs Daniel, Richard, Emmuraillé et quelques autres petits lacs. Les frères Dumas, apprenant que bien des lacs n'avaient jamais été exploités, ont décidé d'aménager des « portages» pour les rendre accessibles à leur clientèle. Mais ils ont aussi décidé de n'en exploiter qu'une quinzaine annuellement, de telle sorte qu'une partie des plans d'eau du territoire se «reposent» chaque année. Cette rotation dans l'exploitation des lacs permet évidemment de conserver une pêche de très haute qualité pour les clients des années futures.

Des grosses truites

Le Dégelis... Paradis pour la mouchetée!
     Il pourrait vous arriver de récolter dans ces plans d'eau des truites longues comme le bras, pesant 5,6 ou 7 livres (2 à 3 kg). On en a même pris qui pesaient jusqu'à 9 livres (4 kg)! Parlez-en à mon confrère Benoît Dugal, chroniqueur de chasse et de pêche à Chicoutimi, qui a récolté une truite mouchetée pesant 7 1/2 livres (3,3 kg) dans le lac Dégelis, près des chalets. Parlez-en également à Normand Latreille, de Repentigny, directeur commercial du Grand Hôtel de Montréal en 1986, qui a pris une truite mouchetée pesant 5 livres (2,2 kg) dans le lac Dégelis. Claude Bernard, de Charlesbourg, représentant de la brasserie O'Keefe, et Jean-Pierre Ducos, de Sainte-Foy, gérant de bars et restaurants, pourraient aussi nous décrire la douzaine de truites pesant entre 1 1/2 et 3 livres (0,7 et 1,3 kg) qu'ils y ont prises en ma compagnie. Je n'ose moi-même vous parler des captures que j'y ai faites, de crainte de passer pour un fabulateur ou un vantard...

     Mais n'allez pas croire que tous les pêcheurs ferreront chaque jour des poissons «trophées» dans les lacs de la pourvoirie Dégelis! La plupart des truites prises par les clients mesurent de 8 à 12 pouces (20 à 30 cm) de longueur. D'ailleurs, les frères Dumas prendront bien soin de vous souligner ce fait lorsque vous communiquerez avec eux pour réserver; ce sont des pourvoyeurs honnêtes, pas des vendeurs d'illusions!

     Les pêcheurs, même les novices, auront peu de difficultés à récolter la limite permise de 20 truites. Mais les grosses truites sont là, dans leurs repaires, pour le plaisir des pêcheurs patients et expérimentés. Dites-vous qu'il n'y a que des truites mouchetées dans la presque totalité des plans d'eau de ce territoire; seuls quelques lacs reliés par des misseaux à la rivière Portneuf (qui communique avec le Saint-Laurent) pourraient contenir des meuniers noirs.

     La meilleure manière de récolter les mouchetées de ces lacs-là, c'est d'adopter la technique des clients habituels. Au bout d'une cuillère «Toronto Wobbler» (dont on a enlevé l'hameçon triple) d'une longueur de trois à quatre pouces (7,5 à 10 cm), on met un bas de ligne de 8 ou 10 pouces (20 ou 25 cm) de longueur auquel on attache un hameçon appâté d'un ver de terre bien dodu et bien vivant. On traîne de tout derrière l'embarcation (entre 50 et 75 pieds (15 et 23 m) de distance) pour que le tout cale bien, en maintenant la vitesse du moteur au ralenti.

     Quant à moi, je préfère une cuillère «West River» (dessus chromé, dessous cuivré), qui ressemble beaucoup à une «Toronto Wobbler», mais qui est plus pesante et qui a une action différente lorsqu'on la traîne derrière l'embarcation. J'utilise rarement le ver de terre comme appât, jugeant que l'action de cette cuillère est suffisante pour attirer les poissons.

     A l'aube et au crépuscule, en l'absence de vent, c'est évidemment le temps idéal pour pêcher à la mouche. Là-bas, les pêcheurs à la mouche utilisent avec grand succès des streamers, surtout les «Muddler Minnow» et «Magog Smelt». Mais, en fait, les truites sont tellement voraces que les mouches que vous aurez dans vos coffrets feront bien l'affaire.

Équipement

Le Dégelis... Paradis pour la mouchetée!
     Vous pouvez emmener sans crainte votre épouse et vos enfants à la pourvoirie du lac Dégelis, puisque l'organisation y est impeccable. L'établissement peut héberger et nourrir simultanément 40 personnes; les sept chalets en bois rond, de grandeurs différentes, peuvent accueillir de deux à dix personnes. L'éclairage y est à l'électricité (grâce à une génératrice) et chaque unité est pourvue d'un poêle à bois; on y trouve l'eau courante pour les toilettes et l'eau chaude pour les douches (grâce au propane). Les lits, dans des chambres séparées de la salle de séjour, sont confortables; la literie est fournie. La grande salle à manger, située près des cuisines et des appartements du personnel, est éloignée des camps où logent les clients; d'ailleurs, les chalets sont assez distancés les uns des autres. Ce sera une véritable vacance en «plan américain» pour tous les membres de votre famille, qui seront traités comme princes et princesses dans un décor sauvage d'une beauté tranquille.

     Quand vous, votre épouse et vos enfants en aurez assez de prendre des truites, vous pourrez vous allonger sur la plage de sable blanc pour vous y faire bronzer au soleil, ou vous baigner en toute sécurité, en face de votre chalet, puisque le sable de cette longue plage descend très graduellement sous l'eau. Des pédalos sont également à la disposition des petits, et des grands, pour de calmes randonnées sur le lac Dégelis. Votre épouse voudra sûrement en utiliser un, pendant que le personnel de la pourvoirie préparera les repas et lavera la vaisselle!

     En juillet, durant la période des grandes vacances familiales, les frères Dumas organisent des «dîners champêtres»: tous les clients qui le veulent bien partent en caravane et s'en vont «boustifailler» en plein air, sur les bords du superbe lac Emmuraillé. Vous pourrez donc faire d'une pierre deux coups: réaliser une magnifique excursion de pêche au «paradis» des truites mouchetées, tout en offrant une vacance inoubliable dans la sauvagerie québécoise aux membres de votre famille... pendant que vacanciers et touristes encombreront routes, restaurants et motels du reste de la province!

     Vous pratiquerez une pêche «libre», en ce sens qu'il n'y a pas de guides. Une carte du territoire vous sera remise, indiquant clairement l'emplacement des lacs, les routes à suivre pour vous y rendre avec votre automobile de promenade, les sentiers et portages à emprunter pour y accéder; pour chaque lac, on désignera même sur les cartes les meilleurs «spots» de pêche! Les frères Claude et François Dumas assurent l'encadrement de l'accueil par leur présence continuelle sur les lieux; quelle meilleure garantie que d'avoir l'un des propriétaires de la pourvoirie à proximité, lorsque le besoin s'en fait sentir ?

     Au total, 15 embarcations sont disponibles pour les pêcheurs: des chaloupes très sécuritaires, en fibre de verre, d'une longueur de 16 pieds et munies de moteurs de 6 HP (sur les grands lacs) ou de 2 HP (sur les plus petits). La pourvoirie est reliée au monde extérieur par un radio-téléphone qui s'intègre au réseau de Bell Canada, ce qui vous permet de communiquer avec n'importe quel appareil téléphonique du monde.

Accessibilité

     N'allez surtout pas croire qu'un tel «nirvana» est réservé à des millionnaires. En 1988, pour un séjour de trois jours et trois nuits (du vendredi matin au lundi matin), il en coûtait 425 $ par personne (accès routier) ou 525 $ (transport par hydravion inclus); pour un séjour de quatre jours et quatre nuits (du lundi matin au vendredi matin), les tarifs étaient de 470 $ par personne (accès routier) ou de 575 $ (transport par hydravion). Évidemment, ces tarifs incluent le camp privé (électricité, eau courante, douches, toilettes, literie, bois de poêle), les repas et les lunches, l'embarcation avec moteur et essence, les services du personnel du camp et le transport aérien optionnel. Du 15 juillet au 15 août 1988, la pourvoirie offrait un «tarif familial»: pour un séjour d'une durée de six jours, il en coûtait 850 $ pour les deux conjoints, 125 $ pour un enfant âgé de 5 à 9 ans inclusivement et 150 $ pour un adolescent âgé de 10 à 14 ans inclusivement (transport aérien à négocier).

     Le transport aérien est assuré à partir de la base aéronavale de la compagnie Air Saguenay au lac Sébastien, à Saint-David-de-Falardeau, située à une trentaine de kilomètres au nord de Chicoutimi. Depuis que la compagnie Reed coupe le bois dans cette région, il est toutefois possible d'accéder à la pourvoirie du lac Dégelis par la route. Pour ce faire, on se dirige vers Forestville, sur la Côte-Nord, où une route asphaltée d'une longueur de 88 kilomètres nous mène à Labrieville. De là, on emprunte une excellente route gravelée, longue de 72 kilomètres et sur laquelle on peut aisément circuler en automobile de promenade, jusqu'à la pourvoirie. N'oubliez pas qu'un rabais substantiel est consenti aux clients qui n'utilisent pas l'hydravion et qui accèdent à la pourvoirie par la route.

     Pour obtenir plus de renseignements (dépliant, carte des tarifs pour la saison 1989, etc.) ou pour réserver, communiquez avec l'un ou l'autre des frères Dumas: Claude Dumas, Pourvoirie du lac Dégelis inc., case postale 52, Lac Sébastien, Saint-David-de-Falardeau, QC, GOV ICO, (418) 673-7293 ou (418) 667-3239; François Dumas, 1674 boulevard Pie XI, Val-Bélair, QC, GOA 1G0, (418) 842-2409.

     Lorsque vous aurez visité la pourvoirie du lac Dégelis, vous comprendrez pourquoi les frères Dumas disent: «Vous constaterez que chez nous, vous n'êtes étranger qu'une fois!»

Références

» Texte & Photo: André-A. Bellemare (1989).
» Magazine Sentier Chasse & Pêche (Annuel de Pêche).

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