Le Petit Égaré

     Annanlsh, c'est ainsi que les Montagnais désignaient la Ouananiche, mot signifiant « le petit égaré ». Ce salmonidé que les américains nomment « Land-locked salmon » est un saumon de la même espèce que le Saumon atlantique. En effet, suite à des études comparatives entre le Saumon atlantique anadrome, le saumon du lac Sebago (Maine) et la Ouananiche du lac St-Jean (Québec), Wilder (1947) n'a pu démontrer de différences uniformes entre ces populations. Il en conclut qu'ils appartiennent tous à la même espèce, soit: Salmo salar, et que les désignations sous-spécifiques de l'époque ne sont plus justifiées.

le petit égaré
     La Ouananiche, indigène au bassin de l'Atlantique Nord, est présente dans plusieurs grands lacs de la Côte Est. De taille plus petite que celle du saumon anadrome (2 à 4 livres), elle peut atteindre jusqu'à 7 livres au Lac St-Jean. Elle ne vit qu'en eaux douces, passant du lac à un cours d'eau tributaire pour le frai. Cette période a lieu à l'automne. La femelle pond en moyenne 700 oeufs par livre de poids corporel. L'incubation dure tout l'hiver et l'éclosion se produit lorsque la température atteint 3.9° C.

    Son alimentation est constituée en grande partie de poissons fourrage. L'Éperlan arc-en-ciel, lorsque présent dans le lac, constitue sa principale source d'alimentation. Le frai de l'éperlan se produit en mars, avril ou mai. Lorsque la température de l'eau approche de 10° C, les géniteurs remontent les tributaires. Ils en redescendent quand elle atteint 15° C. Les éperlans circulent dans le lac en bancs serrés et la Ouananiche s'en gave abondamment.

     Animal à sang froid, la Ouananiche subit une variation de température corporelle qui correspond à celle du milieu ambiant. Sa température préférentielle se situe aux environs de 10° C. Ainsi, sur un plan d'eau, on la retrouve aux endroits qui atteignent cette température, ceux-ci fournissant un meilleur apport en oxygène. Tout au long de l'année, les poissons se dirigent vers les zones qui conviennent le mieux à leurs besoins.

     Pendant les différentes saisons, l'eau des lacs subit des changements. Comme la plupart des substances, l'eau devient plus légère lorsqu'elle est plus chaude, et inversement plus lourde lorsqu'elle est froide. Elle possède une propriété unique. Sous 4°, elle s'allège. Voilà pourquoi, en hiver, elle est plus chaude dans le fond.

     À la fonte des glaces, la pluie, le soleil, le vent et le ruissellement réchauffent l'eau de surface et lui apportent de l'oxygène, ce qui favorise la remontée du poisson. Lorsque la température atteint 4° C, partout, il se produit ce qu'on appelle le renversement printanier. Ce phénomène amène une distribution de l'oxygène à toutes les profondeurs. On peut ainsi retrouver des poissons à chaque niveau. À la fin du printemps, l'eau la plus chaude se sépare de l'eau plus froide et monte à la surface.

     Au début de l'été, il se forme trois couches distinctes; l'EPILIMNION, ou couche de surface, l'HYPOLIMNION, ou couche de fond, et entre les deux la THERMOCLINE; endroit où la température chute de façon drastique. On dit que le lac se stratifié. Au milieu de l'été, le lac devient de plus en plus stratifié. L'hypolimnion commence à perdre son oxygène et force le poisson à remonter vers la surface, même si l'eau y est encore trop chaude. À la fin de l'été, l'hypolimnion a presque perdu la totalité de son oxygène et l'épilimnion est trop chaude. En conséquence, les poissons d'eaux froides se rapprochent de la thermocline.

     En automne, la surface se refroidit et l'écart de température entre l'épilimnion et la thermocline diminue. L'hypolimnion n'a plus d'oxygène et les poissons remontent vers la surface. Le même phénomène de renversement qu'au printemps se produit lorsque la température de l'eau atteint 4° C, ce qui donne un nouvel apport d'oxygène à l'hypolimnion. À la fin de l'automne, l'eau de surface se refroidit et s'abaisse sous les 4° C. Elle s'allège et flotte au-dessus de la couche plus chaude. Alors, les poissons se déplacent vers les profondeurs.

     Sous la glace, au début de l'hiver, on retrouve les poissons dans la partie profonde, où la température est plus chaude et l'oxygène plus abondant. À mesure que l'hiver progresse, l'hypolimnion perd peu à peu son oxygène et force le poisson à remonter vers la surface.

     En lac, la Ouananiche se pêche surtout à la traîne. Cette technique est la plus efficace car elle permet à la mouche de se déplacer à une vitesse et à une profondeur idéales. En début de saison, la pêche de surface est la plus intéressante. Comme on l'a vu précédemment, le poisson remonte vers la surface au printemps et, à mesure que l'eau se réchauffe, il redescend vers les profondeurs.

     Si vous débutez votre saison de pêche à la Ouananiche à la fin d'avril, surtout dans les lacs au sud de la province, je vous conseille de vous procurer une carte bathymétrique car elle vous révélera les profondeurs et les hauts-fonds du lac. Les conseils d'un guide, d'un habitué de la place sont souvent très utiles pour connaître les meilleurs coins à prospecter et les meilleures mouches à utiliser. En début de saison, optez pour une soie flottante, suivie d'un avançon (6 lbs de résistance) d'environ 30 pieds de longueur et attachez-y la mouche de votre choix. Prospectez les bords du lac, les pointes de roche et les entrées et sorties d'eau à la vitesse d'une embarcation à rame. Si vous n'avez pas de succès, vous pouvez varier la vitesse et changer votre mouche. Différentes techniques peuvent aussi être utilisées telle la rentrée de la soie par petites saccades rapides. Vous pouvez aussi imprimer à votre canne de grands mouvements lents vers le haut. En présence d'une brise légère, il est bon de se déplacer face au vent et de provoquer des petites saccades à votre mouche. Si vous voyez quelques manifestations de la Ouananiche en surface, vous pouvez aussi tenter quelques lancers. L'utilisation d'un sonar peut être utile pour connaître le niveau de profondeur où se tient le poisson. De toute façon, il est bon de varier ses techniques.

     Pendant les mois d'été, lorsque le poisson a regagné les profondeurs, on doit utiliser une soie extra-calante et même, à certaines occasions, un système Palmep, selon la localisation du poisson. Cette technique est plus difficile et moins fructueuse.

     Pour l'équipement, je vous recommande une canne de graphite de 8 1/2 à 9 pieds, munie d'une soie flottante, à bout calant ou extra-calante, selon la situation. Pour une soie flottante, on peut utiliser des couleurs brillantes. Par contre, les soies calantes doivent être de couleurs sombres (gris, brun ou vert). Le moulinet doit contenir environ 50 verges de corde de réserve (20 lbs de résistance). On peut utiliser un avançon de 4 à 8 livres de résistance, ma préférence allant pour le 6 lbs. Selon la grandeur du lac, on peut utiliser un moteur à gaz, ou un moteur électrique dans les conditions d'eau plus calme.

     Un peu d'histoire? Parmi les mouches à utiliser, les premiers streamers sont apparus vers les années 1800, et les hameçons à longues hampes au début du 19ième siècle. Carrie Gertrude Stevens, une américaine du Maine, débuta la fabrication des streamers à longues hampes en juillet 1924. Son premier patron fut la GREY GHOST et le premier streamer tandem, la « 9 - 3 «, fut monté par J. Herbert Sanborn de Waterville, Maine. Depuis, plusieurs autres modèles ont été créés, tels Bucktail Governor Aiken, Magog Smelt, Pink Lady, Grand Duc Spéciale et plusieurs autres. En bref, toutes les imitations d'éperlan valent la peine d'être essayées.

Références

» Par Jacques et Réjeane Demers
» Système Palmep : voir Jeannot Ruel, 1996, Pêche à la mouche. Équipement - Techniques - Stratégies, page 113.
» Dick Stewart & Bob Leeman, 1982.
» Trolling Flies for Trout& Salmon. Capital Offset Company, USA, 122 p.
» Atos, Mars 1997.
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