Ouananiches Géantes du Watshihou

     La côte-nord est un véritable paradis de pêche pour les salmonidés, à l’intention des pêcheurs de ouananiches – notre saumon d’eau douce – nous vous présentons une destination où le rêve risque de devenir réalité…

     L’après-midi touche à sa fin lorsque mon compagnion André-A Bellemare, journaliste spécialisé en chasse et pêche pour le quotidien Le Soleil. Le guide Octave Parisé et moi-même, arrivons à la décharge du grand lac Watshishou (prononcez «wat-chi-chou). Ce plan d'eau est situé à environ 60 milles (100 km) au nord-est de Havre Saint-Pierre, sur la moyenne Côte-Nord du golfe du Saint-Laurent. Des amis nord-côtiers m'avaient décrit cet endroit comme étant un paradis de pêche du saumon d'eau douce.

     Nous prenons place sur les rochers bordant la rivière. Devant nous s'étend une grande fosse dont les eaux foncées et profondes laissent présager qu'elles cachent de belles grosses ouananiches. Malgré le vent qui souffle de toutes ses forces. Bellemare et moi tenons absolument à pécher à la mouche: d'ailleurs ça fait à peine quelque minute que nous sommes arrivés que déjà nous avons repéré quelques ouananiches qui chassent entre deux eaux. En cuise d'encouragement, et comme pour nous exciter davantage, Octave nous dit: «Ça fait une semaine que nous n'avons pas péché ici: nul doute que des grosses ouananiches s'y trouvent: habituellement les premiers lancers sont très chanceux».

     Je prépare donc mes appareils-photo afin d'être prêt à croquer sur le vif des scènes d'action. André prend place au début de la fosse, en amont. Il dépose son streamer Mickey Finn à l'endroit indiqué par Octave. Le courant entraine la soie faisant décrire un arc de cercle à la mouche. Comme l'artificielle s'approche des rochers, la soie se raidit brusquement: se sentant piquée, la ouananiche bondit hors de l'eau. En saumonier aguerri, André manoeuvre bien: peu de temps après, la ouananiche se retrouve emprisonnée dans les mailles de la salebarde. Elle mesure près de vingt pouce (50 cm) et fait un poids de plus de trois livres (1.4 kg).

     L'optimiste est à son comble, cette première capture nous amène inévitablement à croire que le meilleur reste à venir. Mais quelques heures après, malgré le recours à des mouches de toutes grosseurs, des techniques et des équipements les plus variés, aucune autre ouananiche n'a daigne saisir nos mouches. Pourtant, de temps à autre, des ouananiches signalent leur présence en fendant la surface de l'eau pour saisir probablement des larves d'insectes. D'ailleurs nous avons eu l'occasion de constater la présence de quelques grosses ouananiches dont le poids estimé de façon conservatrice (est-ce possible de la part des pêcheurs...?) dépasse les cinq livres (12.3 kg).

     Comme l'heure du souper arrive, Octave se tourne vers moi et me lance simplement. «Vous devriez essayer un Rapala». J'attache donc un Rapala plongeant de couleur orangé fluorescent à un équipement de lancer léger qu'André avait pris la peine d'amener avec lui. Je lance ici et la le poisson nageur de manière à bien couvrir la fosse. Je le ramène à vitesse variable, en imprimant des secousses à la canne afin d'imiter la nage erratique d'un petit poisson en difficulté; grâce à mes lunettes à verres polarisés, je vois très bien l'action du leurre.

     Dans un secteur bien précis de la fosse, l'eau foncée m'indique que la profondeur est grande. Je lance le Rapala dans cette zone en prenant soin d'accélérer la récupération afin que le poisson nageur atteigne une plus grande profondeur. De fait, le poisson s'enfonce tellement que je le perds de vue. Au même mo¬ment, tout bloque. Je sens une résistance énorme sur la ligne. Puis tout à coup, la ouananiche quitte le fond de la fosse et s'élance hors de l'eau de toutes ses forces en contorsionnant vigoureusement son corps afin de se libérer du leurre.

     Octave, jusque-là réservé dans ses propos, s'exclame: «C'est une grosse ouananiche que vous tenez là». Il avait bien raison. Ce saumon d'eau douce se défend avec une vigueur fidèle aux individus de cette espèce. En deux occasions, la ouananiche tente de s'engager dans le gros rapide aux eaux blanches et écumeuses qui se trouve en aval de la fosse. Mais peine perdue. Après plusieurs minutes de combat, je la glisse dans la salebarde qu'Octave avait discrètement déposée dans l'eau. De retour au camp principal, quelques minutes plus tard, cette ouananiche a fait osciller la balance à 8 livres et 3 onces (3,6 kg).

La Pourvoirie du lac Holt

     C'est ainsi que débutait, au cours de la deuxième semaine de juillet 1990, un séjour mémorable à la Pourvoirie du lac Holt. Cette entreprise est la propriété de Gilles Marquis et de Lisette Bouchard de Port-Cartier, qui, soit dit en passant, pratiquent passionnément la chasse et la pêche depuis plusieurs années.

     La pourvoirie compte deux grands lacs poissonneux sur son territoire: le lac Watshishou et le lac Holt.

     A l'instar de nombreux lacs de cette partie du Québec, le Watshishou est une véritable mer intérieure. Il constitue un élargissement de la rivière du même nom qui prend sa source au Labrador et qui se jette dans le golfe Saint-Laurent aux environs de Baie-Johan-Beetz. Le Watshishou s'étend sur près de 22 milles; sa profondeur moyenne oscille entre 40 et 60 pieds, mais le lac compte plusieurs fosses dont la profondeur varie entre 80 et 160 pieds au maximum. Le contour de ses berges, composées de nombreuses baies, fait plusieurs centaines de kilomètres. La ouananiche y règne en maître. Durant notre séjour, nous avons investi de nombreuses heures à naviguer partout sur les eaux du Watshishou; les observations faites à l'aide du sonar ainsi que la régularité des «touches» que nous avons senties et le nombre de captures que nous avons faites nous ont prouvé hors de tout doute que le Watshishou contient un nombre impressionnant de ouananiches. Je traiterai un peu plus loin dans ce texte de la pêche dans le Watshishou.

     Le camp principal de la pourvoirie, de construction récente, est situé sur une presqu'île du lac Watshishou. Ce camp est très bien équipé, de manière à assurer le confort même aux clients les plus capricieux. Le pavillon principal permet d'accueillir huit pêcheurs à la fois, en plan américain. Les pêcheurs sont logés par groupe de' deux dans des chambres très confortables. Avant ou après les repas, un grand salon permet aux clients de se regrouper et de partager les émotions vécues durant la journée. Sur place, les pêcheurs bénéficient des services de deux guides, Octave Parisé de Baie-Comeau et Normand Leblanc de rivière Saint-Jean.

     À ce sujet, je ne voudrais pas manquer l'occasion de souligner le professionnalisme des guides de la pourvoirie du lac Holt. Ils se dévoueront corps et âme pour faire de votre séjour une expérience unique dont vous vous souviendrez toute votre vie. André Bellemare et moi avons eu le plaisir de bénéficier des bons soins d'Octave, tandis que nos compagnons. Richard Bouchard de Montréal et Yvan Giroux de Jonquière, ont partagé leurs journées avec Normand. De façon unanime nous avons reconnu et apprécié la haute qualité de ces hommes. La cuisine est sous la responsabilité de Louise Parisé, l'épouse d'Octave. Je vais vous confier un secret: je retournerais là-bas sans hésiter juste pour renouer avec le plaisir unique de savourer les petits plats préparés de main de maître par Louise. En plus de bénéficier de talents culinaires hors pair, Louise s'attire rapidement l'amitié des gens par sa jovialité digne des nord-côtiers.

     Bien sûr les pêcheurs retrouvent sur place tout l'équipement de base nécessaire. Les chaloupes en aluminium d'une longueur de 16 pieds (environ 5 mètres), munies d'un moteur hors-bord de 10 HP, conviennent bien pour un plan d'eau comme le Watshishou où le vent rend parfois les conditions de navigation difficiles. Les prises des pêcheurs peuvent être congelées sur place. De plus, si vous en avez le goût, Octave fumera sur place une partie de vos prises au moyen d'un petit fumoir qu'il a spécialement aménagé à cette fin.

     L'hydravion est le seul moyen de transport pour se rendre à la Pourvoirie du lac Holt. Les départs et arrivées se font à partir du lac des Plaines, situé à quelques kilomètres au nord de Havre Saint-Pierre. Généralement, l'hydravion ne met que 30 minutes pour couvrir les 60 milles (100 kilomètres) qui séparent le camp principal de la pourvoirie du lac des Plaines. Pour nous rendre à Havre Saint-Pierre, Bellemare et moi avons mis 14 heures pour franchir les 900 kilomètres séparant Québec de notre destination. Ceci inclut bien sûr les arrêts pour manger, refaire le plein d'essence, saluer les amis... etc.

La pêche dans le Watshishou

     Le lac Watshishou est le royaume de la ouananiche. Sa réputation tient au grand nombre de ouananiches qu'il renferme et surtout à leur taille. En effet, le Watshishou contient des ouananiches de type «trophées» dont le poids dépasse les 10 livres (4.5 kg). Les gens qui connaissent bien la côte nord, surtout à partir de Sept-îles, font l'unanimité au sujet de l'énorme potentiel de pêche de la ouananiche que renferme ce lac. En plus du saumon d'eau douce, le lac Watshishou contient aussi, mais en moins grande quantité, de l'omble de fontaine (truite mouchetée) et de l'omble chevalier (truite rouge du Québec, truite marstoni).

     Pêcher dans le grand lac Watshishou c'est comme reprendre contact avec la sauvagerie québécoise telle que l'ont probablement connue les coureurs de bois. A cette époque, les forêts étaients vierges, les animaux abondants et les poissons nombreux. Le Watshishou offre tout cela.

     La seule manière de pêcher ce lac adéquatement est de laisser traîner un leurre derrière une embarcation. Les guides vous indiqueront volontiers les meilleurs endroits à fréquenter ou mieux, ils pourront vous accompagner si vous leur en faites la demande. Les habitués du Watshishou préfèrent utiliser une canne à lancer léger. Ils obtiennent du succès avec des poissons nageurs ou des cuillères tournantes ou ondulantes agrémentées parfois d'un gros ver de terre, ou encore d'une mouche artificielle. En raison de l'abondance des petites ouananiches (de 12 à 15 pouces - de 30 à 37 cm) les pêcheurs choisissent d'en gracier quelques-unes (rappelez-vous qu'à cet effet la loi permet maintenant de ne plus considérer les poissons graciés dans la limite de prises quotidienne). Il importe alors d'utiliser des leurres qui ne blesseront pas mortellement les ouananiches. Dans cette optique, les leurres comportant des hameçons triples sont à bannir puisque le poisson est piqué à de multiples endroits, augmentant ainsi le risque de blessures qui pourraient éventuellement lui être fatales. Les leurres comportant un hameçon simple sont de loin les meilleurs à utiliser dans ces circonstances.

     Une pièce d'équipement que vous devrez absolument apporter avec vous lorsque vous irez pêcher le lac Watshishou est le sonar. Ceux qui ont l'habitude de «travailler» avec cette pièce d'équipement connaissent bien les multiples avantages qu'un pêcheur peut en retirer lorsqu'il fréquente un plan d'eau d'importance. Notre rêve à Bellemare et moi, c'était de capturer chacun une grosse ouananiche de 10 livres (4,5 kg) avec nos cannes à mouche. Malheureusement, nous ne l'avons pas réalisé puisque, au cours de notre séjour, les grosses ouananiches avaient décidé d'occuper une zone située à une quarantaine de pieds de profondeur (une douzaine de mètres). Nous nous sommes néanmoins contentés de «petites ouananiches» pesant de 2 à 4 livres (de 1,1 à 1,8 kg) qui nous ont procuré un plaisir fou avec nos cannes à mouche. Yvan Giroux et Richard Bouchard, de même que Lisette Bouchard et Gilles Marquis, ont eux aussi capturé de belles ouananiches (de 2 à 5 livres - de 1,1 à 2,3 kg) durant leur séjour.

     Les mouches de type streamer comptent parmi les artificielles les plus productives quand on s'attaque aux ouananiches du lac Watshishou. Les modèles montés en tandem ou sur hameçon simple peuvent être plombés de manière à atteindre une plus grande profondeur quand c'est nécessaire. Quant aux meilleurs modèles, je ne vous apprendrai rien en écrivant que ce sont les Magog Smelt, Black Nose Dace, Mickey Finn etc.. Ce qui importe, c'est de disposer d'une bonne sélection de modèles et de grosseurs. N'hésitez pas à amener de petites mouches à truites, car à la fin du jour, lorsque le vent tombe, les ouananiches (grosses et petites) viennent chasser en surface. Vous connaîtrez alors, à mon avis, le summum de la pêche à la mouche. L'équipement est une affaire de goût mais prévoyez pêcher à la traîne la plupart du temps.

La pêche dans le lac Holt

     Le lac Watshishou se déverse dans le lac Holt par une rivière de quelques kilomètres de longueur dont les eaux tumultueuses attirent parfois les ouananiches. Le lac Holt est plus petit que le lac Watshishou. Il fait environ 8 milles de longueur (13,3 km) et ses fosses sont moins profondes. C'est le royaume incontesté de la truite mouchetée mais, de temps en temps, une ouananiche daigne bien saisir l'offrande d'un pêcheur. C'est sur ce lac que se trouvait le camp principal il y a quelques années. Nous avons passé une journée complète en compagnie d'Octave à arpenter les baies du lac, à pêcher au pied des rapides, à explorer les fosses (en quelques endroits, le lac se rétrécit au point de former une rivière).

     André et moi avons été frappés par l'énorme potentiel de pêche à la mouche que représente ce lac. Il est parsemé de baies peu profondes, où pullulent les insectes qui font le bonheur des truites durant tout l'été. Même si le soleil brillait de tous ses feux, nous avons eu un plaisir fou à capturer avec de légères cannes à mouche, des truites bien dodues, mais quand même voraces, dont la longueur moyenne variait entre 12 et 15 pouces (entre 30 et 40 cm). Imaginez ce que nous aurions connu si le temps avait été gris ou si nous avions péché en début ou en fin de journée; car Octave et Gilles Marquis nous ont assuré que des spécimens de 3 à 5 livres nagent dans les eaux du lac Holt, ce que nous croyons tout à fait plausible.

     Nous nous sommes rendus compte, en examinant l'estomac de quelques truites que nous avons conservées, qu'elles avaient consommé des mulots ou des petites souris des bois. Nous avons alors utilisé des grosses sèches à saumons (du genre Oiseau) et des Muddler Minnows; à chaque tentative avec l'une ou l'autre de ces artificielles, les grosses truites s'élançaient férocement sur nos appâts, croyant que c'étaient des souris qui nageaient. Mais nous avons aussi obtenu du succès en péchant avec de petites sèches (il y avait alors une importante éclosion de petites éphémères) et des nymphes plombées.

Un projet spécial

     Ce soir-là, nous étions tellement enthousiastes à notre retour au camp principal que Gilles Marquis a décidé que ce lac ne serait accessible qu'aux pêcheurs à la mouche à partir de l'été de 1991. Quatre pêcheurs, en plus des huit qui habiteront le pavillon principal, pourront loger dans un camp confortable qui se trouve déjà sur les rives du lac Holt. Opérée en plan européen, cette nouvelle formule donnera plus de latitude aux pêcheurs qui pourront profiter des meilleures heures pour la pêche (tôt le matin et tard le soir). Les pêcheurs qui logeront au lac Holt disposeront de l'équipement nécessaire pour faire leur «popote» et conserver leurs prises; de plus, ils pourront compter sur les services d'un aide de camp qui sera sur place en permanence.

     Mais les clients qui logeront au pavillon principal situé au lac Watshishou pourront quand même fréquenter une partie du lac Holt s'ils le désirent, à la condition bien sûr de pêcher à la mouche exclusivement. Pour accéder au lac Holt, un sentier a été aménagé et il est régulièrement entretenu; la marche en forêt dure de 20 à 30 minutes (dépendant de votre forme physique et de votre attitude face aux milliers de petites mouches noires qui vous accompagneront tout au long du trajet, sans vous demander la permission...).

     Si une excursion au lac Holt vous intéresse, hâtez-vous de communiquer avec Gilles Marquis ou Lisette Bouchard car déjà, au moment d'écrire ces lignes, il ne restait que quelques places disponibles pour l'été prochain.

Une expérience inoubliable

    La semaine que nous avons passée à la pourvoirie du lac Holt représente un des plus beaux voyages de pêche que j'ai eu l'occasion de faire ces dernières années. Non seulement en raison des conditions de pêche uniques, mais aussi en raison des gens qui y travaillent; ils sont constamment animés du souci de rendre agréable le séjour des clients. Ce qui me rassure pardessus tout c'est qu'entre les mains de Gilles Marquis et de Lisette Bouchard, cette pourvoirie est assurée de conserver ses attributs actuels; leur amour contagieux de la nature, de la chasse et de la pêche et leur souci d'offrir un produit de qualité les guident sagement dans leurs décisions relatives à l'exploitation de leur territoire. En conséquence, les pêcheurs qui s'y rendront dans quelques années seront assurés de retrouver la même qualité qui existe aujourd'hui.

Références

» Texte & Photo: Gérard Bilodeau (Mars 1991).
» Magazine Sentier Chasse & Pêche.
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