Les Mouches-Tubes (2)

     Tel que promis dans la parution du printemps 1995, nous abordons aujourd'hui la mouche-tube au Québec et ses techniques particulières de montage.

     Ce type de mouche semble le plus méconnu des mouches utilisées en Amérique du Nord, et tout spécialement au Québec. Premièrement, nous sommes des saumoniers qui commençons la saison avec des mouches de type streamer, longues et bien garnies. Nous voulons qu'elles s'approchent le plus près possible du fond de la fosse. Nous utilisons aussi des mouches de types Spey et Dee pour les mêmes raisons. Parfois, quelques vieux saumoniers utilisent même encore l'affreuse mouche Patente, une mouche garnie d'une aile fabriquée avec la moitié de la queue d'un chevreuil et montée sur un hameçon #6/0; cet hameçon pourrait du reste servir d'ancre à bateau.

Les Mouches-Tubes
     Quand le niveau de l'eau commence à baisser, commence la valse des mouches à ailes en poils et, pour certains, en plumes, souvent montées sur hameçon double #2/0 au #2. C'est aussi, pour quelques irréductibles de la mouche sèche, le temps de faire courir les grosses au-dessus des flèches d'argent en attente sur les roches dans la profondeur de la fosse.

     Plus la saison avance, plus le gabarit de la mouche diminue. Des gars comme François Chapados, du conseil régional de la FQSA de Montréal, préfèrent utiliser des mouches montées sur hameçon pour eau basse (low water), dans les réductions de 1/2 et 1/4. Ils obtiennent de bons résultats... quand celui-ci ne fait pas chavirer le canot. Pour Denys Duchaine, du conseil de la région de Québec, c'est une autre histoire: seules les diminutives mouches sèches lui procurent satisfaction et résultat. Pour beaucoup de saumoniers de la région de Gatineau, Angèle Gosselin, Jean Brind'Amour, René Richard et d'autres, seules comptent les mouches de type stonefly d'Yvon Gélinas. Sont-ils de bons pêcheurs ou utilisent-ils de bonnes mouches?

     Comme vous pouvez le constater, dans ce monde de la mouche à saumon, il y a un type de mouche pour chacun. Cependant, pour plusieurs, faire l'essai de mouches nouvelles, innovatrices, inusitées, demeure l'un des plaisirs de la pêche à la mouche. Je suis de ceux-là. J'aime étudier les aspects des mouches, leur comportement lors du lancer. Est-ce un perce-oreille, un bourdon qui veut vous arracher le chapeau ou une libellule qui se comportera dignement et atteindra le point de chute que vous souhaitez? Dans l'eau, l'aile se prendra-t-elle en pain pour couler à pic, ou par-courra-t-elle son arc de cercle avec dignité? Votre sèche se posera-t-elle comme un papillon ou révélera-t-elle sa présence comme la grenouille sautant précipitamment de son nénuphar? Ce sont là des facteurs importants dont il faut absolument tenir compte lors de la création et du montage d'une mouche de pêche.

     Dans l'article du numéro précédent qui traite des mouches-tubes, je vous signale que l'hameçon utilisé peut être triple, double ou simple. Pour ma part, je recommande l'utilisation de l'hameçon simple ou double, tout au plus, et je bannirais à tout jamais l'emploi du trépied pour la pêche de salmo salar. C'est une arme qui ne donne aucune chance au saumon; c'est un outil cruel, un engin pour ceux qui ne recherchent que la viande, pour les «viandeux».

     J'ai fait connaissance avec ce type de mouche voilà cinq ou six ans, par l'entremise de Jacqueline Lecomte qui, au retour d'un voyage assurément scientifique en Angleterre, me rapporta certaines belles plumes de cygne et quelques mouches utilisées par les saumoniers britanniques. Madame avait effectué ces achats chez Farlow's, dépositaire de Mouse of Hardy, sur Pall Mail Street à Londres. Les quelques mouches-tubes qu'elle m'a rapportées varient de 1/ 2" à 2" de long et sont montées sur des tubes de plastique de rigidité moyenne. J'ai essayé de trouver des tubes sur le marché québécois mais sans succès. J'ai alors commandé mes premiers tubes chez Farlow en Angleterre. Ce fut une déception: tube plutôt mou, avec un embout à chaque extrémité, tube qui se refermait lors du montage, très difficile à sortir de son support et surtout à prix excessif.

     J'avais lu dans certaines revues que les Européens utilisaient des tubes en laiton ou en cuivre. J'en ai fait l'essai, et j'en conclus que les mouches-tubes montées sur les tuyaux de métal sont, selon moi, des mouches plombées, une façon subtile de pêcher avec une mouche hors la loi, une mouche braconnière. Un autre type de mouche-tube nous est proposé par les pêcheurs d'outre-Atlantique: la mouche-tube avec un tube de plastique ou de métal, garnie à l'arrière d'un tube en caoutchouc flexible, ce qui permet de maintenir le trépied en place et l'empêche de tourner. J'ai fait l'essai de ce type de montage et je considère qu'il s'agit d'un illogisme pur et simple. Voyez-vous, l'efficacité de la mouche-tube lui vient de son action de rotation. Si l'on fixe l'hameçon au tube, on serait aussi bien de pêcher avec un «streamer» ou une longue «noyée».

     Donc, après bien des tentatives avec des tubes de plastique de tout genre, tube de cannette de WD-40 et autres, j'ai trouvé le tube qui me semble le mieux adapté au montage des mouches-tubes. Le tube idéal, peu dispendieux, facile à trouver sur le marché, en plastique assez résistant qui ne se resserre pas trop sur le support lors du montage; je parle du tube de plastique des cure-oreilles de type «Q-TIPS».

Les Mouches-Tubes
     Pour commencer, il faut couper le tube de la longueur voulue avec une lame de rasoir (les ciseaux écrasent les bouts) et y introduire une aiguille à laine de diamètre extérieur se rapprochant le plus du diamètre intérieur du tube. L'aiguille doit être solidement fixée par le chas entre les mors de l'étau de montage. Cela l'Immobilisera correctement.

     Vous pouvez monter le corps comme vous le faites pour les autres types de mouches noyées ferret, cul, fraise, côtes, corps. Pour l'aile, cependant, il faut tenir compte de trois éléments. En premier lieu, les poils doivent faire tout le tour du tube; ensuite, l'aile doit être peu garnie et, finalement, les poils doivent excéder le bout arrière du tube de + ou - 1/4".

     Comme je vous le mentionnais précédemment, l'efficacité de cette mouche, lorsqu'elle parade au-dessus de salar, vient di mouvement de rotation effectué autour de l'avançon qui lui sert de moyeu. Au cours de mes essais, j'ai souvent constaté que le noeud qui attachait l'hameçon avait tendance à entrer à l'intérieur du tube, ce qui empêchait le tube de tourner sur le monofilament. Il fallait absolument que je trouve quelque chose pour corriger cela.

     En feuilletant une vieille encyclopédie de pêche, je suis tombé sur un article traitant de la fabrication des leurres tournants en métal pour la truite. L'auteur conseillait l'utilisation de perles trouées en verre ou en plastique pour faciliter la rotation de la cuillère sur le fil de métal. J'ai donc fait quelques essais sur mes tubes et les résultats se sont avérés particulièrement intéressants. J'avais réglé mon problème. Vous trouverez ces perles de verre ou de plastique dans les boutiques de passe-temps. Ce sont les perles utilisées par les autochtones pour décorer les vêtements et d'autres objets.

     Vous pouvez monter vos mouches-tubes dans toutes les longueurs, soit de 1/2" à 3".

la Rusty Rat en version mouche-tube

Fil de montage : 6/0 ou 8/0 blanc.
Ferret : 2 enroulements de laminette ovale dorée.
Côtes : Laminette ovale dorée.
Corps : 1/2 arrière : filoselle rouille; 1/2 avant : franges d'une plume de traîne de paon.
Ailes: Poils de garde de renard gris, doivent couvrir tout le diamètre du tube et déborder l'arrière du tube de • 1/4"
Tête : Rouge.
     Vous constaterez avec surprise que, malgré la longueur, c'est une mouche légère qui se lance très bien. Je pêche aussi la truite, la ouananiche, l'achigan, le maskinongé, le brochet et le doré avec des mouches-tubes.

     En suivant les indications de l'illustration, vous aurez des mouches-tubes qui auront du mouvement dans l'eau.

Références

» Texte & illustrations : Denys Poirier.
» Salmo Salar Automne 1995.
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