Sur la Piste d’Amélie…

    Début juin, je suis seul au bureau. Je visionne les derniers échanges entre saumoniers sur Québec Pêche. Je constate que plusieurs fervents du groupe de discussion de la FQSA sur Le webzine de la pêche ont déjà pris la route du saumon. Qu’est-ce que je fais dans cette galère par une pareille journée, me dis-je ? Sur un coup de tête, ce matin-là, je planifie une escapade impromptue sur la Bonaventure pour la semaine du 28 juin. Le directeur de la Fédération ainsi que plusieurs pêcheurs très près de la Fédération allaient y être. Je devais m’y rendre un peu plus tard pour faire un reportage sur Amélie Thériault, saumonière et nouvellement membre du Conseil d’administration de la Fédération. Mais la fièvre du saumon était telle qu’il fallait que je parte. Je sentais que les astres allaient s’enligner en ma faveur.

Sur la Piste d’Amélie…
     Je dois vous dire tout d’abord qu’Amélie est avant tout pour moi une amie, rencontrée, par hasard, l’année dernière dans ma vie parallèle de musicien. Ma rencontre avec elle n’est toutefois pas sans lien avec le saumon atlantique et le magazine Saumons illimités. Amélie est en effet l’amie du guitariste d’un groupe que j’ai eu le plaisir d’entendre à quelques reprises dans le passé. Un soir de spectacle, alors qu’elle était là j’’avais eue l’occasion de faire connaissance avec elle. Au fil de la conversation elle m’avait demandé ce que je faisais dans la vie : « Je suis rédacteur en chef d’un magazine sur la pêche au saumon, c’est très spécialisé et il y a de fortes chances que tu ne connaisses pas ça, mais c’est un beau magazine », lui dis-je.

−−Pas Saumons illimités? me dit-elle, l’air un peu étonné.
−−Heu... oui! répondis-je vraiment surpris.
−−Je suis une saumonière!

      Jamais je ne me serais attendu à parler de pêche le soir d’un spectacle des Cyclones (c’est le nom du groupe). La conversation tournait autour des gens que l’on connaissait; les Claude Hamel, Michel Jean, Pierre Manseau et Daniel Duval étaient tous des connaissances communes. De plus, elle pêchait beaucoup sur la Bonaventure que j’affectionne particulièrement depuis que j’y ai tourné un reportage sur Mario Viboux et la maison des jeunes Point de Mire l’année dernière. Cette fille, elle connaît bien la pêche du saumon, me suis-je dis et un bon jour, il faudrait bien qu’elle écrive dans Saumons illimités.

Daniel Duval
     Alors, pour en revenir au propos initial, en ce merveilleux matin de juin, je décrochai le téléphone et j’ai décidé d’appeler ladite Amé :
−−Salut! C’est Marc-Antoine, j’ai regardé mes affaires et je serai à Bonaventure à la fin juin, probablement du 28 au 30, y seras-tu?
−−Ah, super! Oui, j’y serai avec la famille, tu vas pêcher?
−−Bien en fait, je suis en train de plancher sur le prochain numéro de Saumons illimités qui devrait parler essentiellement des femmes à la pêche, et j’en profiterais pour aller te voir, étant donné que tu es maintenant sur le conseil d’administration. Et je pourrais prendre quelques photos!
−−Eh bien, on ira pêcher, je te montrerai des trucs!

     Cette dernière phrase s’est répandue en moi comme une onde de choc. Amélie, si je me fie à ses propos, devait sûrement est une pêcheuse d’expérience. Et moi, bien que je sois maintenant impliqué depuis plus de quatre ans dans le domaine de la pêche du saumon atlantique, je suis encore bien débutant lorsque vient le temps de pratiquer le lancer à la mouche. Comme le dirait Charles Cusson de la Fédération du saumon atlantique, je fais de la « pêche italienne », ma soie tombant la plupart du temps devant moi comme un plat de spaghettis que l’on renverse sur le sol. Mon plan pour la fin du mois était donc réglé : rendez-vous avec les saumoniers de la Bonaventure, rendez-vous avec Amé. En bref, un petit séjour bien sympathique dans la Baie des Chaleurs qui allait me faire le plus grand bien, tout en joignant vacances et travail.

     Deux journées de pêche, voilà ce que j’aurais le temps de faire lors de mon séjour. Dès mon arrivée au camping Beau-Bassin, je suis allé voir à la roulotte où logeaient Denis Thériault, Amélie, sa fille ainsi que tout le clan Thériault. Pas de chance, elle était toujours sur la rivière. J’appris que le lendemain elle serait dans le secteur B, ce qu’elle me confirma plus tard en soirée quand je la vis enfin.

     Le programme du lendemain était le suivant : une journée de pêche avec Michel Jean, le directeur de la Fédération et de surcroît mon paternel. Et, si je trouvais le temps, j’irais faire un petit tour dans le B pour aller prendre des photos, ce qui ne se produisit pas. En fait, j’étais tellement absorbé par la lutte contre le vent pour moucher dans le sens du monde (je me suis même fait des ampoules dans la main), que Michel et moi avons décidé de remettre au lendemain cette rencontre dans le secteur B.

     Le soir venu, après avoir pris quelques clichés du coucher de soleil sur la baie, je suis allé voir Amé pour reporte le un autre rendez-vous au lendemain. Pas de chance, elle m’a avoué qu’elle voulait prendre une journée de repos. Bon, j’irais donc pêcher avec un autre des « abonnés » du camping de la Bonaventure. Nous convenons cependant d’un point de rencontre, sur la rivière, le surlendemain, dernière chance avant mon retour à Québec.

     Lors de ma deuxième journée de pêche, j’ai passé de bons moments avec Marc Sélesse et sa femme Hélène Frigon. J’ai pris le temps de prendre quelques bons clichés d’Hélène pendant qu’elle me racontait comment elle avait convaincu Marc de commencer la pêche du saumon il y a déjà de nombreuses années. Le proverbe ne dit-il pas : « Qui prend mari prend pays ». Mais dans le cas des Sélesse, c’est ce que « Femme veut Dieu le veut », du moins pour la pêche du saumon ! En fait, Marc et Hélène pratiquaient tous deux déjà la pêche à la mouche et c’est par le biais de Daniel Duval, un pêcheur et maître-monteur de mouches avec qui elle travaillait à l’époque, qu’ils ont tous deux été initiés aux plaisirs de la pêche de Salmo Salar.

     Nous voilà donc finalement en ce matin tant attendu du premier juillet, sur les abords de la fosse Green à Bonaventure. A cinq heures AM, l’air est un peu frais et la lumière vive. Tout le clan Thériault y est. Je peux enfin prendre des photos d’Amélie en pleine action et je décide de troquer la canne pour la caméra pour le reste de l’avant-midi. En fait, la décision n’a pas été difficile à prendre. J’avais la main et l’épaule en compote d’avoir mouché contre le vent pendant deux jours. Amélie semble visiblement un peu intimidée de me voir continuellement autour d’elle, je m’efforce donc de me faire discret. En la regardant s’exécuter, avec élégance et précision, je comprends pourquoi tous les saumoniers qui la côtoyent, même les vétérans, sont impressionnés. A peine un ou deux faux lancers et la soie au complet sort avec toute l’aisance du monde, contrairement à moi et mes spaghettis ! Mais au lieu de m’en faire, j’en profite plutôt profité pour prendre des séries d’images en mouvement, ce qui laisse toujours plus de choix quand vient le temps de choisir la bonne image à publier.

     Et c’est ainsi que ma pêche avec Amélie s’est terminée. Il était encore tôt dans la matinée, la lumière encore belle, j’en ai donc profité pour monter dans le secteur D à la fosse Première-Est. Je savais que c’était un endroit agréable pour faire des photos de pêche puisque j’y avais tourné un reportage l’année dernière avec les jeunes de la maison Point de Mire. Surprenant, il n’y avait qu’un pêcheur dans la fosse. En installant mon bric-à-brac, Michel Leblanc, celui-là même qui monte des mouches à en stupéfaire plus d’un, est arrivé dans la fosse. Une petite jasette avec lui et quelques bons clichés plus tard, je pouvais tout remettre dans le sac et repartir vers Québec.

Références

» Texte & Photos Marc-Antoine Jean
» FQSA.


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