Resident… or Not Resident…? Une Matière à Réflexion

     La Charte canadienne des droits et libertés précise que « tous les hommes, quels que soient leur origine, la couleur de leur peau, leur religion, leur sexe, etc.. etc.. doivent être traités sur un pied d'égalité ». Il semble que ce ne soit pas le cas pour les pêcheurs de saumon non-résidents qui doivent payer le double du prix exigé aux résidents pour leur permis et leur droit d'accès. Si vous demandez les raisons de cette différence, vous obtiendrez deux réponses: la première un peu rancunière: « c'est parce que les Américains en font autant ». La seconde, un peu plus sérieuse: « c'est parce que l'argent des contribuables québécois participe aussi à l'aménagement des rivières ainsi qu'à leur entretien et leur gardiennage.»

Resident… or Not Resident…? Une Matière à Réflexion
     Voyons un peu ce que valent ces deux arguments. Tout d'abord les Américains ne paient pas le double puisque le dollar canadien ne représente que 0,72 $ américain; par contre, le pêcheur ou le chasseur québécois paie plus du double lorsqu'il va chasser ou pêcher aux USA puisque le dollar américain vaut 1,28 $ canadien.

     Le cas est beaucoup plus grave dans le cas des pêcheurs européens qui, en plus d'acheter une monnaie forte comme le dollar, doivent payer 700 $ dollars leur billet d'avion, plus la location d'une voiture à 50 $ par jour plus 100 $ par jour d'hôtel et repas. Si l'on ajoute à cela 90 $ de droit d'accès par jour, comme c'est le cas sur la rivière Bonaventure pour les non résidents, il leur en coûte 321 $ dollars par jour pour un séjour de quatorze jours au Québec comprenant dix jours de pêche au saumon sur un secteur non contingenté. Est-ce bien raisonnable...? Donneriez-vous ce montant pour faire la rotation avec dix pêcheurs locaux...?

     Deuxième argument: les contribuables québécois paient aussi pour les rivières à saumon. Chacun sait que les sociétés d'état, quelle que soit leur nationalité, sont déficitaires et que c'est l'argent des contribuables qui équilibre leurs caisses. C'est le cas d'Air France, de la Société des chemins de fer français (SNCF) et de bien d'autres, mais ce n'est pas pour cela que les voyageurs non résidents payent leurs billets plus cher que les résidents. Sur le plan moral, cette différence est discriminatoire. Sur le plan financier elle est dissuasive. Pourtant, le droit d'accès ne représente qu'une faible partie des retombées économiques générées par la pêche au saumon. La partie la plus intéressante, c'est celle qui se déverse dans les entreprises touristiques régionales, d'où l'intérêt de garder les pêcheurs-touristes le plus longtemps possible dans la région et ce n'est pas en agissant ainsi que nous y parviendrons. Mais tout d'abord, demandons-nous ce que nous voulons réellement: garder la pêche au saumon pour nous seuls...? Réponse: dans ce cas, gardons tous les permis pour nous seuls. Voulons-nous au contraire attirer une clientèle nombreuse génératrice d'emplois et de devises étrangères...? Réponse: dans ce cas, facilitons la durée de leur séjour en pratiquant des prix plus raisonnables.

     Il existe plusieurs moyens d'atteindre cet objectif et le plus intéressant est sans doute la vente des droits d'accès par blocs de trois, cinq, dix et quinze jours consécutifs aux non résidents. Pour trois jours, le prix reste ce qu'il est = + 100 %. Pour cinq jours, = + 50 %; pour dix jours = + 25 % et enfin pour quinze jours = + 15 %; pour un mois: même prix que pour les résidents.

     On ne peut escompter à la fois des retombées économiques significatives et garder la pêche pour nous seuls en imposant des barrières tarifaires dissuasives et discriminatoires.

     C'est un « pensez-y bien », dans un Québec qui se veut ouvert au monde.

     Resident or not resident... that is the question.

référence

» Par Guy-Noël Chaumont
» Salmo Salar #37, Hiver, Décembre 1994.
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