La Rivière Anse Saint-Jean par Romain Boivin

     A 50 milles de Chicoutimi (direction sud-est) coule dans le village de l'Anse-Saint-Jean une modeste rivière à saumons qui, â première vue, ne vous impressionnera probablement pas. (Cependant, ne vous fiez pas trop à votre première impression car, comme le dit si bien le proverbe: "L'habit ne fait pas le moine"; cette rivière, toutes proportions gardées, vaut bien plusieurs rivières à saumons de la Gaspésie jouissant d'une plus grande renommée. Certains de mes plus beaux souvenirs de pêche du saumon se sont passés chez Monsieur Hercule Gagné, pourvoyeur sur cette rivière.) Si vous accédez à cette rivière en passant par Saint-Félix-d'Ottis et Rivière-Éternité, vous circulerez dans une nature accidentée, rappelant certains coins intérieurs de la Gaspésie. Une très longue côte, qui ne semble ne plus vouloir finir, donne finalement accès au village de l'Anse-Saint-Jean. Si, par contre, vous venez du côté de Saint-Siméon, vous accéderez à l'Anse-Saint-Jean. Si, par contre, vous venez du côté de Saint-Siméon, vous accéderez à l'Anse-Saint-Jean par la route de Sagard, vous traverserez le typique village du Petit-Saguenay et, huit milles plus loin, vous serez à votre point d'arrivée.

LA RIVIÈRE ANSE SAINT-JEAN
     L'historique de cette rivière ressemble passablement à celle de la plupart des autres rivières à saumons du Québec, c'est-à-dire que les droits de pêche passèrent à des propriétés privés, en l'occurence à la compagnie Price Brothers, qui, vers les années 1875, acheta les droits de propriété du lit de la rivière aux habitants de l'endroit. Le mot "achat" est bien fort, car je devrais plutôt dire "dépossédèrent" les propriétaires en les menaçant de leur faire perdre leur emploi à la compagnie Price; car il faut se rappeler qu'à cette époque, comme plusieurs de nos villages du Québec, l'Anse-Saint-Jean dû sa naissance aux opérations forestières où les compagnies étaient alors rois et maitres des lieux. Toutefois, deux résidents refusèrent de céder leur droits: les ancêtres de Monsieur Hercule Gagné et de Mme Nazaire Bouchard. Même s'ils avaient refusé de vendre leurs terrains, ces gens ne profitèrent pas de leurs droits de pêche jusqu'en 1962, année durant laquelle M. Hercule Gagné décida de pêcher ses fosses. Mal lui en pris, car les propriétaires de la compagnie Price essayèrent, par tous les moyens possibles, à l'empêcher d'y exercer son droit de pêche. Cependant, on n'était plus en 1875 et la compagnie dû, à contre-coeur, laisser Monsieur Gagné exercer ses droits.) Il faut aussi dire qu'en 1952, la compagnie sentant venir le réveil des propriétaires, avait essayé de détourner le lit de la rivière afin de priver Monsieur Gagné de sa fosse (la meilleure de la rivière) et seule l'intervention du Ministère des Eaux et Richesses naturelles avait empêché la compagnie de réaliser son funeste projet. Encore aujourd'hui, les descendants de la famille Price sont propriétaires d'une grande partie de la rivière, mais ils agissent comme pourvoyeur et il semble que les relations avec les pêcheurs sportifs et les gens de la place sont bonnes.

     La rivière Anse-Saint-Jean prend sa source dans le lac "petit lac Saint-Jean", ce qui explique la couleur brunâtre de ses eaux. La rivière a une longueur de six milles, compte dix (10) fosses, six appartiennent "à la famille Price, deux à M. Hercule Gagné, deux à Mme Nazaire Bouchard. La pêche s'y pratique â gué car la rivière n'est pas très large, ni profonde. Monsieur Gagné possède un vaste terrain de camping en bordure de la rivière, en plus de faire la location de trois chalets situés également le long de la rivière. Quatre pêcheurs, au maximum, peuvent y pêcher en même temps. Mme Nazaire Bouchard loue également des perches à la journée. Je dois dire que la demande est très forte et vous devez vous y prendre longtemps à l'avance si vous désirez y jeter votre ligne. L'an dernier, chez Monsieur Gagné, l'on a récolté 48 saumons. L'année record fut en 1967 avec une récolte de 110 saumons. Le poids moyen du saumon varie entre 8 et 12 livres avec des captures de plus de 20 livres, ce que je trouve excellent. Évidemment, comme sur toutes les rivières à saumons, le braconnage est important et c'est malheureux; car, si ce n'était de cette situation. Ton pourrait y pratiquer une pêche excellente.

     En ce qui concerne les meilleures mouches à pêche, je cite, par ordre d'importance, celles qui m'ont donné les meilleures résultats: Blue Charm. Black Dose, Green Highlander, Green Cosseboom, dans les grosseurs 4-6-8-10. J'ai fréquenté cette rivière régulièrement, à l'exception d'une couple d'années, et mes séjours étaient généralement de cinq jours. Je dois dire que très rares furent les années durant lesquelles j'ai récolté moins de cinq saumons et j'y ai déjà connu une année exceptionnelle de 13 saumons. Si je vous mentionne ces chiffres, ce n'est pas que j'attache d'importance au nombre des saumons récoltés ; pour moi, ceci est secondaire, mais je veux souligner ainsi aux pêcheurs de saumons que, lorsque l'on se donne la peine de parcourir plusieurs rivières à saumons, l'on fait parfois d'heureuses découvertes. Pour moi, la rivière Anse-Saint-Jean en fût une.

     Quoi qu'il en soit, cette année, j'y retourne au mois d'août et, que la pêche soit bonne ou pas, c'est avec impatience que j'attends de revoir de vieux amis.

     (Si vous avez la chance de voir un billet de $1,000.00. Je vous invite à regarder le verso de ce billet, le paysage qui y est représenté est celui de la rivière Anse-Saint-Jean).

références

» Texte & Photos : Romain Boivin.
» APSSQ (Avril 1978).

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