La Green Mikey

     Mikey était un adorable cabot à peu près de la même taille qu'un Terrier écossais. Ses caractéristiques exceptionnelles comprenaient son attitude amicale, son poil noir frisé et soyeux ainsi que son appétit vorace. Près de ma résidence d'été se trouvent plusieurs chalets où Mikey allait, de porte en porte, quémander de la nourriture sur l'heure du souper.

La Green Mikey Par John W. Westbrook
     Je peux l'imaginer - assis sur notre patio, attendant patiemment que nous ayons fini notre repas. Il était un mendiant attachant, adorable et, chaque été, il engraissait sensiblement.

     Il y a à peu près un an, j'ai commencé à monter mes propres mouches et, à cette fin, je n'ai pu m'empêcher de prélever quelques échantillons du pelage de Mikey. Au cours de l'hiver, j'ai fabriqué quelques mouches mettant en vedette le poil de Mikey. J'ai ainsi créé la Green Mikey.

     C'était au début juin et j'en étais à mon premier voyage de pêche au saumon de la saison. Accompagné de mon guide habituel, Robert Arsenault, nous sommes entrés au bas du secteur C de la très belle et claire rivière Bonaventure dans la péninsule gaspésienne. Le matin était parfait - peu de vent avec un ciel légèrement couvert.

     Robert est un guide extraordinaire et il connaît tous les endroits où les saumons se reposent dans la rivière. Sa remarquable vision lui permet de repérer les poissons là où les autres ne peuvent pas. Il chasse pour ainsi dire littéralement le poisson et, quand nous approchons une fosse, il se tient souvent sur la proue du canot scrutant dans l'eau à mesure que nous dérivons silencieusement vers l'aval. En descendant la rivière ce jour-là, les frustrations s'amplifiaient au fur et à mesure que nous rencontrions des fosses vides de saumon. Est-ce que ça allait être une année comme la dernière, quand le décompte du saumon et le niveau de l'eau étaient bas et que, dans quatre voyages de pêche, je n'ai fait lever que deux saumons ?
Résigné, je me suis soudainement rendu compte que les résultats de la journée importaient peu, que je serais simplement heureux de me retrouver sur une rivière aussi magnifique.

     Éventuellement, nous avons atteint Horse Landing, la dernière fosse dans notre secteur. Tout à coup, Robert est descendu de son perchoir et a dirigé le canot vers le bord de la rivière en annonçant discrètement : « Il y a des saumons ici. »

     Au début du voyage de pêche, je demandais à Robert de participer au choix de la mouche que je pourrais utiliser. Je pense que la majorité des guides perçoivent la sélection des offrandes comme une partie de leur boulot. Ils connaissent les rivières et savent avec quelles mouches les saumons sont preneurs. Cette fois-ci par contre, j'ai voulu utiliser une mouche que j'ai montée moi-même. J'ai perçu la désapprobation polie de Robert quand j'ai sélectionné une Green Mikey.

     À mon troisième lancer à la fosse Horse Landing, j'ai aperçu un gros remous derrière ma mouche. Au lancer suivant, ma mouche était solidement accrochée. Après une belle bataille ponctuée de plusieurs sauts, j'ai sauvé un madeleineau de 4 livres et demie.

     Robert avait aperçu un autre saumon qui se déplaçait. Après un certain moment, nous sommes donc revenus nous placer à la tête de la fosse. Devrais-je changer ma mouche lui demandais-je ? « Mais non » répliqua Robert.

     Après deux lancers, ma mouche était gobée furieusement. Seulement un saumon frais pouvait être aussi fort, aussi tenace. Je l'ai presque échappé quand il a dirigé ma ligne aux côtés d'une roche coupante. Le combat a duré encore une demi-heure avant que le saumon vienne assez près pour que nous soyons en mesure de le puiser. Il pesait plus de 13 livres.

Le Green Mikey

Le Green Mikey
Hameçon : nos 6-8
Fil de montage : noir
Queue : crête de faisan doré
Corps : filoselle verte
Côtes : tinsel plat argent
Ailes : poil noir de Mikey (ou d'ours)
Gorge : hackle rouge de coq
Tête : noire
     La première Green Mikey est maintenant à la retraite et elle fait belle figure sur la tablette de la cheminée. C'était une de mes premières tentatives pour monter une mouche et le résultat était loin de représenter une œuvre d'art. Pourquoi cette mouche a-t-elle connu immédiatement du succès ? Se peut-il que l'appétit insatiable de Mikey ait été transmis de ses poils aux saumons dans la fosse ? Particules d'ADN ? Phérhormones ? Qui sait ?

     Hélas, Mikey n'est plus parmi nous. Ma source d'approvisionnement de ce poil noir, fin et magique n'existe plus, mais comme j'en ai en réserve, j'aurai toujours une Green Mikey avec moi dans une de mes boîtes à mouches.

références

»Texte et photos : Par John W. Westbrook
»Traduit par Richard Sirois
» Saumons Illimité #69, Été 2004.

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