Les Rivières Pabos; Une Destination Incontournable Par Gérard Bilodeau

     À Chandler, en Gaspésie, coulent trois rivières tellement petites qu’elles passent presque inaperçues lorsqu’on circule sur la route : la Grand-Pabos-Ouest, la Grand-Pabos-Nord et la Petit-Pabos. Le saumon, lui, les a trouvées depuis longtemps et il les fréquente année après année en raison de la qualité exceptionnelle de leurs eaux. Pour le saumonier et sa famille, ces rivières représentent de belles occasions de pratiquer leur activité favorite dans des sites enchanteurs.

Pêche du saumon rivières Trois-Pabos Gaspésie
     Je me souviens très bien de ma première expérience de pêche du saumon sur la Grand-Pabos-Nord. C’était en juillet 1997, en pleine période de vacances de la construction. En ce début de matinée, au bureau de la zec rivières Trois-Pabos, j’apprends avec étonnement que je serai le seul pêcheur dans le secteur 2. Je me dis intérieurement que la pêche doit être bien mauvaise. Mais René Giroux, chef guide de la zec, que je connais depuis plusieurs années, m’encourage et me donne quelques judicieux conseils.

     Après avoir roulé une demi-heure dans un chemin forestier bien entretenu, je découvre avec ravissement la fosse no 20 de la Grand-Pabos-Nord. L’eau cristalline, comme j’en ai vu rarement, révèle son contenu : près d’une vingtaine de beaux saumons se prélassent dans l’eau lisse en queue de fosse, sans compter les nombreuses « barres grises » que je distingue dans les eaux vives en tête de fosse.

     Quelques nuages en altitude se découpent sur un fond de ciel bleu. Les montagnes environnantes reflètent dans les eaux de la rivière la couleur verte des arbres qui les habitent. Sans aucune hésitation, j’attache une petite Green Highlander. Je couvre méthodiquement la fosse sans qu’aucun saumon ne manifeste un quelconque intérêt. Je change de mouche, encore une noyée, mais cette fois ce sera une Black Bear Green Butt. À mi-parcours, un saumon saisit violemment la mouche. La forte tension exercée sur ma soie me fait penser que j’ai affaire à un gros saumon… ce que son premier saut me confirme. « Au moins 20 livres » que je me dis. Après quelques minutes de courses folles en tous sens dans la fosse, ponctuées de coups de tête énergiques, le grand saumon recouvre sa liberté.

Un Rappel

     Avant de vous parler de pêche sur les rivières Trois-Pabos, laissez-moi vous rappeler que ces trois rivières ont été restaurées grâce au travail acharné de gens du milieu, passionnés de pêche au saumon mais aussi convaincus de l’impact important d’une telle richesse sur l’économie locale. Il faut savoir que les rivières Pabos ont connu leurs heures de gloire du temps des clubs privés et que des actes de braconnage répétés ont par la suite réduit presque à néant leur population de saumons.
 
     En 1989, Michel Larrivée, Jules Quesnel, Gilles Roussy, Gaétan Soucy, Armand Soucy et René Giroux ont conçu et mis en oeuvre un programme de restauration portant sur trois points :

     • Ensemencements massifs et soutenus afin de reconstituer les stocks de saumons de chaque rivière ;
     • Protection adéquate de chaque rivière afin d’assurer que le plus grand nombre possible de géniteurs survivent jusqu’à la fraieson ;
     • Réalisation de travaux d’aménagement, principalement sur la Petit-Pabos, afin d’améliorer l’accès aux rivières.

Parlons Pêche

    Voici une brève description de chaque rivière. La Grand-Pabos-Ouest est une petite rivière à l’eau légèrement foncée qui compte huit fosses. La pêche est contingentée dans le secteur 2 où on ne retrouve qu’une seule fosse : Farm Pool. On y retrouve là de grandes concentrations de saumons, surtout quand l’eau est basse, ce qui arrive malheureusement trop souvent ces années-ci. La pêche est alors plus difficile, mais le saumonier tenace pourrait connaître des moments exaltants en raison de la faible pression de pêche. Lors d’un séjour avec André-A. Bellemare, ce dernier faisait bouger les saumons de Farm Pool en retirant sa mouche par saccade, un peu comme il le pratiquait sur certaines rivières d’Anticosti quand le courant était très lent en raison de l’eau basse.

    La Grand-Pabos-Nord a un débit d’eau plus important que sa voisine. Son eau d’une clarté étonnante fait penser à la Grande-Rivière ou à la Bonaventure. C’est plus facile dans ces conditions de repérer les saumons dans l’une ou l’autre des vingt fosses que contient la rivière, mais il ne faut pas oublier que le saumon peut lui aussi détecter plus facilement la présence du saumonier. La discrétion doit être à l’honneur particulièrement quand l’eau est basse. Cette rivière contient aussi une intéressante population de truites de mer dont le poids varie entre trois et six livres. La pêche se fait dans deux secteurs, dont l’un est contingenté.

     Enfin, la Petit-Pabos compte soixante-trois fosses réparties dans sept secteurs. Quatre d’entre eux peuvent recevoir un nombre de pêcheurs illimités. Lors d’un séjour sur cette rivière, René Giroux m’a accompagné dans les secteurs 5 et 6 où on découvre des décors époustouflants ! La rivière coule au fond d’un véritable canyon où les rapides violents et les chutes forcent les saumons et les truites de mer à s’arrêter quelques temps. J’ai encore frais à la mémoire l’énorme truite de mer qui s’est élancée sur mon streamer lors de son passage en travers du courant au pied d’une chute et qui a malheureusement choisi de retourner au fond de la fosse sans avoir touché au Magog Smelt.

René Giroux : Un Guide Hors du Commun

René Giroux : Un Guide Hors du Commun
     René Giroux de Saint-François de Pabos travaille pour la ZEC Pabok, gestionnaire des rivières Pabos. Il agit comme chef guide pour cette jeune organisation. René a développé une relation unique avec le saumon : il est né dans une maison située près de la rivière Petit-Pabos. « La rivière coulait au bout de la terre » qu’il me dit. Il a donc passé sa jeunesse à observer les ébats des magnifiques saumons dans les eaux claires et vives de la Petit-Pabos. Pas étonnant donc que René ait capturé son premier saumon à l’âge de dix ans.

     Cette passion pour le saumon ne s’est jamais éteinte. Depuis quinze ans, René guide les pêcheurs désireux de retenir ses services. Bien sûr, il connaît à fond les rivières Pabos, mais il a aussi arpenté d’un bout à l’autre les rives de la Grande-Rivière. Le métier de guide permet à René de faire découvrir aux saumoniers non seulement les rudiments de la pêche mais aussi les habitudes du saumon. Durant ses moments libres, René déambule le long de la rivière en s’arrêtant longuement sur le bord des fosses afin d’observer les saumons. Pour ce faire, il choisit un endroit légèrement surélevé qui lui permettra de voir plus facilement les saumons. Comme l’eau des rivières est exceptionnellement claire, René va aussi chercher à se camoufler le long de gros cèdres. Il peut ainsi passer des heures à observer les saumons, s’amusant même à leur lancer des objets afin de voir leur réaction. Pour lui, il n’y a rien de plus excitant que de regarder pêcher un saumonier, à suivre attentivement le déplacement de la mouche, à observer attentivement les réactions du saumon.

     Quand René guide un pêcheur, il s’attend à ce que ce dernier fasse preuve d’ouverture et aussi d’une certaine humilité. Malheureusement, trop de pêcheurs ont des comportements désagréables vis-à-vis leur guide puisqu’ils croient tout connaître. Ils se privent ainsi d’enrichir leurs connaissances à partir de celles que le guide a acquises durant des centaines de jours de pêche étalés sur de nombreuses années et dans différentes conditions.

     René constate que depuis les dernières années, les saumoniers sont de plus en plus conscients des bienfaits de la graciation des grands saumons, d’autant plus qu’elle est obligatoire dans les rivières Pabos. René a de très bons commentaires concernant la présence de plus en plus grande des femmes à la pêche au saumon. « Les femmes démontrent beaucoup d’intérêt à apprendre » me souligne René, « elles écoutent attentivement mes conseils et maîtrisent très rapidement le lancer à la mouche ».

     Au sujet des techniques de pêche, René observe que beaucoup de saumoniers adoptent une approche trop traditionnelle, qui manque de variété. Par exemple, à la pêche à la noyée, les pêcheurs ont tendance à toujours lancer leur mouche de la même manière, dans le même angle. « Le saumon aime la variété, il faut le surprendre en lui présentant différentes mouches; de plus, comme le saumon aime le mouvement, il devient primordial de varier les angles de présentation de la mouche, selon la vitesse du courant, afin d’imprimer à la mouche la vitesse qui fera réagir le saumon » de me rappeler René. Ce dernier me souligne avec insistance que 90% de ses captures (les siennes et celles de ses clients) sont faites avec des approches non traditionnelles. René tient compte scrupuleusement des conditions ambiantes (vitesse de l’eau, température de l’eau, ciel nuageux ou ensoleillé…) avant de commencer à pêcher. Deux autres trucs que me confie René : éviter de lancer trop loin et changer de mouche régulièrement.

     Au cours des dernières années, René a observé, comme bon nombre d’entre vous, que des conditions extrêmes sont de plus en plus présentes. Des étiages sévères combinés à des températures de l’eau qui dépassent parfois vingt degrés celsius rendent le saumon amorphe et il boudera alors les plus belles présentations de mouches. Les coupes de bois en amont des cours d’eau sont aussi une autre cause de la dégradation des conditions de pêche. Heureusement que la pêche en septembre est bonne. René me rappelle qu’il y a des montaisons de saumons frais dans les rivières Pabos durant ce mois coincidant avec un rafraîchissement des températures et des épisodes de pluie plus réguliers. On retrouve alors des conditions équivalentes à celles qui prévalent à l’ouverture en juin. La pêche de septembre est un secret que René n’hésite pas à partager avec ses clients.

Références

» Texte et photos: Gérard Bilodeau (été 2007).
» FQSA
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