Un Secteur Méconnu de la Matapedia par Gérard Bilodeau

     J’ai pêché la rivière Matapedia presque à chaque saison depuis la fin des années soixante-dix. Durant les premières années, j’ai concentré mes efforts dans les fosses les plus populaires du secteur amont de la rivière aux environs de Causapscal, Sainte-Florence et Routhierville. Par la suite, écoutant ma curiosité et un goût pour l’exploration, afin de découvrir de nouveaux « spots », j’ai pêché des fosses moins populaires, voire même quelques-unes pas du tout identifiées, où j’ai connu des expériences inoubliables. Il faut dire que la rivière Matapédia ne se laisse pas découvrir facilement : la grande dimension de ses fosses, son débit imposant et ses eaux foncées rendent plus difficile la localisation des tenues de saumons. Rien à voir, par exemple, avec les eaux cristallines de la Petite-Cascapédia ou de la Grande-Rivière. C’est ainsi que j’ai occupé quelques fins de semaine par saison pendant plusieurs années.

     Puis, vers le milieu des années quatre-vingt- dix, voulant fuir la « foule » de pêcheurs qui de plus en plus fréquentaient le secteur amont de cette magnifique rivière, j’ai décidé dedescendre plus bas sur la rivière en direction du village de Matapédia. J’avais déjà pêché la fosse Habersham en juin 1980, mais en poussant plus loin mes investigations, j’y ai découvert là de belles fosses et un environnement tout à fait différent de ce que à quoi j’avais été habitué dans le haut de la rivière. Si le coeur vous en dit, je vais vous faire visiter brièvement un secteur moins connu de la Matapédia

Un Autre Monde

la rivière Matapedia
     La partie en aval de la Matapédia comprend dix fosses incluses dans le secteur 1. La carte de la rivière indique clairement où elles sont situées. Toutefois, si vous tentez de les localiser à partir de la route qui longe la rivière sur presque tout son parcours, c’est une autre histoire. Car voyez-vous, tout le tronçon aval de la Matapédia est encore plus imposant que le secteur amont, ce qui n’est pas peu dire. Ainsi, l’accès à la pêche à pied est beaucoup plus difficile, voire très limité, à moins que le niveau de l’eau soit assez bas. C’est donc le royaume des grands canots; la plupart des pêcheurs en font usage ou encore engagent un guide qui en possède un. Dans mon esprit, c’est sans aucun doute le moyen le plus efficace d’explorer et de pêcher le saumon dans les eaux de ce secteur durant presque tout l’été.

     Les dix fosses font évidemment partie du secteur public de la Matapédia, signifiant ainsi qu’elles sont accessibles à tous. J’apporte cette précision car des clubs privés de pêche au saumon opèrent encore dans le secteur aval de la Matapédia (Tobique, Cold Spring et Ristigouche Salmon Club). Évidemment la pêche dans les fosses de ces clubs est interdite à moins d’ententes particulières; je reviendrai sur ce point plus loin. Je vous rappelle que la rivière Matapédia est une réserve faunique et que la pêche du saumon sur tout son parcours accessible au public est gérée par la Corporation de gestion des rivières Matapédia et Patapédia (CGRMP). Les fosses publiques du secteur 1 sont non contingentées sauf la fosse Haley (Haley’s pool) qui est accessible trois jours par semaine (dimanche, lundi et jeudi) par tirage au sort 48 heures à l’avance. Les autres journées sont pêchées par les membres du prestigieux Ristigouche Salmon Club (RSC). Mes recherches pour la réalisation de cet article m’ont révélé que l’accessibilité à sept fosses sur dix est possible grâce à des ententes avec les clubs privés dont je vous parlais plus haut. Il s’agit des fosses Lower Lawlor’s, Delaney, Duncan, Habersham, McKiel’s , Clark’s Brook et Haley. En passant, cette dernière fosse, située à environ un kilomètre en amont du pont de Matapédia, est une des meilleures de la rivière.

Résultats de Pêche

la rivière Matapedia
     Parmi les types de fosses publiques retrouvées dans le secteur aval il y a principalement des fosses en coulée (runs) et quelques fosses de rétention. Pour vous donner une idée de la période à privilégier, j’ai obtenu de la CGRMP les statistiques de prises (captures et graciations) pour le secteur 1 seulement. Les captures sont compilées pour chaque semaine de pêche du début de juin à la fin de septembre. L’analyse de ces données révèle des informations intéressantes. Je précise toutefois que ces données ne permettent pas de mesurer l’effort de pêche et d’établir un taux de succès car les pêcheurs fréquentant ce secteur utilisent le même droit d’accès que pour pêcher les fosses en amont.

     Ainsi, pour chaque saison, de 2001 à 2006, la dernière semaine de juin et les quatre semaines de juillet comptent un nombre de captures dont l’importance relative se situe entre 54 % et 84 % du grand total de la saison pour le secteur 1, la moyenne pour ces six années étant de 67 %. Voilà une information intéressante pour le saumonier pressé dont le temps est limité. Autre fait à noter : en 2006, la dernière semaine d’août et tout le mois de septembre ont connu des quantités de captures dépassant largement celles de juin. En proportion, les captures de cette période (fin août et tout le mois de septembre) représentent 26 % du total des captures déclarées pour le secteur 1 en 2006. Enfin, à chacune des années de 2001 à 2006, la dernière semaine de juin connaît une augmentation significative des captures par rapport aux semaines précédentes. Voilà des informations précieuses pour le saumonier qui planifie soigneusement ses excursions.

    Je n’ai malheureusement aucune information sur la taille des saumons capturés ou graciés. Personnellement, mes captures ainsi que celles de mes compagnons ont varié entre cinq et quinze livres. À chaque année, des saumons de plus de vingt livres sont capturés. Il ne faut pas oublier qu’il s’agit de la Matapédia qui a l’habitude d’accueillir à chaque été, faut-il le rappeler, des saumons de trente et quarante livres.

     Parler de la pêche sur la Matapédia sans mentionner le nouveau visiteur serait un oubli impardonnable : je pense bien sûr à l’algue didymo. Au cours d’un séjour en fin juin, j’ai pu observer et photographier à loisir un « bloom » de didymo sur la Matapédia et en quantité encore plus grande sur la Ristigouche. C’est déplorable, parfois franchement agaçant, surtout quand des morceaux de cette algue maudite s’accrochent aux noeuds de l’avançon à chaque lancer. Mais il faut en même temps composer avec. Maintenant que ce phénomène est connu et que nous savons un peu mieux comment y faire face, les saumoniers ont la responsabilité de prendre les mesures pour limiter les dégâts ailleurs sur d’autres rivières en appliquant les mesures que nous avons déjà publiées dans des numéros antérieurs.

Un Bonus : la Ristigouche

la rivière Matapedia
     Vous avez sûrement entendu parler de cette fabuleuse rivière. Plusieurs parmi vous y avez peut-être pêché le saumon noir en avril ou en mai. Richard Firth, directeur général de la CGRMP, m’apprenait que le droit d’accès pour la pêche quotidienne du saumon sur la Matapédia autorisait aussi son détenteur à pêcher la fosse McCallum sur la Ristigouche.

     Elle est située juste en bas du pont interprovincial reliant le Québec et le Nouveau-Brunswick à quelques kilomètres en aval du village de Matapédia. Bonne nouvelle, Richard m’apprenait que des pourparlers en cours permettront d’ajouter d’autres fosses de la Ristigouche situées plus en aval de la fosse McCallum, probablement pour l’été 2007. Si déjà vous vous voyez en train de combattre un des saumons géants de cette rivière, sachez que vous devrez absolument disposer d’un grand canot car il s’agit littéralement d’un fleuve dont les fosses sont immenses. De plus, c’est la réglementation du Nouveau- Brunswick qui s’applique des deux côtés de la rivière ce qui implique que les grands saumons doivent être absolument graciés et que la capture des madeleineaux (grilses) est limité à deux par jour.

Guides

la rivière Matapedia
     Si vous en êtes à vos premières armes à la pêche du saumon ou si vous n’avez pas accès à un grand canot, je vous conseille fortement d’utiliser les services d’un guide. La CGRMP publie une liste des guides autorisés à offrir leurs services dans la réserve faunique des rivières Matapédia et Patapédia. Ils détiennent une autorisation de commerce et sont conformes aux exigences de la Société de la Faune et des Parcs du Québec (FAPAQ). La liste de ces guides est disponible aux bureaux de la CGRMP à Causapscal ou à Matapédia. Ils ont tous une excellente réputation. Depuis quelques années, je pêche avec Ron Irving qui habite Matapédia. Il m’avait été recommandé par Michel Pelletier de Sainte-Florence. Ron dispose d’une solide expérience à la pêche du saumon. Il a été guide pendant quinze ans pour le RSC et maintenant il opère son entreprise de guidage et d’hôtellerie. J’aime bien l’entendre parler de cette époque où il a accompagné des pêcheurs tels que Georges Bush, Fred Turner et Joe Cullman pour n’en nommer que quelques-uns. Mais surtout, il me fait rêver quand il me décrit la pêche dans les merveilleuses fosses de la Ristigouche que j’ai vu à quelques occasions sans bien sûr pouvoir y pêcher.

     Ron connaît très bien chaque fosse publique du secteur 1. En juin et au début de juillet, il préfère concentrer ses efforts dans les fosses près de Matapédia, non loin de son confluent avec la Ristigouche. Plus tard en saison, il pêche dans les fosses en aval et en amont du pont de Saint-Alexis ou encore sur la fosse McCallum sur la Ristigouche dans laquelle les saumons retardataires ont tendance à s’accumuler en septembre. Ron ne lésinera pas sur les efforts à investir pour vous faire prendre un saumon. Il n’hésitera pas à vous suggérer de commencer tôt le matin, période idéale pour pêcher des saumons nouvellement arrivés dans la fosse durant la nuit.

     Voilà, je vous ai brossé un bref portrait de cette partie un peu méconnue de la Matapédia. J’espère vous avoir donné le goût d’y aller. Chose certaine je suis convaincu que vous y passerez du bon temps. Si en plus vous capturez le saumon de vos rêves, cette destination fera sûrement partie de vos rendez-vous annuels.

Références

» Texte et photos: Gérard Bilodeau (2007).
» FQSA
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