Le Site des Chutes et des Marais sur la Causapscal par Richard Firth

     Sis sur les berges de la rivière Causapscal dans la Vallée de la Matapédia, le site des Chutes et des Marais est un lieu paisible pour observer le saumon dans son milieu naturel.

Un Bref Historique ...

     Avant les années 1970, la pêche sportive au saumon sur la rivière Causapscal était réservée aux membres et invités du Matamajaw Salmon Club. À cette époque, les montaisons de saumon de la rivière Causapscal connaissaient un tel déclin que l’espèce tombait sous le seuil de conservation.

Le Site des Chutes et des Marais sur la Causapscal
     Le ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche a donc décidé d’y interdire la pêche sportive dans l’espoir de renflouer les stocks. Après plus d’une vingtaine d’années, on a constaté que le nombre de saumons remontant la rivière n’avait guère augmenté.

     On doit noter que la pêche dans les années 1960 n’était pas accessible à bien des Québécois. Le sentiment d’appartenance n’était pas encore développé, contrairement au braconnage, qui lui faisait pratiquement partie des moeurs. Cette réalité est rapidement devenue l’un des facteurs limitant la restauration des stocks de la rivière Causapscal.

     Dans les années 1970, la rivière Causapscal est redevenue la propriété de l’État et l’interdiction d’y pêcher était toujours en vigueur. Au début des années 1980, le gouvernement a analysé différentes options dans le but de restaurer les montaisons de la rivière Causapscal.

     En 1983, le gouvernement, de concert avec les gens du milieu, a opté pour l’installation d’une barrière d’arrêt pour concentrer le saumon dans un seul endroit afin de mieux assurer la protection de cette ressource. Il fallait trouver une fosse dont les caractéristiques assureraient la survie d’un nombre maximal de saumons. La fosse retenue se trouvait à l’embouchure d’un ruisseau approvisionnant les saumons en eau froide et en lipides tout au long de la saison. Ce ruisseau se nommait Les Marais, appellation désignant également la fosse.

Les Marais, Une Simple Question de Protection ?

     À l’été 1984, le site Les Marais a vu le jour. En effet, on a procédé à l’installation de la barrière d’arrêt en amont de la fosse Les Marais, ainsi qu’à une barrière de comptage dans la partie en aval. Comme il s’agit d’un endroit dont il faut assurer la protection vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, on y a construit un bâtiment pour héberger le personnel.

     Le dernier inventaire automnal réalisé avant l’installation de la barrière d’arrêt dénombrait environ soixante-dix spécimens. Ce chiffre était nettement inférieur au nombre de producteurs requis, soit environ cent soixante-quinze saumons.

Les Marais, Une Simple Question de Protection ?
     Les efforts de protection investis dans la barrière de protection n’ont pas tardé à donner des résultats. Au fil des années, les montaisons de saumons de la rivière Causapscal n’ont cessé de croître. Aujourd’hui, entre cinq cents et sept cents géniteurs migreraient annuellement vers les sites de frai.

     Depuis que le site des Marais a vu le jour en 1984, plusieurs gestionnaires (FAUCUS et CERF) en ont assuré la gestion. À la fin de 1992, cette gestion a été transférée à la CGRMP en même temps que l’ont été les activités et services reliés à la pêche au saumon de la réserve faunique des rivières Matapédia-et-Patapédia.

     La raison d’être du site des Marais était de garantir la protection de la ressource salmonicole. Cependant, au fil des années, une nouvelle activité a vu le jour grâce aux gens visitant cet endroit pour y observer le saumon, ce qui a engendré la formulation de stratégies pour mettre en valeur la ressource.

     En 2005, la CGRMP fait élaborer un plan de développement récréotouristique dont la réalisation sera étalée sur 5 ans (2005-2009). Plusieurs travaux seront réalisés, à savoir, la réfection du chalet des employés en centre d’interprétation, l’aménagement de route d’accès et de stationnements, la construction de trottoirs en bois, de promontoires, d’escaliers d’accès, de panneaux d’interprétation, de l’achat d’une caméra sous-marine et d’un mécanisme de flottaison pour la caméra.

Sensibiliser et Éduquer pour  s’assurer une Relève bien Informée

Sensibiliser et Éduquer pour  s’Assurer une Relève bien Informée
     À partir de ce joyau naturel, le concept du projet est de développer un lieu touristique complet s’ajoutant à l’offre actuelle de la vallée de la Matapédia, afin de créer un produit d’appel unique et consacré au saumon atlantique à Causapscal. La finalité recherchée est de créer un réseau harmonieux entre la pêche sportive, le site Matamajaw, le site des Chutes et des Marais, le Sentier international des Appalaches, les quadistes et les partenaires locaux (sites d’hébergement et de restauration). La stratégie de promotion touristique de la ville et de la région devrait s’articuler autour de la thématique du saumon, et tous les intervenants devraient adhérer à cette vision. Ainsi, les gens associeront automatiquement « saumon » à « Causapscal » et « Vallée de la Matapédia ».

     Le premier objectif du projet est de générer un achalandage accru dans la région, tant sur le plan du nombre de touristes que de la durée des séjours, en offrant de nouvelles activités non consommatrices dans une perspective de développement durable de la ressource.

     Les services bilingues, les activités et les produits du site seront axés sur l’interprétation et l’observation du saumon, de son comportement, de ses habitats et des phénomènes ou processus biologiques se déroulant en milieu naturel. L’approche thématique abordée priorisera une interaction entre le visiteur, le guide-interprète et le saumon. Le contenu présenté se veut éducatif, formateur et sensibilisateur. Concrètement, le secteur de la fosse des Marais offrira quatre activités principales ou expositions auxquelles se grefferont diverses activités secondaires :

1 – Le Saumon au Naturel

Le Saumon au Naturel
     Cette activité sera la pièce maîtresse du site. La transmission en direct sur écran géant du comportement des trois cents à cinq cents saumons confinés dans la fosse en émerveillera plus d’un. Durant la projection, le guide-interprète décrira le comportement des saumons menant à l’établissement de la hiérarchie au sein du groupe, la compétition entre femelles, la présence et le rôle des tacons précoces, les types de saumons présents (madeleineaux, dibermarins, tribermarins, multi-frayeurs), les adaptations physiologiques (crochet, couleur, etc.), les étapes et le déroulement du frai. Le contenu éducatif portera aussi sur l’importance pour le saumon adulte de la disponibilité d’une diversité de micro-habitats en rivière : la fosse, le rapide et le seuil. L’effet de la pêche sportive et commerciale sur la ressource ainsi que l’état des stocks de saumons à l’échelle mondiale seront également abordés. Par la suite, les visiteurs apprendront à déterminer le type de saumon et son âge à partir des écailles à l’aide d’une loupe stéréoscopique munie d’un rétroprojecteur qui diffusera l’image agrandie d’une écaille de chaque type de saumon. Ainsi, après sa visite, le participant saura déterminer l’âge d’un saumon par ses écailles.

2 – Si Petit et Maître à Bord !

     Portant ce nom des plus original, la seconde exposition instaurée au chalet du gardien est orientée sur la présentation (description morphologique, explications sur le fonctionnement des systèmes sensitifs du poisson, adaptations à la température, critères d’identification, etc.) et la manipulation des premiers stades de vie du saumon atlantique. Conséquemment, l’accent est mis sur le cycle vital du saumon qui, d’un petit alevin à peine plus gros qu’une tête d’épingle, deviendra ultimement un des plus imposants poissons d’eau douce au monde et le maître incontesté de nos rivières septentrionales. Durant l’exposé du guide-interprète, les participants pourront manipuler quatre bioplastiques aux stades « oeufs », « oeufs oeillés », « alevins vésicules » et « alevins ». Viendront s’ajouter des spécimens de tacons et de saumoneaux conservés dans des bocaux en verre ou présentés sur d’autres supports média. De plus, le tout sera présenté sur un meuble adapté (éclairé) muni d’écrans interactifs et d’écouteurs afin que le contenu éducatif soit accessible en dehors des périodes prévues avec un guide-interprète. Les autodidactes en seront ravis.

3 – Le Jeune Saumon et la Rivière Québécoise

     Ici sera recréée en miniature une rivière permettant l’observation et la manipulation de spécimens vivants, où figureront les descriptions des types d’habitats et leur utilisation par le jeune saumon en fonction de son stade de développement, du rôle et de l’importance des habitats dans l’écologie du saumon, du régime alimentaire, etc.

4 – Que Faire pour Sauver Salmo Salar ?

     Il y aura différents exposés sur les méthodes et techniques d’aménagement récentes et les moyens de gestion de la ressource, sur l’état de la situation des populations de saumons à l’échelle mondiale, en plus d’une interprétation guidée, des démonstrations pratiques en petit groupe avec du matériel scientifique et quelques applications sur le terrain.

Pour sa Part, Le Secteur des Chutes Offrira trois Activités Principales :

1 – Le Saumon, Maître de l’Acrobatie !

     Qui ne connait pas le fameux site des Falls sur la rivière Causapscal ? On peut y observer le saumon directement à la chute depuis deux belvédères et le légendaire escalier comptant quelque cent-soixante marches ! De plus, des panneaux d’interprétation traitant des adaptations pour le saut, la natation et la migration chez le saumon complèteront votre visite.

2 – Les Espèces Compagnes, Leurs Mœurs et leur Habitat

Le Site des Chutes et des Marais sur la Causapscal
     Cette série d’activités sur le site est orientée vers l’observation de phénomènes naturels diversifiés. On pense, à juste titre, mettre l’accent sur l’anguille d’Amérique, très présente au site des Chutes lors de la montaison des juvéniles. L’activité spéciale envisagée est l’observation nocturne guidée des petites anguilles qui rampent sur les parois humides en bordure des chutes. Une attention particulière sera aussi accordée à la lamproie marine en raison de l’extrême richesse morphologique et évolutive de cette vieille espèce. Les différents panneaux d’interprétation présents sur le site comprendront aussi les informations suivantes :

     −Principales espèces de poissons fréquentant les mêmes habitats que le saumon (gaspareaux, ombles, meuniers, cyprinidés, etc.), particulièrement l’anguille d’Amérique et la lamproie marine;

     −Moeurs, cycle de vie et particularités physiologiques et évolutives des espèces compagnes piscicoles, particulièrement l’anguille d’Amérique et la lamproie marine;

     −Interactions des espèces compagnes piscicoles et répercussions sur la ressource salmonicole;

     −Compétition, partage et utilisation de l’habitat par les espèces compagnes piscicoles;

     −Principaux prédateurs des premiers stades de vie du saumon (aigle pêcheur, harle, loutre, vison, etc.).

3 – Les Sentiers du Savoir

Les Sentiers du Savoir
     Ces parcours interactifs décrivent les habitats, la faune et la flore connexes et interdépendantes du milieu aquatique. L’interprétation est présentée sous forme de stations le long du sentier, agrémentant la randonnée pédestre autonome ou guidée. Chaque station offre une petite activité interactive stimulante et enrichissante directement liée aux connaissances acquises lors de la visite du site.

     Une boutique d’articles promotionnels complète le portrait des services et produits qu’offrira le site lors de ses premières années d’opération. Bien entendu, afin de s’ajuster à la demande, de nouvelles activités et expositions viendront se greffer au fil des ans. À cet effet, la CGRMP doit veiller elle-même à gérer et développer le site.

     À ce jour, la CGRMP, en collaboration avec le milieu, a investi plus de 500 000 $ dans ce projet. Le site devrait être opérationnel à compter de 2011 et pourra alors accueillir les visiteurs. Alors, si vous désirez observer entre trois cents à cinq cents saumons directement dans leur milieu naturel, le rendez-vous à ne pas manquer pour 2011 est sur la rivière Causapscal, au site des Chutes et des Marais !

Références

» Texte Richard Firth, En collaboration avec : Éric Manseau, biologiste, TACH, Groupe AIM inc. (2011).
» FQSA
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