Mes Premières Armes sur le Saumon

     Tout a commencé avec la Blue Charm!

     Il y a trois ans, j'avais lu une chronique de George Gruenefeld dans The Montréal Gazette, où il décrivait la beauté de la rivière Dartmouth et racontait comment il y avait pris un saumon de l'Atlantique à la mouche Blue Charm. Ce nom de mouche avait frappé mon imagination; et l'idée d'une pêche en canot sur une rivière enchanteresse complétait le tableau.

     Depuis quinze ans, avec mon mari (Paul Bean), je péchais à la mouche la truite et l'achigan et j'adorais cela. J'avais aussi pris nombre de ouananiches de deux ou trois livres au Lac Saint-Jean et leur combativité m'avait beaucoup impressionnée. Aussi l'idée de taquiner un salmonidé plus gros au lancer léger me souriait-elle grandement. Au printemps, nos réservations étaient faites, par l'entremise du ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche. Nos Blue Charm et autres mouches étaient montées. J'entrais dans l'univers de la pêche au saumon !

INITIATION

     Comme nous étions encore novices en la matière, nous nous sommes pris un guide, à Sainte-Anne-des-Monts, pour être initiés au wading dans la rivière Sainte-Anne. M. Louis-Philippe Pelletier, un vieux pêcheur de 75 ans, consentit à nous accompagner, bien qu'il fût à la retraite. Il nous enseigna comment présenter la mouche, couvrir les trous d'eau et fatiguer le saumon que mon mari avait ferré.

     Au cours du dîner, pris sur les bords de la rivière, il nous parla de son père, guide comme lui vers la fin des années 1800. Il nous décrivit de superbes mouches géantes montées avec des plumes exotiques importées de partout dans le monde et des cannes de bambou de 14 ou 16 pieds dont se servaient les pêcheurs à la ligne. Quant à lui, il avait déjà guidé le président Eisenhower et le gouverneur Rockefeller de l'État de New York. Il souriait en nous racontant les efforts déployés par les agents des Services secrets courant le long des berges de la rivière. Il parla aussi de la vie rude des guides avant que les chemins d'aujourd'hui ne soient tracés. Dans sa jeunesse, il avait maintes fois sillonné la rivière à la perche. Il affirmait, mi-sérieux, mi-rieur, que c'était là la raison de sa haute stature, mais il parla toujours avec grand respect de la rivière.
L'auteur avec un saumon de 15 livres capturé sur la Matapédia en juillet 1976. Le nom de la mouche Blue Charm avait frappé son Imagination et donné la « piqûre du virus de la saumonite aiguë ».

UNE VRAIE DÉCOUVERTE

     À la suite de cette initiation, j'étais convaincue d'avoir fait une découverte extraordinaire, même si je n'avais pris qu'un saumoneau de quatre livres.

Blue Charm
     Je découvrais qu'il était beaucoup plus facile de pêcher en rivière que dans les lacs et les étangs à truite auxquels j'étais habituée. Le courant faisait la plus grande partie du travail, et les mouches fraîchement écloses étaient faciles à identifier. Elles sont souvent très colorées. Les nouvelles cannes en graphite de trois onces permettent des lancers superbes et ne fatiguent pas, même après toute une journée de pêche. Je découvrais aussi le fameux canot de Gaspé, qui fait de la pêche au saumon un plaisir complet. Les canots sont tout à fait propres, et les guides — de vrais gentilhommes — ont plein d'anecdotes à nous raconter à propos de la petite histoire locale ou d'incomparables prises perdues.

     Aux femmes qui s'intéressent à la pêche, je recommande fortement la pêche au saumon. On trouve facilement aux environs des sites de pêche bon gîte et bon couvert, de sorte que vous êtes assurée de vacances agréables. La rupture totale avec la routine jointe à la fièvre du sport, voilà, à mon avis, des vacances qui valent bien mieux que les habituels séjours à la plage et les visites touristiques !

     L'été dernier, sur la Matapédia, j'ai capturé mon premier saumon adulte — après en avoir perdu un —, une merveille de 15 livres ! L'émotion que j'ai ressentie à ce moment comblait mes attentes et les dépassait même.

     Je présente depuis ce jour tous les symptômes classiques de la «saumonite aiguë», un mal dont le seul remède sera de moucher de nouveau le saumon en juin prochain.

     J'aime encore pêcher à la mouche dans les lacs et les étangs de l'Est, mais la pêche au saumon sur les rivières de Gaspé a nettement gagné ma préférence. Et dire que tout a commencé avec deux petits mots dans un journal : Blue Charm !

Références

» Texte & Photos : Maureen Bean (Juillet-Août 1978)
» Pêcheur et Chasseur Québécois.
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