Une Partie de Pêche Pénible

     Chers amis saumoniers, J'ai cru bon de vous faire part d'une expérience récente vécue sur la rivière Sainte-Anne lors d'une expédition de pêche au saumon en compagnie de ma femme et de mes trois enfants.

Une Partie de Pêche Pénible
     Je pratiquais la pêche à gué dans le secteur aval; je portais une paire de bottes pantalons avec des bottines à part et une veste de pêche des plus sophistiquées.

     J'avais tenté en vain de leurrer Salmo salar en cette première journée. Après une courte pause et un repas rapide, je repartais confiant de capturer le roi de nos eaux. On m'avait recommandé de tenter d'abord ma chance dans la fosse "le Cran" (#21). Par inadvertance, j'ai plutôt péché la fosse "la Sérénité" (#19).

     Il était dix-neuf heures trente lorsque j'ai commencé à moucher. Le reflet de l'eau semblait noirâtre alors que le ciel ne cessait de s'assombrir. J'ai amorcé graduellement la descente de cette fosse en la balayant avec ma moucheuse selon les règles de l'art. Au début je me déplaçais sur une pointe de terre immergée; plus tard, je marchais plutôt sur un lit de pierres rondes où l'eau frottait à la partie externe centrale de mes bottes. Subitement, un courant tourbillon m'a fait glisser, m'entraînant ainsi dans les profondeurs de la rivière. Je revois encore une à une les pierres de la pente escarpée qui s'éloignait de moi tandis que j'amorçais une dérive, à moitié submergé.

     Par réflexe, je retenais fermement ma canne à pêche et je criais à l'aide. Le courant était fort et mes tentatives de nage furent infructueuses. Je me sentais de plus en plus lourd, enseveli par l'eau accumulée dans mes bottes. Je n'arrivais pas à toucher le fond de la rivière qui m'apparaissait alors très profonde. L'angoisse et l'impuissance m'envahissaient et j'entendais de plus en plus difficilement les cris et les pleurs des miens.

     J'ai fini par lâcher cette damnée canne à pêche. Le courant, bien que moins fort, m'engloutit. Suite à cette dernière descente j'ai perdu mes lunettes. Après de pénibles efforts, je suis remonté à la surface. Je croyais que je me noierais et qu'il ne me restait plus que quelques secondes à vivre. C'est alors qu'un courant tourbillon m'emporta comme par magie vers un cran de roches à pic. Le premier rocher auquel j'ai tenté de m'agripper me glissa des mains; j'ai finalement pu me hisser difficilement aux abords de ce cran de roches escarpées.

     Enfin, après trois ou quatre tentatives laborieuses, je suis parvenu à me sortir complètement de l'eau. Ma femme est venue me rejoindre à environ cent pieds de mon point de chute; je gisais alors sur un rocher, épuisé, avec un teint verdâtre, semble-t-il.

     Cette nuit-là j'ai très mal dormi; il en fut de même pour les enfants qui se réveillaient à tout moment pour voir si leur père était encore là Éveillé, je songeais à la rencontre convenue avec mon guide pour le lendemain matin à cinq heures. Je m'y suis rendu et j'ai finalement entamé cette deuxième journée de pêche; la crainte qui m'envahissait jusqu'alors, disparut.

J'ai retiré de grandes leçons de cette aventure:
     - 1. Ne jamais pêcher mie fosse inconnue en soirée ou lors de temps sombre.
     - 2. Le port d'une veste de pêche gonflable est indispensable à la pêche au saumon.
     - 3. L'utilisation d'un bâton stabilisateur est nécessaire et devrait continuellement être attaché à la ceinture.
     - 4. Il est souhaitable d'être deux pêcheurs pour parcourir une fosse.

Aujourd'hui, je me pose des questions sur l'équipement idéal, confortable et sécuritaire:
     - 1. Les bottes en néoprène flottent-elles lorsque pleines d'eau?
     - 2. Quelles sont les bottes pantalons les plus sécuritaires?
     - 3. Est-il possible d'enlever des bottes pantalons pleines d'eau dans une rivière?
     - 4. Est-il vrai que le fait d'attacher une paire de bottes pantalons à la taille constitue un danger (car selon certains cela entraînerait le pêcheur à basculer constamment vers l'avant lorsque submergé)?
     - 5. Avec des bottes pantalons pleines d'eau, la veste de pêche gonflable permet-elle la flottaison?

     Cette expérience malheureuse m'a coûté une moucheuse Sage III, un moulinet System II Scientific Anglers, une soie Cortland, un paire de lunettes et une montre, pour un total de sept cents dollars. C'est bien peu comparé à la perte d'une vie.

     Si un membre de la Fédération québécoise du saumon atlantique peut répondre à mes questions ou encore si d'autres pêcheurs, comme moi, veulent partager leurs expériences similaires, je crois que cela serait grandement apprécié et utile. J'espère enfin que mon récit suscitera des questions et amènera les saumoniers à redoubler de prudence.
Une réponse aux questions de M. McKinnon
Une réponse aux questions de M. McKinnon... selon Alexis Beaudin, 13 ans de Québec.

référence

» Par Danny Mc Kinnon
» Salmo Salar #29, Hiver, Décenbre 1992.
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