Hommage à Mme Carmelle Bigaouette

Hommage à Mme Carmelle Bigaouette
     J'en était à mes débuts de monteur lorsque je fis la connaissance de Mme Carmelle Bigaouette. Je montais des mouches à truite que j'utilisais moi-même et pour quelque amis. Je fus vite sollicité pour monter des mouches à saumon. Sans méthode et documentation, je m'efforçais de mon mieux à reproduire quelques vieux modèlees laissés par mes amis saumoniers.

    J'avais quelque cent mouches de faites lorsque mon père me conseilla d'aller montrer le tout à Carmelle. C'est donc un soir après le travail que je me suis décidé d'aller à la critique et de rencontrer cette fameuse Mme Bigaouette. "Madame Mouche".

     Aussitôt le seil de la porte franchi, je me sentis comme chez moi, accueilli avec un grand sourire qui la caractérisait et sa bonne humeur. 

    En premier lieu, je lui ai montré mes mouches à truites que je montais assez bien à l'époque.

    En les voyant elle s'exclama, « Mon Dieu que tu as de la dextérité, c'est beau ça ». Et puis, elle me prit les mains et en les retrounant dans tous les senselle me dit encore, « C'est comme ça que mon oncle Alfred jugeait ses élèves du premier coup d'oeil ». Et elle se mit à rire ...

    Ensuite, je lui ai montré ce que je croyais être des mouches à saumon.

    Elle me montra tous les défauts et me dit de défaire toutes mes mouches pour sauver mes hameçons. Tant de travail pour rien, mais ce ne fut pas en vain. C'est à partir de ce monent qu'elle décida de me prendre en main.

    Durant les semaines qui suivent, elle me consacra tout son temps à m'apprendre son art. Nous nous étions déjà et pour toujours liés d'amitié.

    C'est sous le regard et les bons conseils du maître que j'appris tout ce qu'elle savait, tous ses secrets et petit trucs personnels. Et c'est pendant les pauses café que j'appris à connaître une grande partie de la vie de cette Dame.

    Pendant que je montais ces petits chefs-oeuvre de poil et de plumes, je sentais le désir en elle de recommencer à monter des mouches, mais elle ne le pouvait plus. L'entousiasme qu'elle avait à m'apprendre me fesait comprendre l'amour qu'elle avait pour cet art et l'affection qu'elle me portait et voyant tout ce qu'elle avait abandonné, renaître à nouveau dans l'étau.

     Carmelle fit ses premières armes chez son oncle M. Alfred Lapointe qui fut l'un des premiers précurseurs de la mouche à saumon dans l'est du Canada. Donc, c'est toute jeune qu'elle commença dans les années trente et par la suite, elle ne cessa de monter. Son oncle l'employait chez-lui pour l'aider à remplir toute ses commandes faites par les clubs d'alors.

    S'étant marié au début de la deuxième guerre mondiale, elle eut des années difficiles, telles que la mort de son mari à la guerre et celle de son oncle Alfred en 1945 ou 1947.

    Après la guerre, elle alla travailler pour la «Fin Fur and Feather Ltd» de Montréal où elle travailla un certain temps. Étant originaire d’Atholville au Nouveau-Brunswick, elle y fit la connaissance de son deuxième mari, M. Zéphirin Bigaouette et par la suite, ils allèrent s'établir à Matapédia ou ils opérèrent un magasin général et où elle monta dans un coin de ce magasin des milliers de mouches à saumon pour les clubs de la Matapédia et de la Restigouche.

Atlantic Salmon Flies & Fishing
     C'est sûrement durant ces années qu'elle fit la connaissance de presque tous les grands noms dans le domaine de la pêche du saumon, Je pense à Joseph D. Bates Junior en autres qui lui commanda de ses mouches pour son livre « Atlantic Salmon Flies & Fishing » où l'on retrouve se Green Highlander, Black Dose et sa fameuse Orange Blossom. On retrouve d'ailleurs dans ce livre des mouches de son oncle Alfred Lapointe.

    Elle me dit que souvent, les pêcheurs venaient la trouver pour faire réparer leurs mouches abimées par un saumon ou la maladresse du pêcheur au lieu de la changer, elle attribuait cela à la solidité de ses mouches.

    En plus de la résistance de ses mouches, elle me dit souvent, « Il faut charmer le pêcheur avant le poisson ». Donc, il faut faire de belle mouches qui soient bien proportionnées et non «Over-dressed» comme disent les Américains. Ce fut pendant les années de la belle époque qu'elle fit sa réputation.

Orange Blossom
     Lorsqu'elle prit sa retraite, c'est à Maria qu'elle vient s'installer avec son mari, et elle cessa progressivement de monter suite à un accident où elle se fractura le bras droit. Puis elle cessa définitivement.

    Maria, pour elle, était la terre de ses ancêtres car de son nom de fille Carmelle LeBlanc, elle était une cousine de mon père et elle m'appelait toujours P'tit cousin.

    Puis en 1981, elle et son mari se rendent en ma compagnie à l'invitation d'Atos pour le Forum de Valcourt où ce fut pour tous une expérience merveilleuse. En plus de lui faire connaître des gens sympathiques on lui rendit un hommage bien mérité et qui la toucha profondément.

Carmelle (LeBlanc) Bigaouette, Forum Atos
     C'est sous le regard attentif de ces gens du Forum qu'elle monta une  mouche pour la première fois en public et ce fut la dernière. Je pourrais vous parler d'elle longtemps mais disons simplement que c'était une femme qui aimait rire et faire rire tout en prenant un bon p'tit gin. Elle était douce et très digne et sut le demeurer jusqu'à ses dernières heures.

    Elle restera à jamais dans mon coeur et j'essaierais de lui rendre hommage le reste de ma vie en perpétuant son art du mieux que je le pourrai.

    Je remercie! Atos et la confrérie et surtout M. Claude Bernard et M. Michel Lavallée pour l'avoir fait connaître et pour avoir rendu hommage à cette GRANDE DAME que fut Mme Carmelle Bigaouette qui, pour moi, en plus d'être un professeur merveilleux fut une source constante de réconfort.

    Décédée le 20 Novembre 1985 à Maria d'une longue maladie. Elle restera toujours une source d'inspiration. Au revoir Carmelle et repose en paix.

Références

» Texte Marc LeBlanc
» Photos Michel Lavallée
» Forum Atos (11-12 avril 1981)
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